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Carpe diem, quam minimum credula postero.

Une citation latine complète pour commencer, Cueille le jour, le moins possible confiante au lendemain littéralement, que l’on ne voit jamais entière.

J’ai prêté à un type de ma classe mon bouquin de grammaire latine, extirpé de ma bibliothèque où il pourrissait depuis mon année de troisième. J’ai fait du latin jusqu’en Terminale, allant même jusqu’à affronter la charmante examinatrice du bac dans un lycée à l’autre bout de Paris et qui s’avéra plus tard être l’une de mes voisines. J’avais alors fait semblant de traduire

Adde merum vinoque novos compesce dolores,/occupet ut fessi lumina victa sopor,/neu quisquam multo percussum tempora baccho/ excitet, infelix dum requiescit amor.

texte, et unique texte, dont je connaissais la traduction par coeur. Je serais aujourd’hui incapable de le refaire sans dictionnaire et une bonne heure à tête reposée :

Ajoute du vin pur et réduit mes douleurs nouvelles par le vin, pour que le sommeil envahisse mes yeux étant fatigués et que personne ne me réveille mes tempes étant battantes par beaucoup de vin, pendant que mon amour malheureux se repose.

Finalement il me reste quelques souvenirs, à peine cinq minutes ont été nécessaires (avec seulement le lexique du bouquin, ouvert sur mes genoux). C’est d’ailleurs étonnant le nombre de souvenirs inutiles qui logent encore dans mon cerveau. us – e- um – i – o – o – i – i – os – orum – is – is et autres amo, as, are, avi, atum me sont revenus en mémoire subitement pendant le TD de maths de jeudi dernier et c’est le type dont il est question plus haut qui a ravivé tout ça. Je ne sais pas pour vous, moi je suis impressionné.

A la base, ce post devait être centré sur carpe diem et sur le fait que plus je pense à mon avenir moins j’ai l’impression d’en avoir un, que je ne sais pas où je serais dans 6 mois, si je serais à Rennes, Lyon ou Strasbourg, à Jussieu, à Orsay ou plus modestement à Decour, again. Je ne sais pas si nous habiterons toujours à Garches, et si je serais seul dans un petit studio où je devrais me faire à manger tout seul et où, faute de mieux, je me lancerais dans A la Recherche du Temps Perdu à défaut de pouvoir passer mes soirées sur Internet. Dans tous les cas, il est fort probable que je ferais des mathématiques la journée, à un niveau ou à un autre, et que le soir, avant de m’endormir, j’enverrais des messages à Clothilde, Mélissa ou, qui sait, à une nouvelle Jennifer dans le seul et unique but de faire vibrer en retour un portable quasi-inutile, aucune n’étant bien entendue disposée à partager ma vie (et c’est peut-être mieux en un sens, quoique si on pouvait cuisiner à ma place, je suis prêt à faire pas mal de choses en échange). Peut-être abandonnerais-je l’écriture ici poursuivant sur un petit cahier petit format petits carreaux à spirales… ou pas.
Je ne sais pas ce qu’il se passera dans six mois.

Ce que je sais, c’est que demain j’emporterais les Elégies de Tibulle dans mon sac et qu’au détour d’un wagon de métro, on me verra peut-être perplexe devant une structure latine extrêmement belle mais terriblement biscornue.

Quant à “bientôt“, plus le temps passe, plus l’on s’en rapproche.

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