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Innatendue (Pub)

Kartaga Kelendaest attrape une bulle scintillante entre le pouce et l’index. Délicatement. Mais pas assez, la bulle éclate en silence. La jeune femme se rend compte alors que la chaîne hifi hurlante du salon tout proche a cessé de hurler la frénésie de paroles hip-hop d’un cd d’import introuvable chez les disquaires de ce genre de niveau. Après avoir lancé un “shit” énervée, elle attrape la télécommande multi-fonction qui traîne sur le bord de sa baignoire. Son doigt fin et richement manucuré se dirige vers la commande d’appel. Il s’agit de prévenir un technicien que la chaîne est hors-service et elle a intérêt à être remplacée dans l’heure : Kartaga Kelendaest ne prend son bain qu’en musique, autrement ça ne présente aucun intérêt : pour se mouiller autant prendre la navette et aller sur une plage de sable blanc quelquepart sur un territoire abandonné. Le soleil n’y est pas artificiel et le bruit des vagues a ce petit quelquechose qui le rend doux à l’oreille.

Le doigt est à quelques millimètres du bouton quand la belle brune perçoit un mouvement à la périphérie de son champs de vision. Elle relève la tête mais dans la salle de bain aux carreaux bleus agrémentés de multiples dessins stylisés de coquillages et d’animaux marins tous différents, il n’y a personne. Le bouton est pressé dans l’instant d’après. Mais le terminal ne s’allume pas. Kartaga lui donne un coup mais l’écran plat incrusté dans le mur reste définitivement noir, d’un noir qui crie qu’il ne s’allumera pas de sitôt.

– C’est quoi ce bordel ?
– EMP.

Kartaga tourne la tête vers la porte d’où est venue la voix. Juste à côté de la porte se trouve une chaise sur laquelle sont déposés ses vêtements et sur laquelle est assis un homme. Costume noir d’une facture telle qu’on en trouve des pareils qu’en Arsgentyne. Les jambes nonchalament croisées, il a un main sur le genou, de l’autre il tient une cigarette, aucune fumée n’en sort. D’un geste lent il portele cylindre immaculé à sa bouche. C’est la seule partie de son visage visible depuis la baignoire où se trouve encore la jeune femme, le reste est masqué par un panama blanc orné d’un ruban noir. L’homme poursuit :

– Electro Magnetic Pulse. Limité. Tous les équipements électroniques du niveau sont HS. Ailleurs personne ne sait ce qu’il se passe. Et il n’est pas nécessaire que vous appuyez sur ce bouton pour prévenir la sécurité. Vos sbires du Service de Sécurité vous voit actuellement en train de vous prélasser dans un bain de mousse sur un film plus réaliste que jamais. On a même rajouté quelques… bonus.
– Salaud !
– Je n’en attendais pas moins de votre part chère amie. Vous me suivez ?

L’homme se releve, masquant toujours son visage du chapeau blanc, lisse le pantalon sur ses cuisses et s’appuie au chambranle d’acier métallisé de la porte.

– J’aime beaucoup votre salle de bain.
– Et si je refuse ?

L’homme se raidit et tandis qu’il tire une bouffée sur sa cigarette ignifugée, il réajuste son panama faisant apparaître un petit cercle noir superposé à l’oeil, relié à une oreillette presque invisible pour quiconque n’a pas l’habitude de l’équipement militaire des troupes d’élites des Hauts Niveaux. Un phaseur laser haute-densité microcircuité directement sur le cortex du soldat. En moins de temps qu’il ne lui faudrait pour le dire, il pourrait réduire l’entièreté de la salle de bain en un petit tas de cendre pas plus gros que le poing.

– Je pense que vous n’êtes pas en position de négocier.
– Où m’emmenez vous ?
– Vous voulez que je vous raconte une petite histoire avant peut-être ?
– Je me fous de votre histoire, j’aimerais savoir ce que vous me voulez.
– Calmez-vous mademoiselle, je sais que vous êtes une femme intelligente. Ecoutez-moi maintenant.
– Vous allez me …

Le cercle noir du phaseur vire alors au rouge durant une fraction de seconde, juste le temps nécessaire pour que toute l’eau du bain de Kartaga ne s’évapore en un nuage opaque de vapeur puis que celui-ci ne se réduit en un hyperfluide évacué immédiatement par la ventilation.

– J’aimerais que vous sortiez de la baignoire maintenant, ça me ferait de la peine de l’abîmer.
– Comme vous voudrez. Vous pouvez me passer la serviette à votre droite ?
– Pendant que vous vous préparer je vais vous raconter l’histoire que vous n’avez pas voulu entendre tout à l’heure.

Kartaga franchit le rebord de la baignoire, décroche la serviette que l’homme n’a pas voulu lui envoyer et se dirige vers une commode de la chambre voisine, à la recherche d’une robe convenable. Sentant le regard de l’homme parcourir ses formes, d’un mouvement rapide de la tête elle renvoit sa chevelure sur son épaule droite et tournant la tête du même côté elle jette à l’homme un regard amusé et coquin :

– Ne vous gênez pas… J’adore les histoires.


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