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Ce soir j’ai vu Collateral. Avec Tom Cruise.
Comment, après avoir vu ça, ne pas avoir une irrépressible envie d’aller vivre là-bas aux Etats-Unis.

Ce film se déroule en grande partie dans des lieux musicaux : boîte de jazz, boîte de nuit, boîte plus ou moins ringarde remplie de cow-boy avec leurs chapeau…
Puis dans la voiture, pendant que ma mère ne cessait de répéter “c’est riche, très riche” à propos du film, j’ai pensé que ces endroits qui m’avaient donné à aimer ce Los Angeles nocturne ne me seraient jamais ouverts. Ce sont des lieux où l’on se rend en groupe. Or je n’ai pas d’amis.

Il y a de cela bien longtemps (quelque chose comme trois ou quatre semaines maintenant) Solène a dit qu’elle ne comprenait pas ces gens qui avaient pour amis des gens qu’ils n’avaient jamais vu en vrai.
Solène est une fille que j’ai du voir deux fois dans ma vie pour une durée cumulée de moins de cinq heures mais c’est également une des rares personnes qui m’ait été donné de rencontrer qui donne à penser qu’elle réfléchit. Ses pensées sont certes totalement à l’opposées des miennes mais elles sont dites de telles façons que je sais que malgré tous les arguments habituels que je déploie, elle ne fléchira pas d’un pouce, parce qu’elle a réfléchit avant et qu’il lui faudrait recomposer tous son cheminement pour arriver à trouver la faille dans mon raisonnement. Comme moi elle s’est contenté de se souvenir de la conclusion, la démonstration étant pour le moin longue et sans intérêt. Tout ça pour dire que je porte un certain crédit à ce qu’elle a pu me dire ces deux uniques fois où je l’ai rencontrée. (de toute façon une fille qui clame haut et fort et argumente sur le fait que les hommes sont des meubles peut-être moins utiles que les chaises ou qui accorde plus d’importance aux paroles en l’air qu’à un discours prononcé d’une vois assuré, cette fille donc, ne peut être foncièrement stupide).
Elle argumentait donc à propos des amis virtuels en disant que sur ceux-là, on ne pourra jamais compter.
J’aurais aimé avoir mon cerveau allumé à cet instant là et lui avoir rétorqué que dans ce cas, j’avais assez peu d’amis et que le nombre “peu” désigne à peu près un demi pouce de mon pied droit. je suis d’ailleurs presque sûr que je pourrais plus compter sur un inconnu relatif de ma liste de contact MSN que sur n’importe quelle personne de ma classe.
De toute façon je ne suis pas persuadé que l’amitié se mesure au degré de “je peux compter sur toi” mais plutôt à un degré de relationnité. Je m’explique. L’amitié est plus une structure propice à l’échange : avec un ami on peut discuter de tout, de façon sérieuse, de façon rigolote mais toujours, les deux parties s’accordent, dans l’idéal en silence. Je crois que les âmes soeurs (si tant est que ce concept ait une quelconque validité) sont faites pour être amis.

Non, je n’ai pas le numéro de Solène et quand bien même l’aurais-je, je ne l’aurais jamais appelé.
Pensez-vous qu’un garçon qui est pris de nausée à la moindre contrariété puisse jamais se comporter élégamment ?

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