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Apres tout

Le post que je m’apprete a ecrire a failli s’intituler “J’en ai marre d’etre un gamin” et sera probablement plein de fautes de frappe que je ne corrigerais pas parce qu’il est une heure et demie du matin, que la luminosite de mon ecran est reglee au minimum et que je ne vois pas mon clavier.

Je ne suis globalement capable d’agir de maniere vaguement reflechie et vaguement adulte qu’avec un crayon et un papier, ou un clavier et un disque dur, c’est au choix. La seule maniere que j’ai d’agir en tant qu’adulte en societe consiste a ecouter en silence ce que les gens disent, les yeux dans le vague, reflechissant aux implications de ce que j’entend, parvenant a des conclusions que je n’exprime pas a haute voix, soit parce que je suis convaincu que les personnes autour de moi sont parvenues aux memes et n’ont absolument pas besoin de moi, soit parce que je sais reconnaitre que ma conclusion est bancale et ne tiendra pas trois petites secondes face a l’argumentaire que je prevois de la part de mes interlocuteurs. Ce qui fait de moi une personne relativement chiante dans ce cas-la.
A l’inverse, si je me mets a parler, je vais m’ecouter et etre alors incapable de dire autre choses que des phrases toutes faites, raconter des choses sans interet pour finir par un truc qui ne fera rire que moi, et au final donnera la nette impression aux personnes autour de moi que j’ai quelquechose comme 14 ans, a peine.

A Noel de mon annee de sup, j’ai perdu tout espoir de jamais rien tirer des congeneres avec lesquels j’etais en train d’etudier, et j’ai decide de faire seul des choses que normalement j’avais l’habitude de faire a plusieurs, au premier rang desquelles je noterais “aller au cinema” ou “me promener”. Le monde comporte 6 milliards d’etres humains et j’avais pris mon parti de considerer que les cinq milliards neuf cent quatre-vingt dix-neuf millions neuf cent quatre-vingt dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf autres se passaient tres bien de moi et que je pouvais tres bien, en retour, me passer d’eux. Qu’attendre qu’ils s’interessent a moi ne ferait que me faire perdre du temps inutilement. C’est dans cet etat d’esprit que j’ai passe le restant de mon annee de sup, puis de spe, puis de license, reduisant parfois le tas des autres a cinq milliards neuf cent quatre-vingt dix-neuf millions neuf cent quatre-vingt dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt dix-huit et demi, puis que j’ai decide de partir a New-York, sans aucune apprehension a partir loin tout seul, puisque techniquement c’etait deja plus ou moins le cas. Pour moi.

Les gens normaux, ceux qui ne decident pas spontanement de considerer le reste du monde comme definitivement etranger et accessoire, dans ce genre de situation, aiment a se rassembler. Un peu comme un Loft en plein air, sans les cameras, enfermes seulement par leur langue maternelle. Ils discutent, partagent, echangent. Ils font des choses ensembles. Des fois. oU pAs. Globalement disons qu’ils brassent du vent mais que ce courant d’air donne la fugitive impression d’etre globalement un etre plus ou moins vivant plus ou moins en societe. Du moins c’est ce que j’ai ressenti. Le probleme c’est que la condition d’etre humain entraine des etats-d’ame que ma musique, aussi forte soit-elle, ne parvient pas a masquer totalement. Et la contrepartie des joies ce sont les deceptions. Deception de constater que les etres humains autour de vous sont exactement tels que vous imaginiez qu’ils etaient en fait. Que personne n’a reellement envie de repondre a vos questions, ce qui d’ailleurs est tout a fait normal, je n’ai pas specialement envie de repondre aux leurs non plus.

Je ne sais pas si ma qualite de scientifique implique de me demander si ce que je fais est bien, ou mal, ou quelquechose de moins interessant entre les deux. A vrai dire, ce sont des questions qui ne m’interessent pas, ce sont des preoccupations d’etres humains. Si je peux, alors je dois. Je ne travaille pas pour moi, je travaille pour le reste de la communaute, ce que la communaute en fait ensuite, c’est a la communaute de le reguler, pas a moi de decider pour la communaute qu’elle est inapte a comprendre ce que je vais lui donner et qu’elle ne va faire que des betises avec. Franchement, qui suis-je pour juger des aptitudes ou non de la communaute ? Toujours est-il que je suis persuade que la communaute trouvera un moyen ou un autre de me decevoir.

Je ne le nie pas, ce moment de sociabilisation fut agreable. Mais il est un point ou il faut quitter le Loft et recommencer a vivre dans la Vraie Vie, a la fois beaucoup plus banale et pleine d’aventure. Il est maintenant deux heures et demie et je me leve dans quatre heures.

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