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Vite Vite

J’ai pris conscience dimanche de la vitesse à laquelle le temps s’écoule.

Je regardais ma soeur faire son devoir à la maison de maths, il s’agissait de montrer que e est un irrationnel. Rien de bien compliqué en soi. Sauf quand on a découvert ce nombre près de trois ans auparavant et que l’on n’arrive pas à se défaire de l’évidence que e est la somme infinie des inverses des factorielles entières.

Trois ans. Je n’avais pas encore mon bac, mais je n’en tremblais pas d’avance pour autant. J’ai commencé ce blog. J’ai l’impression que c’était hier, que l’on faisait nos exercices sur les exponentielles, cette nouvelle fonction géniale qui, quand on la dérive reste elle-même… C’est d’ailleurs sa définition. Ou plutôt, l’une de ses définitions. Et donc une propriété. Malin qui saurait différencier définition et propriété en mathématiques, j’ai abandonné depuis longtemps. A moins que l’on dise que c’est cette fonction qui est toute proche de zéro du côté négatif et grandi vite ensuite, de plus en plus vite, si vite qu’aucun polynôme ne peut jamais la rattraper.

A la conférence du maths club, lundi, une femme disait, à propos de la désintégration radio-active : “Je vois des élèves utiliser la touches exp de leur calculatrice et ils ignorent à quoi ça correspond”. Ce n’est pas si grave. Du moins tant qu’ils visualisent la courbe qui descend à vitesse accélérée (la même que celle décrite précédemment mais dans l’autre sens) et qui montre que, petit à petit, il y a de moins en moins de particules dans le noyau et qu’il faut toujours deux fois plus de temps pour perdre la moitié de ce qu’il reste que l’on en a mis pour perdre la première moitié. Surtout qu’ici l’exponentielle est bien approximative, transformant des pertes de quantités indivisibles de particules en pertes continues : “L’atome a perdu 0.358 particules” dira ma soeur.

Renoir : La sortie du conservatoire

Le temps s’écoule si vite que ce semestre, je n’aurais même pas eu le temps de me familiariser avec celle qu‘ils appellent mon secret. Ca ne m’arrive jamais. Il ne me faut jamais plus d’un mois pour me rapprocher des personnes dont j’ai envie d’être proche (pour le meilleur ou le pire parfois). Je trouve ça triste.

Aussi triste que la sensation que l’on ressent lorsque l’on vient de terminer un livre et que l’on en relit frénétiquement le dernier paragraphe pour ne pas s’en détacher. Cette même sensation que j’ai quand apparaît le “Alias” en fin d’épisode ou le “Rob Thomas” sur l’écran noir après un Veronica Mars. Tristesse probablement de ne pas pouvoir vivre indéfiniment dans ce monde dans lequel on s’est immergé pendant des jours, des semaines, voire des mois ou des années. On est obligé de revenir à la triste vie réelle où les gens n’ont pas un caractère aussi fouillé que ceux des personnages et ne sont pas mis en scène pour vous surprendre de façon originale. Peu d’entre eux sont vraiment drôles, à défaut d’autre chose.

Trois jours avant les vacances. Cette perspective m’enchante moins que d’habitude. Le temps libre je l’ai à longueur de semaine. Les vacances m’ennuient avant même qu’elles n’aient commencées.

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