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Entrelacs

Costume noir, léger, il fait chaud à l’extérieur, une véritable canicule s’est abattue sur la Cité. Il me faut aller travailler mais l’envie me manque cruellement. Trop de banalité finit par tuer la banalité, je ne suis même plus las. Juste là. J’attend, envie de rien. Peut-être de croiser un regard.

Je suis sortis finalement, j’ai pris le Tube pour monter dans les Etages. Il y a une fille en face de moi. Jolie. Brune. Somnolente, un livre à la main. Un livre de science-fiction. Que j’ai lu. J’hésite à lui parler. Le Tube s’arrête dans le chuintement de l’air comprimé. Elle sort. Je reste. Je monte plus haut. Je ne la reverrais jamais. Ca n’a pas d’importance. Puisque je ne la reverrais jamais.

Mon Etage. Je ne sors pas. J’ai décidé de monter jusqu’aux Cimes. Ca fait longtemps que je n’ai pas eu de vue d’ensemble de la Cité. Chuintement d’air comprimé encore. La végétation verte essaie de s’introduire par la porte du compartiment du Tube. Mais quelquechose l’en empêche. Je sors et je commence à déambuler ou plutôt à errer sur les chemins couverts de tout petits gravillons. On dirait du sable par endroit. C’est doux sous les chaussures, le sol s’enfonce un peu, juste ce qu’il faut pour donner l’impression de moelleux. Je marcherais bien là pendant des heures. Au-dessus, la coupole de la végétation laisse passer quelques rayons de soleil. On devine la coupole de verre bien au-dessus encore. Des brumisateurs répandent dans l’atmosphère déjà humide, de minuscules goutelettes d’eau rafraichissantes. C’est l’endroit idéal pour échapper à la canicule.

Au détour d’un sentier, je vois que la végétation s’arrête brusquement, laissant place à un sol recouvert de rochers. Le panorama. Imitation de l’un de ceux des Premiers Ages quand il fallait se rendre sur une colline ou une falaise pour voir au loin.
La table d’orientation a souffert des doigts des milliers d’enfants passés par ici. Je la fixe pour ne pas voir au-delà de la baie vitrée l’entrelac des Tubes et des Tours. J’ai toujours trouvé cette vue magnifique. J’en avais pris une photo même que j’avais fait agrandir et accrocher dans mon appartement. Les gens étaient choqués, assimilaient cet entrelac à la décadence de l’Empire. Je ne pensais rien de tel. Je n’en pensais rien d’ailleurs, je me contentais de trouver cela beau, tout simplement.
Les yeux dans le vague, je suis inconsciemment du regard la fine poutrelle d’acier qui encadre la baie vitrée. Je remonte plus haut, levant la tête vers la toile d’araignée qui maintient la coupole. C’est probablement l’entrelac qui me plaît. J’en ai une photo également. Ces morceaux de fer savament enchevêtrés surplombant la jungle végétale, cahotiquement organisée.

Il est temps de redescendre. Je reste encore quelques minutes à contempler les Tubes passer et repasser plus bas. Puis je décide qu’il est l’heure.

Chuintement d’air comprimé encore. Le bruit familier qui vous fait sentir que vous arrivez dans un endroit que vous possédez. Quelques pas dans la salle blanche, puis détectant mon badge, une porte s’ouvre en face, délimitée par un fin ruban de lumière bleu marine.

Au boulot.

Porte

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