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Anti-tanic

Il est un fait que lorsque tout semble s’assembler pour créer une situation désagréable et que je me prépare au pire (crash d’avion, iceberg, raton-laveur, cyclone etc…) c’est la situation exactement inverse qui se produit. Je ne tombe pas à côté, non, mais bien à l’opposé, signe que ma prévision n’était pas si fausse, simplement exactement fausse.

Ce matin-même, la sidérante non-adversité du monde qui m’entoure a évidemment encore frappée.

Vendredi, après avoir été consulter mon emploi du temps, j’ai constaté, avec moultes regrets et énormément de déception (de la déception en mal) qu’aucune tranche de mon emploi du temps estampillé “Maths Fondamentales” ne coïncidait avec son voisin, affiché 21 cm plus haut, correspondant à celui des “Maths Enseignement”. Exception fait d’une “Option Logique” (celle que j’ai choisie, n’ayant aucune, mais alors aucune affinité particulière avec la géométrie et les quadriques), dernier espoir à faible taux de satisfaction supposée.

Car notre Miss Renoir (oui, ce post est dépourvu de tableau en son centre), au premier semestre, suivait le cours d’informatique et le même cours d’Algèbre que moi. Dans l’univers des possibles, elle ne pouvait être qu’une Maths Enseignement, les seuls à profiter de l’informatique et dudit cours d’Algèbre. Et donc, hormis cette petite ligne pleine d’espoir sous mon premier cours 0830-1030 de ce matin “Salle RC3 le 16/01” et la même mention sous le cours 1030-1230 des Enseignement, susceptible de créer un croisement aussi fortuit que calculé au cours duquel des tas de choses que la décence m’interdit d’évoquer auraient pu éventuellement se produire, mes chances de recroiser cette “égérie du moment” frôlaient désormais le zéro kelvinien le plus absolu.

Pleurs, larmes, tristesse sans nom et flagellation sur fond de “je suis nul” et de “j’aurais du descendre à Châtelet”, insomnie, lecture nocture jusqu’à 0300 du matin, mer déchaînée balayant des rochers découpés à la serpe, cheveux au vent et écharpe voletant deça delà pareille à la feuille morte… Bref, tous ces symptômes d’une mélancolie et d’un romantisme conjugué dans ce que, en jargon météorologique, on qualifierait de “zone de basse pression”. A titre purement indicatif, les zones de basse pression diminue le nombre de capteurs d’endorphine. Enfin je crois.

Pire, ce matin, à l’issue du cours dont je ne me rappelle plus le nom mais dans lequel j’ai dormi parce que le prof a expliqué ce qu’était une intégrale de Riemann, cette issue où une vision subreptice autant que furtive de notre chère incarnation de la peinture impressioniste du XIXe siècle devait me réjouir et entraîner moultes dénouements possibles, à défaut d’aucun, cette issue disais-je donc, n’a pas eu lieu : couloir horriblement désert, à l’exception notable de toute la section Enseignement (une trentaire d’élève). Effondrement spontanée de ma personnalité en une sorte de Big Crunch apocalyptique capable d’entraîner dans son sillon l’entièreté des civilisations évoluées de l’univers. Puis surgissement de l’esprit d’analyse logé dans mon cerveau droit (à moins que ça ne soit le gauche) : en fait, je me rappelle qu’elle m’a dit avoir déjà eu l’UV de topologie, donc elle redouble, or la topo est la seule UV qu’elle n’a pas eu, donc maintenant elle n’a plus rien à passer et elle ne viendra plus. Et ça explique pourquoi elle ne parle à personne : tous ses amis sont dans son Nokia rose et en M1.

Tout cela sur le chemin pour la salle voisine, RC1 sous la pyramide 55-56, drainant dans mon sillage comme un courant de glaciation maudit et anihilateur. Je voulais rajouter un complément à “anihilateur” mais je trouve finalement le mot suffisament fort en lui-même.

Sauf que voilà, rappelez-vous le début du post : quand le monde menace de s’anihiler sans complément, il se produit toujours une création de matière suffisante non seulement pour compenser (Lavoisier aurait été ravi) mais en plus une création dénergie capable d’inverser la tendance (qui aurait déplu à Lavoisier mais cautionnée par Einstein).

Je me suis assis, j’ai tourné la tête vers l’arrière de la salle pour faire un sourire à Magali et un signe de tête à Florent, mais je n’ai fais ni l’un ni l’autre, interloquée que j’étais par la vision de ce long manteau noir qui crée de l’élégance autour d’elle par sa simple existence.

L’Insaisissable Jeune Fille a encore fappé…

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