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Soirée

Clothilde et Mélissa sont dans un bateau. Je tombe à l’eau.
Je pourrais spéculer des heures sur la probabilité que l’une ou l’autre vienne me chercher ou me délaisse pour aller chercher du secours, ou pas, ou tout autre scénario que mon esprit tordu pourrait inventer.
La seule certitude, c’est que si je tombe, je ne peux compter que sur elles et elles seules car je doute que le passant, que dis-je, la foule des passants là-bas daigne même tourner la tête pendant que je sombre dans les eaux glaciales sur lesquelles nous naviguions en paix.
Evidemment, je pourrais conclure avec l’une ou l’autre afin de m’assurer du dévouement total de l’une ou de l’autre. Mais là aussi le problème se pose, il est rare que j’ai approché l’une ou l’autre avant que le tour en bateau ne soit terminé, que nous soyions sur la terre ferme et que la conclusion soit désormais totalement inutile.
Et pour la prochaine fois, ne perd pas une minute me direz-vous ? Si au moins je savais conduire je pourrais en ramener une, mais là elles partent en voiture sitôt poséees sur le sol de la berge, c’est assez désagréable. De toute façon j’ai déjà du mal à savoir comment me comporter dans l’heure qui suit, j’aurais du mal à organiser une “prochaine fois” plus propice.
Tout ça pour quoi ? Pour que l’une me sauve ? Mais nous navigons la plupart du temps sur un lac aux eaux planes où le risque de tomber à l’eau est inférieur au taux des décès dus aux chutes de météorites.

Encadré par Mélissa à droite et par Clothilde à gauche, à moins qu’il ne s’agisse d’autres que j’ai pêché je ne sais où… Mais j’en doute, celle de droite est bien Mélissa et celle de gauche est à n’en pas douter Clothilde. Nous rentrons. Le bonhomme qui nous regarde entrer fait entre cinq et six têtes de plus que moi et est plus large que nous trois réunis. Le bruit est fort, je me laisse tomber dans une banquette. La serveuse en mini-jupe vient prendre les commandes et s’étonne de repartir avec un jus de fruit inscrit entre deux cocktails dont la composition me sera à jamais inconnue.

Clothilde est partie il y a quelques minutes vers d’autres horizons. J’ignore ce qui me prend mais d’un geste calme, mesuré, je penche mon visage vers celui de Mélissa qui traîne quelquepart aux alentour de ma tête et pose mes lèvres sur les siennes.
Il ne se passe rien, ni recul ni avance. Je me demande même si elle s’est rendu compte de quelquechose. Je reste ainsi encore quelques secondes, immobile, les lèvres posées sur une statue de marbre à peine humide.
Clothilde a tout vu. Du moins elle croit avoir vu quelque chose. Je lui dit qu’il ne s’est rien passé. Mélissa est toujours immobile, c’en est même inquiétant, ses pupilles bougent par moment lorsqu’un corps étranger s’interpose entre elle et les projecteurs. Clothilde s’asseoit, boudeuse, la lèvre inférieure retroussée.
Je glisse ma main derrière ses épaules contourne l’épaule opposée et descend négligeamment vers le décolleté.
La même sensation étrange que tout à l’heure s’empare de la même façon de moi. Clothilde est immobile. Statue de sel figée par la colère divine.
Mélissa s’agite, elle nous regarde les yeux pleins de colère. Mes yeux sont pleins d’incompréhension. Je crois qu’il vaut mieux que je parte. Je ne sais pas conduire mais ce n’est pas important, je sais suffisament.

J’espère juste ne pas tomber à l’eau, il n’y aura personne pour me sauver cette fois-ci.

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