Le pouvoir de l’eau

La pluie est enfin là, attendue depuis des jours comme le Messie. Salvatrice, régénératrice, libératrice.

La tristesse latente de ne pas pouvoir aller à Deauville par ce temps est contrebalancée par la joie de la fraîcheur (temporairement) revenue : on voulait aller à l’eau, l’eau est venue à nous, directement par la voie des airs.

Comme tous les dimanche matins, un voisin écoute de l’opéra la fenêtre grande ouverte, mais cette fois-ci, l’œuvre reste inindentifiable, lacérée par le brouhaha des gouttes qui s’écrasent en contrebas dans la cour.
J’aime bien le concept de vivre sur cour, comme un succédanée de village vertical. Ça me rappelle ces puits-villes : Zion dans Matrix

Vue de Zion, Matrix

ou celle dand laquelle vit John Difool dans les premières heures de l’Incal

Chute de John Difool, L'incal

J’aime la pluie, faire la vaisselle et me laver les mains. Manipuler la substance première, le “solvant de la vie”. Ça me rassérène, mes pensées se fluidifient et circulent nonchalament dans mon esprit, je m’oublie, je divague (“vague !”).

À force de côtoyer des gens au libéralisme sentimental exacerbé, je finis par n’avoir plus aucun repère en ce qui concerne les choses de l’amour, du couple et des relations entre les hommes et les femmes. Il y a ceux qui couchent sans aimer, ceux qui s’aiment et en embrassent d’autres, ceux qui s’aiment sans s’être connus et toutes les combinaisons intermédiaires imaginables. Une totale absence de sécurité, une totale liberté. « Peut-on être à la fois libre et en sécurité ? », vous avez quatre heures.

Du coup, maintenant, j’ai soif.

Chaleur

Chacune de mes pensées commence et se termine par le mot “chaleur”. Tout semble rimer plus ou moins richement avec ce mot, c’est le premier qui me vient aux lèvres quand on me demande machinalement “ça va ?” – “chaleur !”.

Je ne peux rien faire, je suis annihilé par cette excitation thermique. J’ai le souvenir de vacances à Barcelone, à Houston, en Toscane, en Guadeloupe ou en Croatie, moi, absolument affalé sur mon lit ou dans un hamac, cherchant le moindre souffle d’air à l’ombre d’un arbre ou du auvent de la terrasse, une pile de romans à portée de main pour oublier qu’on ne peut pas penser par cette chaleur.

Le ciel est bleu, le soleil brille, c’est joli. On dirait une toile d’un des artistes du marché local. Tellement cliché qu’on dirait du faux, à se demander si on n’est pas au cœur du Truman Show. Les rayons irradient les briques de la terrasse, la chaleur vient de partout. Chaleur, chaleur, chaleur. Mes yeux sont éblouis par les réverbérations sur l’eau de la piscine, j’ai oublié mes lunettes de soleil, et mon cerveau par la température. C’est l’été, je ne sers à rien par cette chaleur.

Je suis dans un bureau, la fenêtre est grande ouverte. Derrière moi, un ventilateur tente péniblement de déplacer de l’air chaud vers moi, la seule infime sensation de fraîcheur créée aux instant où cette faible brise heurte les perles de transpiration qui coulent le long de mon dos réchauffé par mon fauteuil rembourré. Mon écran fond sous mes yeux, tout se liquéfie, et la canette de Coca à peine entamée à porté de ma main est déjà imbuvable de chaleur.

Je rêve de pieds dans l’eau et de serviettes humides savamment disposées sur mon corps. Je repense à Lawrence d’Arabie traversant les Tuileries sous le cagnard de midi. Faire demi-tour c’est la mort dans ce désert de poussière, mais peut-être au-moins a-t-on le soulagement de ne plus subir cette chaleur.

En attendant l’orage salvateur.

Nausée

Il n’y a que deux choses qui me donnent la nausée : le jus d’orange et la jalousie illégitime.

Pipo va encore passer par ici et se moquer de moi la prochaine fois, un soir d’Unrelated, me dire que je suis une indécrottable fleur bleue et que je ferai mieux d’écrire du LOL plutôt que d’étaler mes états-d’âme de fillette de 15 ans à la face du monde.
En vrai, j’aimerai bien être ce garçon sans coeur que je prétends parfois être, n’accorder aucune importance à quoi que ce soit, vivre et faire n’importe quoi, sans penser à rien. Boire du jus d’orange et ne pas finir le nez penché la cuvette des toilettes.
La vérité, c’est qu’une simple tête appuyé sur mon épaule m’envoie dans un agréable ailleurs. Je me maudis un peu. Le pire, c’est que je l’écris ici, mais je suis foutrement incapable de l’exprimer oralement. Je passe pour celui que je veux paraître, un insensible : finalement, j’aurai au moins atteint ce but de pur mensonge solitaire.

En vrai, j’aimerai ne pas jalouser ces garçons qui embrassent à l’envie les jolies filles, alors même que pour la plupart d’entre elles, je ne suis pas interessé. C’est la potentialité de ne pas pouvoir saisir une certaine opportunité (parce qu’ils me l’auront chipée sous le nez ou simplement parce que j’ai été d’une nullité exemplaire) que je jalouse par défaut.
En même temps, ils ont la Loi des Grands Nombres avec eux, je ne suis que le joueur occasionel, je ne joue qu’une fois de loins en loin pour les gros lots, et forcément, je perds chaque fois.

Enfin, j’en sais rien, à un moment, j’ai décidé de ne plus jamais céder au défaitisme. Je crois que c’était un peu de la connerie, je ferais mieux d’être et de rester réaliste.

Tristes travers

Je pense que j’aurais beaucoup moins de problèmes vis-à-vis de l’amitié fille-garçon (cet éternel débat de fin de soirée) si elle ne se matérialisait pas systématiquement trois semaines avant que la jeune fille en question (parce que j’avais peut-être l’air d’énoncer des verités, mais je parle de moi en fait) ne décide d’aller échanger des fluides avec un garçon qui n’est pas moi.

Je me sens toujours largement coupable d’écrire un post qui ne ferait que trois lignes en ces temps de twitter et de messagerie instantanée, coupable de vous entrainer à part, ici, d’user de votre énergie pour vous extraire du flux pour seulement vous murmurer des mots sans importance. Ils n’ont pas plus d’importance sur twitter ou ailleurs, simplement là-bas je suis moins exposé, ma futilité est noyée dans le reste des futilités.

De nos jours, pour écrire sur un blog, il semble falloir un propos, un but. On ne peut plus bloguer comme en 2004 pour juste balancer un lien, une connerie. Il faut un texte, une image, du story-telling. On ne dit plus “vendredi soir, je vais voir Muse POINT”, on se met en scène, on cherche à placer les mots-clés “Stade de France” et “football”, précieux totems en cette période de Coupe du Monde. On se crée un personnage public derrière lequel on se cache.

On ne peut plus bloguer non plus comme en 2004 en offrant une petite fenêtre sur son soi intérieur. Enfin, je ne peux plus. Parce que désormais je connais personellement ceux qui me lisent et que je n’aime pas spécialement les commentaires, plus exactement je les crains : j’écris beaucoup dans le ressentis, assez peu dans la raison et c’est toujours difficile de débattre sur l’argument seul du pur sentiment. Et puis aussi parce que je n’estime bien souvent pas avoir suffisament de choses à dire et on en revient à la nécessité du propos, du thème. Limite, on voudrait presque une ligne éditoriale pour chaque chose. Je n’en ai pas, n’en ai jamais eu, ne compte pas en avoir.

Le personel, l’anecdotique est transféré sur facebook et twitter. Si je veux parler de ma voix, je le fais en cent-quarante caractères. Ici je me sentirais obligé de développer sur 1000 mots. Et je n’ai pas 1000 mots disponibles pour disserter là-dessus.

Quand je relis mon moi de 2004 ici, je trouve que, même si je tournais encore et toujours autour des mêmes thèmes (le temps, le futur, les sentiments, les gens, le cinéma) je racontais beaucoup de conneries. La facilité voudrait que je mette ça sur les épaules de mes alors presque dix-neuf ans. Mais en vrai je sais que je pourrais encore écrire les mêmes textes, et ceux que je lis me semblent dater d’hier, la bêtise a juste été transférée ailleurs, ne reste plus ici que ma pseudo-intellectualité et mes vagues (sinon néantes) qualités littéraires au service d’une absence de propos.
C’est à se demander, au fond, pourquoi j’écris, pourquoi tu me lis.

De l’Internet

(tu m’excuseras, ce post contient 8000 fautes, un jour j’apprendrai à me relire avant de poster)

Globalement, je parle jamais du web parce que c’est pas exactement mon fond de commerce ici, je fais plutôt de la page vue quand sont évoqués les fesses de filles de moins de 20 ans. Et puis je fais plutôt dans le sentiment aussi d’habitude.

Je pense qu’on vit une époque formidable. Non, vraiment, sans blague, je suis premier degré quand je dis ça.
On sort (vraiment) de cette ère où la communication numérique était un truc de mec en fauteuil roulant mal rasé aux cheveux gras qui mangeait des pizzas froides en regardant NoLife pour passer à un stade où ta mère a envie de monter une boîte qui vend des applis pour l’iPod et où ton meilleur pote de primaire qui est maintenant manutentionnaire chez Auchan à Issy-les-Moulineaux, se prépare à participer à un apéro Facebook avec une fille qu’il a poké 2 ou 3 fois sur Facebook.Il l’a pas “rencontrée sur internet” par contre qu’il te dira, “c’est une des meilleures potes de mon cousin”, cousin qu’il n’a pas vu depuis le second mariage de son parrain, en 2001.
Internet, c’est un peu devenu naturel pour tout le monde.

Alors on peut dire merci à Facebook. Mais Facebook c’est un peu le minitel, c’est pas exactement l’expression puissante de ce qu’est l’internet. C’est l’usage le plus simple qu’on puisse en faire : se pinger. On se poke, on like sans commentaire tout et absolument n’importe quoi (j’attends avec impatience qu’on puisse liker les like), on s’invite à des events d’un seul clic, on sociabilise sans jamais vraiment se parler au final. On s’envoie juste 512 bytes de données préformattées pour se tenir au courant. La conversation a autant de chance de dévier vers l’inconnu que dans un script de Monkey Island (en beaucoup, beaucoup moins drôle).

“I did, like, invite you or something, I mean, like, it’s cool, you know”.

En même temps, c’est pas parce que soudainement les gens se sont mis à communiquer à outrance qu’ils ont plus de choses à se raconter en 2010 qu’ils n’en ont eu depuis 6000 ans. Seulement, avec Facebook, et c’est là une des multiples brillantes idées de mon ami David, on dépasse la simple conversation et on révèle ce qui auparavant était inrévélé : dans le cas de Facebook c’est le lien de connaissance que l’on tente d’affirmer. Consciemment ou non, toutes les actions que l’on mène sur le site, c’est pour resouder le lien social avec telle ou telle connaissance du passé ou de l’avenir.

Ce qui me dérange, mais on ne peut pas blâmer Facebook d’en avoir eu l’idée (j’avais eu la même), c’est cette volonté d’asservir tout le reste du web à cet ersatz communicatoire, de transformer un espace de texte en un espace de simple clic. On propose encore partout la zone de saisie pour les commentaires, mais j’attends avec impatience crainte ce moment où la ligne de commande sera totalement remplacée par un nuage de checkbox. Au moins, avec un bouton Like, on est clairement à l’abris du spam. Et quand bien même spam il y aurait, l’incrémentation exponentielle du chiffre à côté du (pas si) petit bouton bleu est toujours bonne à prendre (l’Annonceur est probablement du genre à aimer ça, beaucoup).

La raison pour laquelle je reste encore réfractaire à l’iPad en cet instant précis (je rappelle qu’à une époque reculée j’étais complètement réfractaire à Twitter si c’est une preuve de ma crédibilité) est exactement similaire à celle qui me fait détester le bouton Like. L’espace dans lequel l’iPad permet de se déplacer n’est pas le web, c’est un subset réduit auquel on n’accède que parce qu’une appli validée par Apple veut bien nous y emmener. C’est un pur média de consommation de pings éthérés. Les interfaces sont jolies et le tactile donne ce petit goût de futur à celui qui le consomme, c’est flatteur, on croit enfin toucher à ce que nos parents nous avait promis pour l’An 2000. Mais on n’est clairement pas sur Mars encore. Et je reste, faute d’avoir pu vraiment tester longuement, sceptique face au clavier tactile, le seul vraiment moyen de communiquer avec l’extérieur.

Je suis sceptique aussi quand on me dit que l’iPad va révéler de nouveaux usages. Alors je pense à l’iPhone et j’essaie d’imaginer les nouveaux usages qu’il a créé pour moi. Le fait que je checke mes mails et mes tweets toutes les dix minutes ? En quoi est-ce foncièrement différent de l’attitude de Michaël au collège, qui allait se planquer à chaque interclasse pour vérifier son Tam-Tam, ou de Virginie qui posait ostensiblement son 3210 sur sa trousse décorée de Tip-Exx pendant le cours d’allemand (je ne l’ai JAMAIS vue recevoir aucun message) prétextant qu’elle le posait là “pour avoir l’heure”. Le fait que j’écoute ma musique en marchant dans la rue ? Je confesse n’avoir jamais eu de balladeur de CD portable, mais vous aviez sûrement un lecteur de mini-disc et mon père avait un Walkman à cassettes dans lequel il écoutait ses podcasts de France Inter.

Mais je suis de mauvaise foi, comme d’habitude, et les nouveaux usages je les connais, ils sont la sainte Trinité des applications que j’utilise sans cesse : Wikipédia, IMdB et Shazam. Mais c’est à mon sens moins un nouvel usage de l’appareil lui-même (ou de ses frères) qu’une tendance globale à déléguer son savoir au Livre puisque maintenant, on peut être “savant avec un livre” à tout moment, à tout endroit là où avant, il fallait emmagasiner le savoir avec soi pour ne pas passer pour un ignorant. Dans quel mesure “la culture confiture” est-elle encore une expression adéquate pour se moquer puisque la lacune est comblable dans l’instant ? Il ne suffit plus que de connaître l’intitulé et voilà, vous savez tout. Alors on s’invente une nouvelle culture, celle du “tu n’as jamais entendu parler ?” à base de pages censément dignes d’un intérêt ultime où ceux qui savent les trouver (et les trouver en premier) passent pour les plus cultivés.

Et puis il y a cette question que l’on se pose régulièrement de savoir comment on vivrait sans Google, comment on faisait “avant”. Avant, on allait à la bibliothèque, on regardait la rosace colorée de Dewey, on cherchait le casier avec les fiches de la section 811 (Poésie américaine) et on épluchait l’index que la documentalite avait rédigé à la main, en lisant effectivement le livre. C’était Google sans les adwords en fait. Ou alors on appelait un spécialiste de la question qui pouvait nous renseigner immédiatement ou nous filer un lien, un livre, où trouver la réponse. Maintenant, tu fais ça en lançant un appel sur Twitter. Et c’est cette manière de faire qui peut nous permettre de combattre l’hégémonie de Google. Faire de la recherche sociale pour contrecarrer la recherche par index. C’est ce que veut faire Facebook, mais Facebook le fait mal, Facebook ne semble avoir aucune volonté philosophique tournée vers le bien. En même temps, c’est pas exactement leur rôle dans la vie que faire le bien, Facebook n’est pas une organisation humanitaire, ils n’ont aucun compte à nous rendre. Mais du coup, leurs boutons Like prennent une saveur un peu acide.

Je l’avais dit ici, mais je crois profondément en l’avenir du texte sur internet. Je ne sais pas comment, mais je suis intimement convaincu qu’il est possible de monétiser la création journalistique et littéraire sans passer par la publicité, sans se ruiner en référencement Google (science occulte que j’associe sans cesse à une technique élaborée de spam). Je n’écris pas pour le référencement Google (et ça se ressent assez bien dans mon piechart Analytics), ça ne m’empêche pas d’avoir un lectorat, faible, mais existant. Qui ne serait nullement prêt à payer pour me lire, faut pas se leurrer. Alors je ne sais pas, mais j’ai confiance, parce que finalement, tout le monde s’en sort toujours à la fin.
On est sur l’ÎLE après tout.

Je suis couchée dans le lit d’Albert… (par annaminou)

Annaminou a 19 ans et elle passe son bac dans deux semaines. Ce matin, j’ai fait l’erreur de publier le texte qu’elle m’avait envoyé, brut, sans aucune suggestion ni correction : c’était une erreur de ma part, et je m’en excuse auprès d’elle.
Anna est finalement une fille comme les autres, à faire des conneries, à se laisser emporter par le tourment de la sociabilisation. Twitter est excellent pour ça, rencontrer des gens, lier des amitiés, des amourettes, des flirts, des relations professionelles. Ce que l’on peut reprocher à Anna, c’est sa naïveté. La facilité avec laquelle elle est parvenue à séduire toute la clique qu’elle mentionne dans ce post lui est monté à la tête. Mais je reste persuadé qu’elle reste une fille foncièrement honnête à défaut d’être parfaitement lucide sur ce qui lui arrive.
Ce genre d’écart, de n’importe quoi, tout le monde s’y est laissé emporter, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ça n’a pas vraiment d’importance. J’ai moi-même cédé à ce genre de pulsion de n’importe quoi, j’ai relaté ça à plusieurs reprise dans ces lignes, et en floodant vos timelines avec mes live-tweets de soirées. Sauf que mes soirées, mes coucheries ont eu lieu dans d’autres cercles que celui dans lequel je le raconte, alors je dérange beaucoup moins.
Si je publie Anna ici, c’est parce qu’elle n’a pas de blog et j’ai beaucoup de sympathie, teintée de fascination, à son égard. Je le fais parce que j’estime que son histoire telle qu’elle la voit elle-même mérite d’être lue, parce que, finalement, son point de vue compte aussi. Je ne juge pas ses agissements, j’essaie de saisir leur motivation.
Bonne lecture

Je suis couchée dans le lit d’Albert, repliée sur moi-même au maximum, j’ai chaud. Je ne suis qu’une grosse conne. N’importe qui serait déjà parti, se serait tiré en courant. Pourquoi je reste avec eux ? Pourquoi je n’ai pas des potes de mon âge ? Pourquoi je me suis inscrite sur ce site débile ? Pourquoi ? Je repense à tout ce qui s’est passé dans ma vie ces deux derniers mois : est-ce bien? est-ce mauvais ?

Je m’ennuyais. Il me fallait quelque chose. clic, clic clic, et je tombais sur ça ”Tlolotteur est une source d’abondante informations instantanée. Informez vous, Informez les autres. ça se passe comme ça”. Drôle de concept. Mais intéressant. Pour la première fois de ma vie je me retrouvais sur un réseau social, et voilà que j’étais seule devant mon machinchatte ou mon Strawberry pendant des heures par jour à raconter ma vie. Tout ce que je ressentais c’était un vide, une frustration, un manque, un besoin. Tlolloteur gâchait mes journées, pourrissait mes nuits, me tenant éveillés de longues heures abominable où j’aurai pu trouver un peu de répit. Je détestais ma vie.
Des jours passèrent, le nombre de tlotottos augmentaient un peu, je lisais leur vie. Je me noyais dans la foule. Et ces journalistes, ces hommes splendides, passionnés, aux talents exceptionnels. Je voulais être avec eux.

Je réussis par je ne sais quel moyen à tomber sur eux à la soirée Cerveau magazine à l’Austère club : Au moment où je commande à boire, Guillaume me montre deux mecs en rigolant, je me retourne et j’aperçois Fernand avec une blondasse pas terrible et Maurice qui me regarde de travers, mais bon il n’a aucune raison de m’en vouloir. Je m’approche d’eux, carrément :
”Je suis nanachatte, tu sais ? une tlototeuse.
- C’est dingue, je t’imaginais pas du tout comme ça, dit Fernant ivre mort
- Tu sais j’adore ce que tu fais, je peux dormir chez toi ?”

Mon corps tremblait comme jamais. Normalement je me serai précipité aux toilettes pour ne plus rougir mais l’alcool était là pour m’aider. Cette première soirée fut l’étincelle qui me mènerait à l’explosion. Ca y est je commençais à tomber amoureuse des tlotottos. Le lendemain, le surlendemain je me tenais au courant de tout, dans des bars, des boites, au coin des rues, j’y allais. Malheureusement je crois bien qu’il ne se passait pas grand chose dans ma tête. On me demandais l’heure ? je donnais l’heure. Un café ? J’apportais le café. Un coup ? suffisait de demander. Puis des tlotottos fusaient de toute part, et venaient dire bonjour.

Et puis un soir , je rencontre Albert qui m’avait demandé de venir. Il m’attendait devant le numéro 28, il me plaisait encore moins que les autres avec sa grosse mèche noire sur le front. Il m’attrape, je monte chez lui. Nous avons passé la soirée un peu n’importe comment. Je lui appartenais déjà.
Réellement je crois qu’il se fichait de moi, mais c’était difficile de savoir ce que le ton de ce garçon pouvait vouloir dire. J’avais tout de même déjà embrassé Fernand, Maurice, Guy et Roger
La bande était là, derrière moi. Ils étaient partout, ils voyaient tout, entendaient tout et savaient tout. Maintenant, il fallait faire attention à ce que je faisais.

J’étais complètement perdue, alors j’ai laissé tomber Albert. Et puis je me suis rendu compte qu’on commençait à se moquer de moi sur Tloloteur par des petites phrases par ci, par là… Je ne disait rien parce qu’apparemment je faisais “le buzz”.
Et puis ce soir là, pastis dans le sang pris au Véhicule et à l’Austère Club, je ne me souviens DE RIEN, je n’étais pas bien fière, l’alcool ne me réussit pas.

Je suis maintenant quelqu’un sur Tlottoteur. Mais ça ne me suffit pas, j’en veux toujours plus.
Et je me rappelle les conseils de François-Luc : ce n’est pas le moment de foutre en l’air la pauvre réputation virtuelle que j’ai réussis à me faire…

Ton interprétation m’emmerde

Alors pour tout te dire, je suis pas exactement certain qu’écrire un post sur mon blog là tout de suite soit la meilleure idée de l’année. Mais c’est un peu comme les textos que tu envoies à ton ex à 3h du matin après avoir bu vingt-et-un shots de vodka, tu sais que tu vas regretter et que demain des gens vont venir te dire “ah ouais j’ai vu ton post, il est un peu agressif, tu penses vraiment tout ce que tu écris ? Je pense pas, je pense que tu te donnes un personnage et qu’en vrai t’es différent” (MERCI CAPTAIN OBVIOUS !), mais comme tu es complètement désinhibé tu le fais quand même. Dans le rôle de l’alcool, now introducing : la fatigue.

Je suis en train de faire cuire du riz que je vais manger avec du gruyère et du jambon avant d’aller voir Iron Man 2 mais avant ça je voulais dire que les interprétations de faits à visée globale, ça m’ennuie prodigieusement. Je te donne un exemple concret et ridicule pour que tu sentes bien la teneur de mon propos :
Imaginons une fille, on va l’appeler Marjorie (c’est nul comme prénom Marjorie, désolé si c’est le tien). Alors Marjorie, tu la connais pas trop, y a plein d’autres gens autour, des amis à toi, à elle, des inconnus. Et là, Marjorie (tu sais pas encore qu’elle s’appelle Marjorie sinon t’aurais capté tout de suite), elle regarde la foule et elle te dit (texto) : “Ma pote Virginie là-bas, c’est une scorpion, putain qu’est-ce qu’elle est relou !”. Normalement, à ce stade de la conversation, soit Marjorie est moche et tu lui réponds “ah…” et tu continues à siroter ton Coca (t’as arrêté l’alcool, ça fait neuf jours, t’aimerai bien dépasser onze, ton record), soit Marjorie est bonne et tu lui dit “ah ouais, grave, les scorpions, c’est tous des chieurs, d’ailleurs ma soeur est scorpion, la preuve quoi ?! “.
Voilà, tu viens de cautionner l’interprétation à visée globale que Marjorie a cru bon d’ajouter à son propos (‘sa pote a pas voulu l’accompagner aux toilettes’) pour essayer (vainement) de le transformer en argument d’autorité et en une vérité générale (‘les scorpions sont chiants’).
La vérité, c’est que déjà, le propos de départ de Marjorie est nul, mais au final, on s’en fout, elle a un sentiment à évacuer, elle veut pas se fâcher avec Virginie (c’est elle qui la ramène en voiture après) et comme elle t’a trouvé un peu mignon et esseulé (c’est un euphémisme pour “pathétique”, rappelle toi que t’es en train de boire un Coca) au bar, elle est venue engager la conversation (elle sait pas encore que tu n’as pas le permis et que tu ne pourras pas la ramener chez elle tout à l’heure)(elle n’a aucune intention de coucher avec toi ce soir, elle a ses règles). Mais en plus d’avoir un propos nul, elle lui enlève tout l’intérêt de l’expérience vécue (tu peux transformer toute expérience en anecdote un peu drôle/ridicule/absurde) en l’emmaillotant dans un linge amidonné qui ne sent même pas bon la lessive. Parce que sois un peu honnête : déjà l’histoire de Virginie, ça t’intéresse pas des masses, mais alors une interprétation sur les scorpions, c’est franchement la dernière de tes préoccupations. À choisir, tu préfèrerai sûrement assister à un concert de Garou.

Sinon, mon voyage à New York c’était cool, forcément, parce que le simple fait d’être là-bas m’emplit d’une joie immense. Un jour je t’expliquerai pourquoi (rapport à ma vie que j’ai pu contruire là-bas par morceaux toussa) mais pour te donner une idée, pour moi c’est l’équivalent de quand tu rentres à Amiens voir tes parents et tes sœurs que tu n’as pas vu depuis longtemps et que tu es ressourcé par l’énergie qu’ils te transmettent, que c’est tranquille, tu fais rien que siroter du Coca au bord de la piscine et des fois tu prends ta voiture pour aller traîner au bord de l’étang avec un vieux pote que tu connais depuis le collège. Et même si ta mère est reloue, ça te gâche pas vraiment le plaisir, t’es vraiment content d’être là. Voilà, t’as saisi le truc.

Note finale : y a la très chouette Agathe qui vient à Paris le 22 Mai prochain alors si tu as envie de la rencontrer et que tu n’as pas peur que je (j’ai été désigné à la tête du comité des fêtes) te dises “non, pas toi” parce qu’au fond, je pense que tu es un/e sale con/ne, tu envoies V0DKA-CARAMEL au 61212 et on s’arrange.

Bisous,
Ju/

Retail Music

Le seul endroit où je déteste plus me rendre que les magasins de prêt-à-porter ce sont les supermarchés. Les magasins de fringues annihilent toute joie de vivre en moi, c’est un pur anesthésiant. Déambuler dans les racks de t-shirts déclenche une instoppable et continue envie de bailler.
Alors je trouve un endroit où m’asseoir et je regarde les gens s’affairer, regarder, reposer, reprendre, changer, essayer, vérifier le prix, reposer, repartir, aller et venir.

En matière de musique, les américains semblent être en retard sur eux-même, le Lady Gaga qui passe à la radio c’est Just Dance, le MGMT c’est Kids. Sauf chez Urban Outfitter dont la playlist est directement inspirée des recommandations de la Blogothèque, mais chez UO on vend des chemises à carreaux, des robes à fleurs, des Labbits, des vinyles de Bob Dylan, la LOLCAT Bible et des fixies alors forcément l’atmosphère musicale se doit de matcher les goûts supposés de la clientèle.

Le Voyageur

Les voyages ont ceci de fascinants qu’ils vous remettent exactement à la place de l’être humain que nous n’aurions jamais dû quitter.

Je suis à l’arrière de la Twingo Rouge, la nuit vient de tomber. Au delà du rail métallique de l’autoroute, tapis rouge et blanc de phares, on n’aperçoit que les lumières scintillantes et indistinctes des villages de l’Eure dans le lointain. À l’avant, Parachutes de Coldplay. Personne ne parle. Je m’assoupis.

Lorsque je me réveille, rien n’a changé. À l’avant, ça discute, je n’écoute pas, je n’entends pas. Je laisse mes oreilles être envahies par le bruit du vent contre la carosserie, des pneus sur la route pas tout à fait lisse de l’autoroute A13.

Je ne suis pas maître du déplacement, on me conduit. Cette fois-ci en voiture, bientôt en avion, une fois, je l’espère, en train vers des destinations aimées, fantasmées, adulées. Je suis bien peu de chose, quelques dizaines de kilos de chair qu’il faut, à grand renfort de pétrole et d’acier, transbahuter deci-delà selon mon bon vouloir et un peu de monnaie sonnante et trébuchante.

Assis derrière le clavier de son ordinateur, l’être humain oublie sa faible condition de mortel : d’un coup d’œuil il prend connaissance de la vie de tous ses amis ; d’un deuxième il s’informe du flux instantanée d’information fraîche ; ses contacts sont à quelques centimètres de là ; la connaissance universelle tient dans un champs de texte blanc : les distances sont abolies, l’instant est éternel, il est le maître du monde.

Lorsque le volcan entre en éruption et perturbe l’espace aérien le Sédentaire derrière son écran trépigne d’excitation, il a été parmis les premiers à apprendre la nouvelle, c’est un badge, une médaille qu’il s’octroie à lui-même en même temps que ce droit qu’il considère inaliénable de pouvoir considérer comme inférieurs tous ceux qui auront vent de la nouvelle après lui. Il répondra “Oui, je sais”, d’un air las voire faussement agacé mais vraiment condescendant à tous ceux qui lui en parleront après.
Lorsque le volcan entre en éruption et perturbe l’espace aérien le Voyageur lui est replacé dans une perspective où la distance se remet à compter : si se rendre à Deauville à pied reste de l’ordre du possible, si louer un car pour rallier Paris depuis Istanbul reste une alternative valable à l’avion, la traversée de l’Atlantique Nord (ou, à moindre échelle celle de la Méditerranée même), elle, demeure un obstacle quasi-insurmontable pour l’être humain non-préparé et défait de son moyen de transport. Et l’évènement se révèle dans toute sa dimension catastrophique, l’éruption volcanique n’est plus une information, pour le Voyageur, elle devient un fait tangible contre lequel on ne peut lutter, la force de la réalité s’impose.

Mais le Voyageur qui n’a pas encore quitté son point de départ garde encore en lui ses travers de Sédentaire : il cherche, il lit, il appelle, il tente de se raccrocher à l’habituelle information pure avec laquelle il tente de noyer le fait : la tangibilité du billet électronique affiché sur l’écran de son ordinateur lui semble bien (sinon infiniement) supérieure aux tonnes de cendres en suspension dans l’atmosphère. La réalisation ne vient que très lentement à l’esprit du Sédentaire qu’il est désormais un Voyageur, qui plus est

un Voyageur Égaré.

“Tiens, une meuf à @smwhr”

J’ai les goûts les plus prévisibles du monde en matière de fille.

meuf à @smwhr

Il y a cet épisode où Don Draper part pour une convention en Californie. Il n’a pas mis les pieds chez lui depuis plusieurs semaines. Il assiste à une présentation puis, impulsivement, alors que son collègue part déposer des brochures à la réception, il se laisse emporter par la toute jeune Joy, à l’allure parfaitement innocente, mais qui a les mots d’une femme.
Elle s’installe au volant de son cabriolet, enroule son foulard autour de ses cheveux. Il est séduit, descend les quelques marches qui démarquent la réception, l’hôtel, la vie “normale” du Directeur de la Création de Sterling-Cooper et le trottoir, la voiture, la fille, cette promesse d’autre chose. La force de Don Draper, c’est son costume de flanelle grise, son chapeau, ses Ray-Ban aviateur qu’il enfile comme il s’enfuit : avec une totale nonchalance. C’est une homme d’expérience. Pas parce qu’il en a vécu, même si c’est une part indéniable de son charme et qu’il la revendique (il dira dans un autre épisode que les jeunes sont incompétents de par leur jeunesse même) mais parce qu’il aime, justement ces expériences. Il abandonne tout, sa mission, sa valise. Il n’emporte que lui-même et un calepin. Il s’offre à l’inconnu, à l’inconnue.

On en revient, toujours, à Clooney dans Up In The Air, le choix de la fuite, de la solitude, de ne pas s’encombrer, d’être léger, « The slower we move the faster we die », abandonner ses responsabilités au moment où l’on prend conscience qu’elles n’importent à personne, car on n’est juste qu’un être humain.

C’est sur le canapé du salon que Don Draper reprend ses esprits, assimile le rêve de ses deux nuits avec Joy dans une magnifique maison de Palm Springs en tant que tel. Il se souvient de ceux pour qui il compte, la femme à qui il a volé son mari, sa femme ensuite, ses enfants qu’il n’a pas encore le droit de voir. Puis il rentre enfin dans les murs de son bureau, l’endroit qui le définit en tant que Don Draper, le monde a tourné sans lui, il y a même gagné un demi-million de dollars au passage. Clooney dit « Life’s better with company », Draper quant à lui, ferme la porte de son bureau, se verse un whisky et admire, en silence, la vue de son corner office sur Madison Avenue.

Strangers In A Bar

En vérité, j’aimerai beaucoup avoir une vraie idée un de ces jours. Un vrai truc original. Une idée simple. Quelquechose de joli. Une idée qui, si elle était une fille, porterait une

#FRANGE

Je me demande quelle genre de mode va succéder à celle de Twitter. Je commence à m’en lasser, les gens accordent trop d’importance au média lui-même, pas assez aux autres et à l’intéraction sociale qui en résulte. Globalement, les gens n’aiment pas trop les gens surtout, je crois. Ou alors seulement ceux qu’ils connaissent déjà.

Je n’ai pas encore eu droit à la discussion autour d’un verre sur “mais à quoi ça sert Twitter ?”, mais je sais quel sera mon argument à ce moment-là. Je poserai la question “Mais combien de nouvelles personnes avez-vous rencontré pendant ces six derniers mois ?”. Ils diront “zéro”, je dirais “une vingtaine”. Alors forcément, cet argument fera un flop puisque les gens n’aiment pas les gens. Et puis ils diront “mais ce ne sont pas de vrais amis” et je n’aurais pas le cœur de répliquer “vous, pas davantage qu’eux”. Et la flemme de m’embarquer dans un débat usé jusqu’à la corde sur l’amitié.

J’aime les gens. J’ai hérité ça de mon père je crois, certainement pas de ma mère. Je ne sais pas engager la conversation avec les caissières au supermarché mais je suis certainement à l’aise dans n’importe quel groupe pourvu que j’y connaisse au moins une personne, ou que je partage un centre d’intérêt commun avec l’assemblée. Il faut flâner, faire traîner son oreille, capter le moment où faire une remarque vaguement pertinente, combler le trou de mémoire de quelqu’un.

Je lisais l’autre jour un article d’un type qui décrivait la réalité de la sortie, seul, dans un bar en comparant cette réalité au fantasme de la scène de Up In The Air où Georges Clooney aborde Vera Farmiga, seule au comptoir et où ils finissent dans sa chambre. Et globalement, il considère ça comme un échec permanent. Pour moi, c’est l’exact expression du non-amour de son prochain. Évidemment, j’en sais rien, je vais jamais dans les bars seul où ne se trouvent que des parfaits inconnus, uniquement ceux où sortent des gens que je n’ai jamais rencontrés (la différence est subtile).

J’aime les gens parce qu’ils sont plein d’histoires à raconter, de sentiments que je peux voler pour les restituer au moment opportun, plus tard, à d’autres.

Évidemment, il ne suffit pas d’aimer les gens, il faut amener les gens à vous tolérer. Parce qu’ils ne vous doivent rien. Rien du tout. Après tout, à cette soirée, vous y êtes peut-être invité mais tous, autour de vous, ils sont probablement de ce genre à ne pas aimer les nouveaux gens. Un peu au fond, sinon ils vous auraient pas invités, mais pas trop quand même. Alors si vous même vous n’aimez pas les gens (ne vous mentez pas, vous les détestez, je m’en fous que vous essayiez de me convaincre du contraire, je le sais, c’est tout) la meilleure solution aurait peut-être été de ne juste pas venir, mais puisque vous êtes là, jouez la politesse et l’hypocrysie, faîtes un effort et tout se passera bien.

Avant le petit-déjeuner

« Because it can produce a few notes, tho they are very flat; and it is nevar put with the wrong end in front! »
Lewis Carroll, suggérant une réponse à la Devinette du Chapelier, 1896

Je me réveille. C’est ma chambre, c’est mon lit. De l’autre côté des persiennes le soleil brille, mais je sais que dès que je poserai un pied sur le parquet froid il disparaîtra immédiatement. La veille était-elle un rêve ? Cette nuit un songe ? Vraiment, je m’interroge. J’essaie de mesurer le tangible et je suis incapable d’affirmer si j’ai dormi seul ou avec Elle. À ma droite dans le lit, il n’y a bien évidemment personne, ce serait beaucoup trop facile.
C’est impossible. Je me résigne. Le réveil indique 8h, il me reste une bonne heure avant de me lever mais je n’ai plus sommeil.

Une heure avant le petit-déjeuner.

Son odeur sur le second oreiller. Je ne peux pas me méprendre, c’est son odeur, je la reconnaîtrai entre mille. Ou alors c’est juste une construction de mon esprit. Qu’importe, j’admets l’impossible de toute façon bien assez souvent, alors pourquoi pas ça.
Je cherche d’autres indices à inventer pour imaginer que cette nuit était réelle.
Sur la chaise longue à côté de ma bibliothèque, je remarque ce qui, de ma position ressemble à une petite culotte en dentelle noire. Ça pourrait tout à fait être un oubli de ma sœur venue faire sa lessive il y a quelques jours. Ou être la Sienne. Oui, elle Lui appartient, c’est décidé.

Je m’ennuie, je quitte le lit. Sur la table du salon, mes affaire éparpillées. J’attrape mon portefeuille et je vérifie machinalement le nombre de billets qu’il me reste. Aucun. Un ticket de la Banque Populaire indique que j’ai pourtant tiré soixante euros hier après-midi. Et mon rêve me rappelle que, cette nuit, j’ai offert quelques Tequila Sunrise, bu quelques Rhum Coca. Admettons.
Le cendrier sur une étagère de la bibliothèque est plein. Les mégots portent tous, sans exception, la mention “Camel”, sa marque de cigarettes.

C’en est trop, je divague, j’ai des hallucinations. Ces quatres impossibilités sont pourtant on ne peut plus tangibles, je ne peux plus nier, faire comme si j’avais le choix de choisir une réalité alternative plaisante. Cette réalité est là, elle s’impose.
Il faut que je mange, c’est probablement une crise d’hypoglycémie qui me prend.

La cuisine est en désordre dans l’évier il n’y a qu’une assiette. Mais à côté de la boîte de Crunch trône un paquet de café. Je n’aime pas le café. Elle adore ça. Cinq. Je verse mes céréales dans un grand mug, je noie dans le lait froid.

Cinq choses impossibles admises avant le petit-déjeuner. J’attends la sixième. Je murmure “je voudrais qu’Elle soit avec moi, maintenant”. J’attends quelques secondes, attentif au moindre mirache. Rien. Ce n’était qu’un rêve finalement. Enfin, de dépit, je porte la cuillère à ma bouche.

Des pas sur le palier. On sonne.

Interstice (champ)

Ma journée est une succession de courts moments de concentration. Sur un sujet puis un autre. Twitter, mes mails, mon code, mes mails, mon code, ma playlist, mon code, mes mails, twitter.
Mon esprit est une file d’attente de micro-tâches à accomplir sans ordre particulier, on verra bien à la fin si ça donne quelquechose.

Et puis vient la vibration, celle de mon téléphone. Dans ma poche ou sur mon bureau. Je lis son nom et alors le brouhaha cesse alentour. Je suis dans une bulle d’ouate, coupé du monde extérieur. Je ne pense plus qu’à elle, amour intersticiel au milieu de toutes ces choses à faire auxquelles la société me fait donner davantage d’importance.
Je descends au parking, chercher la voiture qui n’en sort jamais, je passe la prendre, elle insiste pour conduire, je ne cherche pas à argumenter. J’aime bien la regarder conduire, concentrée sur la route, elle ne pense pas à moi, pas la peine, je suis juste là, elle semble heureuse. De l’autre côté de son profil le paysage défile, au loin, devant, on croit deviner la mer ; en fait, on ne devine rien d’autre que l’asphalte de l’autoroute.
Il fait déjà nuit quand on arrive, on est partis trop tard, heureusement il reste encore une chambre dans ce petit hôtel à la devanture jaune, à l’extrémité ouest de la plage. Une chambre avec un petit balcon et une vue sur la mer. Mais on ne voit rien encore, la lune est noire ou alors le temps s’est couvert. Je pourrais regarder twitter pour le savoir, puis je me rappelle que je ne suis personne dans ce coin de France. Et puis je maudis mon aliénation mentale aussi.
Je rejoins le lit mou, les draps amidonnés et repassés qui sentent la grand-mère de province. Elle a laissé la porte de la salle de bain ouverte pour me parler, mais on ne dit rien. Je la regarde se démaquiller en petite culotte, d’un geste simple, expert, elle anihile ses artifices un à un. Elle tourne ses yeux de chat et sa petite moue vers moi pour me dire

- Julien ?
Ce n’est pas sa voix.
Je me retourne. Mon collègue vient de m’interpeler. J’ai mon téléphone entre mes mains. Je lui fais signe que je suis à lui dans une seconde. Je compose un message rapidement pour lui signifier qu’elle me manque. Je l’envoie.
L’intermède est terminé. Il ne se reproduira plus de la journée ou plus tard peut-être, pour me tirer brièvement d’un restaurant bondé. Incertitude.

- Oui, tu voulais ?

Étrange Séance (contrechamp)

Elle : [Note : les textes intitulés "contrechamp" ne sont pas écris par moi]

L’illusion se dissipe. On dirait bien que le jeu s’essouffle. Je fais cela depuis si longtemps, aucun homme n’a jamais été capable de tenir la distance. Je savais que ça ne durerait pas indéfiniment. Je suis trop exigeante et je ne suis pas fair-play. Les règles changent constamment, c’est à celui qui cachera le plus d’as dans sa manche. J’espère juste qu’il tiendra plus longtemps que les autres.

Il me semble que cela fait une bonne heure que je suis plongée dans mes pensées. J’ai l’impression de me réveiller à l’instant où je reprend conscience que je suis entrain de conduire. Mes mains sont toujours fixées au volant, parfaitement à l’horizontale. Les voitures, la route, tout est là et il pleut toujours. J’augmente le volume de l’auto-radio. C’est le même album qui tourne depuis trois heures. Ce n’est pas grave, j’aime bien cette album, surtout la piste 7. Sur le siège passager, mon téléphone. Pas de message. J’attrape une cigarette en guise de lot de consolation.

Je veux tellement, on m’offre trop peu. Il m’intrigue toujours, il sait retarder l’échéance. J’ai cru qu’après le premier contact physique mon personnage perdrait de son éclat. Il est facile de jouer, mentir, tricher. Il l’est beaucoup moins de contrôler ses faits et gestes en permanence. Je ne suis pas capable d’être une autre, autrement que par l’écriture.

Nous avons passé deux soirées ensemble la première fois que je suis venue à Paris. La première ne mérite pas qu’on en enjolive le souvenir, la seconde en revanche est pour moi pleine de promesses.

La soirée débute dans un bar, un irish pub peut être. Nous sommes quatre. Il y a Sébastien, Victor, Lui et moi. Nous sommes là depuis déjà une heure, Sébastien et Victor jouent leur deuxième partie de billard, Victor affiche son ostensible virilité de mâle dominant tandis que Sébastien mise plutôt sur la technique pour remporter la partie.
Lui et moi les regardons, amusés. Il y avait encore cette distance entre nous qui n’a pas eu le temps de s’effacer avec la soirée de la veille. Nous sommes encore deux inconnus qui s’apprennent. À chacun de mes gestes, je guette la moinde réaction de sa part afin de détecter quelles mimiques pourraient me servir pour le séduire et lesquelles sont à proscrire. La présence des autres m’empêche tout rapprochement stratégique aussi je me contente d’observer les changements d’expressions sur son visage. Passant de l’adoration, puis à l’indifférence, puis au rire. Et ses mains qui appuient ses mots lorsqu’il me parle, son regard fuyant lorsque j’ose des sous-entendus et sa bouche que j’imagine exquise. J’écoute sa voix plus que ce qu’il me dit. Je suis fascinée par ses intonations et sa façon de prononcer les mots. Il y a quelque chose d’à la fois nasillard et précieux dans sa voix, quelque chose de soutenu.

Victor nous interrompt, décide que nous devons aller voir un film, quelque part. Sébastien est aussi de cet avis. Nous sortons dans la rue. Nous suivons Victor et Sébastien loin devant, qui ne font déjà plus attention à nous. Julien et moi marchons lentement. Je tiens son bras serré contre ma poitrine. il fait froid.
Je ne me rappelle pas de ce que nous nous sommes dit pendant le trajet qui nous menait au cinéma, mais je me souviens que j’était heureuse.

Au cinéma, je m’assois entre lui et Sébastien. Le film n’est pas bon. Un thriller japonais dont la majeure partie est constituée de scènes vides et sans intérêt, terminé par quinze minutes de torture barbare en guise d’apothéose.
À la première projection de sang j’agrippe son bras. De peur, d’envie ou d’impatience. Je me serre contre lui, la main sur le visage pour ne pas voir la suite. Je sens son odeur et son épaule contre ma joue. J’imagine son cou palpiter, juste là, à quelques centimètres de ma bouche. Je ferme les yeux. J’essaie d’occulter le film, les gens autour nous, la salle de cinéma, la ville entière. Je me concentre sur son odeur et sa main qui glisse dans mes cheveux, descendant parfois sur ma nuque, qui déclenche une vague de frissons le long de mon dos. Je n’ai pas vraiment peur du film, je veux juste rester contre lui. J’ai mis ma main dans la sienne et j’enfouie ma tête dans son cou. J’ai collé mes lèvres sur sa peau, je voudrais qu’il m’embrasse mais la lumière s’est rallumée dans la salle. Le film est fini.

Nous nous sommes quittés à la sortie du cinéma. Le lendemain je suis rentrée chez moi par le premier train.

Heure d’été

Il est 5h35. Demain, je ne pourrais pas dire si le changement d’heure m’aura fait dormir une heure de plus ou de moins puisque je ne dors pas du tout à cette heure-ci.

Dehors, les oiseaux chantent dans les arbres du Boulevard Richard Lenoir, leurs piaillements résonnent jusque dans ma cour intérieure.
Je n’arrive pas à dormir. Insupportable insomnie. Les mots de Biolay continuent d’emplir mon esprit. Mais ils ne sont plus seuls. Les mots de ses messages à Elle également. Je fais une pause, je les relis, j’essaie d’y déceler le mensonge, il s’y trouve forcément, comme dans les miens. Mais je n’y arrive pas, elle est beaucoup trop convaincante. J’y crois. Et puis il y a ces mots stupides d’une chanson de Sylvie Vartan chantée par Géraldine Nakache et Leïla Bekhti.

Les mélodies s’entrechoquent, mon cerveau chante les trois dans le désordre aléatoirement, par bribe, je crois devenir fou.

Ce soir à la soirée à laquelle je me trouvais, une jeune fille de 15 ans tentait de monopoliser l’attention sur elle. Elle m’a fait penser aux héroïnes du film vu plus tôt dans la journée, Tout Ce Qui Brille.

Le film est mauvais. Scénaristiquement pauvre, cinématographiquement sans aucun intérêt. Mais il a cette qualité d’être un portrait finalement fidèle et drôle de la Parisienne de base. Celle qui aime les chaussures de créateurs mais qui ne peut pas se les payer. Celle qui me demande si, dans mes soirées où je rencontre des blogueurs et des gens de Twitter, j’ai déjà croisé Betty, la parfaite Betty à frange et son fond de teint naturel du Blog De Betty. (la réponse est non)

La petite m’a aussi rappelé cette autre que j’ai brièvement aimé à Megève cet hiver. Mais là où l’autre était faiblesse, celle-ci n’était que bêtise.

J’aimerai éteindre le robinet de pensées qui m’innonde intérieurement, juste quelques heures. Dormir, me reposer, ne plus penser à aucune de ces filles imaginaires, réelles ou intangibles que je n’aurai jamais.