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Tu veux une glace ?

Le voilà.
Enfin ! Je me sens revivre. Sans lui, je ne suis rien. Rien du tout non. Je n’existe même pas.
Ou plutôt si, mais sans lui, je ne peux rester qu’immobile, comme le mur à carreaux en face de moi.
Lui, il donne un petit peu de vie à mon existence, si morne.

Avant lui, il y en avait eu un autre. Puis il était parti. Je n’ai jamais su pourquoi. Il ne me la jamais dit. De toute façon quasiment aucun ne m’a jamais réellement parlé. Celui d’avant était bizarre. Mais je tenais à lui comme à celui de maintenant. Car comme toujours, sans le précédent, je ne suis rien.

Il y avait eu une femme une fois. Un couple aussi. J’étais très attaché au couple. Je vivais, pour ainsi dire, deux fois plus. Mais tous, sans exception m’ont quitté. Et personne, jamais, ne me prévenait à l’avance. Comme ça, du jour au lendemain, je cessais de vivre.

Et je renaissais chaque fois que l’agent immobilier rentrait, je savais que l’homme en costume gris annonçait l’arrivée d’un nouveau et qu’enfin ce serait la fin du néant pour moi.

J’ignore pourquoi ils m’ont tous quitté comme ça.
Au départ, je mettais ça sur le compte de la lâcheté propre au genre humain.
Puis j’ai commencé à douter de moi, j’ai réfléchià la question
Peut-être me trouvent-ils trop banal, que je manque d’originalité, que je ne suis au fond qu’un autre eux-même et que je ne vaux finalement pas la peine d’exister.
Alors ils me quittent.

Mais je cesse de me plaindre, pour l’instant, il est là. Il attrape la serviette et dans un souci d’exactitude, je fais de même. Je m’efforce de rendre exactement la couleur du vert de la serviette éponge.
Il fait couler l’eau et dans le même souci d’exactitude je copie chacune des micro-goutelette qui sorte du pommeau de la douche.
D’aucun trouveront que c’est un véritable poids que cette envie de copier celui qui est notre raison de vivre. Chez moi, c’est une seconde nature.

Mais voilà qu’il a finit de se doucher. Il s’en va, il me jette un dernier regard mais il a l’air lassé. Je suis désolé. Vraiment.

Dernier mouvement avant le néant. La porte se referme, je vais disparaitre.

Ca y est, je ne suis rien.
Quelle triste vie que celle d’un reflet dans le miroir de la salle de bain.

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