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Roman

Je me penche vers la feuille quadrillée. J’ai envie de lire l’histoire que j’ai envie d’écrire.
L’histoire se passe dans une ville. Une très grande ville. En 2985 pour être précis. Deux donnée pour que les quatre dimensions nécéssaires à la pseudo-vie, cette histoire que j’ai envie de lire, de raconter, que les quatre dimensions donc, soient réunies.
Cette histoire commencerait par ces mots : “Dans le couloir, un à un, les néons du plafonnier s’allument. Un à un, et mètre après mètre, le couloir s’illumine. Dans ce couloir, une porte coulisse. Le jeune homme apparaît. Et à peine a-t-il franchit les seuil que déjà la porte se referme dans un bruit d’air compressé. Il est pressé, il a rendez-vous.”
Ce jeune homme pourrait par exemple s’appeler Alexandre. C’est un prénom que j’apprécie particulièrement. Dans une histoire, les prénoms ne sont pas donnés au hasard. Alexandre doit donc être un conquérant. Puisque telle est sa destinée, il le sera.
Au début de l’histoire, il sera étudiant, ambitieux. Il pensera avoir l’avenir devant lui. Et il l’aura.
Le roman, (quel terme prétentieux) commencera avec sa prise de conscience de la société dans laquelle il vit. L’histoire commencera à l’instant où il aura perdu son innocene, sa naïveté. L’histoire se terminera avec le début du détachement d’Alexandre vis-à-vis du monde dans lequel il vit. Dans les dernières pages, on verra ce jeune homme devenu vieillard tenter de faire comprendre au jeune homme qu’il rencontre alors, que sa vie n’est qu’une histoire, que son prénom lui-même a été choisi en fonction de la destiné qui lui est réservé.
Mais le jeune homme qui a pris rendez-vous avec le vieil Alexandre, n’a pas envie d’écouter, il sait ce qu’il veut, il ses propres théories et celles d’Alexandre lui semble bien dépassées.
Elles le semblent parce que ce sont les même qu’Alexandre a entendu à la cinquième page dans le bureau un peu vieillot. Après en être sorti, Alexadre aura traité l’homme qu’il venait de rencontrer de vieillard sénile.
Cette historie sera donc une boucle unique d’une suite circulaire infinie, une sorte d’éternel recommencement.
C’est l’avantage du romancier que de pouvoir décider de la vie des ses personnages. Simplement, rien qu’avec des mots. Jusque parfois dans l’absurde. C’est peut-être une forme de récit où cela est le plus facile à faire. Ecrire demande une petite dose d’imagination. Pour être maître de son film, au cinéma, il faut plus que de l’imagination et même plus que du talent. Cela nécessite du génie. L’écriture aussi demande une certaine forme de génie. Mais le fait que le médium, l’écriture, les mots eu-même soient ceux que l’on utilise chaque jour devrait rendre la littérature plus proche. Et pourtant, c’est vers le cinéma que l’on se tourne volontiers, art duquel on ne connait pas le “code source”.
Cette histoire ne sera pas un récit linéaire. Alexandre, son cheminement, en sera le fil conducteur. L’histoire commencera avec Alexandre, finira avec lui, il en sera le motif principal, la colonne vertébrale. Mais il n’en sera pas le thème principal.
J’aimerais pouvoir critiquer la société dans laquelle nous vivons. Laconsommation, la démocratie, les médias et cette recherche du Bien-Être au mépris du Mieux-Être. Mais je n’ai aps de vision originale dela chose. Je pourrais tout aussi bien ne pas être original, mais alors pourquoi écrire si avant même d’avoir commencé, on sait que ce que l’on va donner à lire aura déjà été mille fois lu ?
Nous vivons dans le même monde et nous voyons tous ce monde sous le même angle. Parce que justement, le monde nous ordonne de le regarder ainsi. Lorsque le vieillard veut convaincre Alexandre de voir le monde autrement, celui-ci proteste, il ne comprend pas que l’on veuille voir le monde différemment que celui-ci ne veuille qu’on le voit. C’est la tâche du poète, de l’écrivain de nous offrir de nouvelles vues sur notre monde.
C’est également la tâche que je me suis donné. Nous vivons dans le même monde, mais j’essaie de la voir différemment. Celui que vous voyez correspond à votre Vérité, l’image que je vois à la mienne. J’écris pour que les deux se rejoignent. Au bac, l’un des sujets de philo était “La Vérité dépend-elle de nous ?”. C’est peut-être l’un des thème sur lequel portra l’histoire que j’ai envie de lire et d’écrire.
Il n’y a pas de Vérité objective, c’est cela que le vieillard dira à Alexandre au cours du rendez-vous de la page cinq, et qu’Alexandre dira au jeune homme au cours du rendez-vous des dernières pages. Les vieux sages essaieront vainement d’expliquer à leurs jeunes interlocuteurs que la Vérité qu’ils voient, celle que le monde semble poser comme irréfutable, évidente, c’est celle acceptée par le plus grand nombre. Qu’elle est imposée par l’instinct démocratique qui sommeille dans le coeur de chaque population.
Le monde aspire à la stabilité, à la persistance dans son état stable. Pour la garantir, il y a la force d’inertie, intrinsèque à toute chose. Ici, c’est l’inertie du plus grand nombre. Cette historie parlera de l’inertie aussi.
D’autres choses aussi.
L’écrirais-je un jour ?

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