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Lettres

A l’instar de Rousseau (parce que c’est toujours chouette de se comparer soi-meme a des grands hommes qui ont marque l’histoire, c’est bon pour l’ego), je n’ai pas de veritables souvenirs qui remontent au-dela de mon apprentissage de la lecture. Et encore ceux-la meme sont en relation avec ledit apprentissage (a l’exception notable de ce souvenir, dans la cours de recreation de mon ecole maternelle en Guadeloupe quand je suis alle, pour la premiere fois de mon existence, a la cantine et que j’avais des chaussures a boucle avec des petits trous sur le devant). On m’a aussi raconte cette histoire ou je vais au Zenith avec 40 de fievre pour voir le concert de Dorothee, mais j’ignore si les images que j’ai dans la tete sont vraies ou des reconstructions. Puis a partir de ce moment la, mon pere et ma mere m’ont litteralement nourri de bouquins, en commencant par les Albums du Pere Castor et en particulier Mishka le petit ours qui fait pleurer (et le rossignol, souvenez-vous du rossignol) et Ali Boron l’ane qui tourne en rond. Ensuite j’ai lu un certain nombre de livres de litterature enfantine, avec l’envie reelle de faire partie pour de vrai du Clan des 7 (je me faisais des reunions secretes a moi tout seul dans ma douillette maison en plastique au fond du jardin, avec des talkie-walkie pour me parler a moi-meme de loin) et de rencontrer “Fantomette”. A cette epoque la, on avait commence a inventer la tele, mais a part Ca Cartoone et Le Bus Magique, rien de bien transcendant. Sur ma lancee j’ai poursuivi avec Alice et quelques romans policiers, d’Agatha Christie a Conan Doyle, en passant par… non, nulle part ailleurs. Donc quand j’en avais marre de lire, je jouais aux Legos.

Apres ca, comme je lisais pas mal, mon pere a commence a me faire lire ce qui se trouve dans notre bibliotheque et qui, a l’epoque, devait se monter deja a au moins 2000 livres (c’est une estimation basee sur le fait que 5 ans plus tard je passerais une semaine de mon ete a compter 2500 et quelques livres, et 10 ans plus tard nous en possederons 3221 (dernier releve etabli avant mon depart pour les Etats-Unis)) et consiste en 40% de romans noir, 30% de romans de science-fiction, 10% de litterature generale, le reste etant des classiques, moins 1% representant les bouquins possede en double (achetes parce que personne ne se souvient de l’existence du premier, ou parce qu’un prof de Premiere reclame une edition particuliere ou encore parce que le traducteur (ou la langue elle-meme) des deux ouvrages sont differents (on compte ainsi pret de 5 Lolitas differents et 3 Ulysses (de Joyce bien sur) sur nos etageres)). Et j’ai donc commence a lire de la science-fiction. Mon roman prefere etant alors Fondation d’Asimov.

Ensuite, un type quelquepart dans un bureau ou lors d’une reunion a decide de se mettre a vendre des ordinateurs chez Leclerc pour rien du tout. A cette epoque la, la vitesse de connection etait non seulement faible mais la duree autorisee drastiquement courte. Tout juste suffisante pour telecharger des tutoriels pour apprendre le html, puis le javascript, puis le basic. Choses qui se font relativement rapidement et qui vous laissent largement assez de temps pour continuer a lire. L’Attrape-Coeur ne m’aura pas marque plus que ca (mais surement un peu puisque je m’en souviens), en tout cas beaucoup moins que 1984 devenu alors un objet de culte pour moi.

Ensuite Wanadoo a decide de forfaitiser la connection a ses serveurs, nous avions 1h et le meilleur moyen de les utiliser a des fins ludiques consistait a jouer a des jeux de role par email. Ca a ete le debut de la fin de ma phase de lecture intense et le debut de la frenesie informatique qui consiste a appuyer frenetiquement sur le bouton “Check New Mails” dans l’espoir que quelqu’un ait ecrit quelquechose pendant la micro-seconde ou j’ai ete deconnecte. C’est la que j’ai commence a avoir de maigres velleite d’ecriture, parce que jouer un jeu de role par email, ca demande d’ecrire, si possible pas trop mal, pour ne pas avoir l’air completement ridicule. Et puis des lettres aussi. A cette epoque la, mon livre prefere etait Hyperion de Dan Simmons. De la science-fiction, toujours.

Puis l’ADSL est arrive. Si du temps du modem, les 30h mensuelles limitaient relativement le temps pendant lequel je pouvais appuyer frenetiquement sur “Refresh” chaque jour, me permettant de me concentrer sur des choses beaucoup plus essentielles telles que tenter de creer l’illusion d’une disquette de jeu a l’allure commerciale, avec des tas de mini-jeu en javascript que je passais des apres-midi ensoleillees a coder (et qui se trouvent encore probablement quelquepart sur internet) puis exhibait fierement a moi-meme, a partir de l’instant ou l’ADSL est arrive, et avant que cette phrase ne devienne si longue que vous ne vou souveniez plus de quoi je parlais au debut, il n’y a plus eu de limite du tout et j’ai alors commence a regarder des series americaines que je telechargeais sur internet. Mon bouquin prefere etait toujours le meme, mais ce a quoi je vouais un culte, c’etait “Alias”.

Depuis, j’ai lu pas mal de bouquins captivant. Dont Olympos, de Dan Simmons, l’auteur de Hyperion, de la science-fiction, toujours. Du Dantec, aussi mal ecrit que cela puisse etre. Tres peu de policiers, ou de noirs, a part Sur un air de Navaja de Chandler, je crois ne pouvoir en citer aucun autre. Permutation City de Greg Egan. Un peu de K.Dick, dont Ubik que j’ai du relire au moins trois fois, comme si c’etait Mulholland Drive de Lynch (pas “comme si”, c’est “exactement”). Cryptonomicon de Neal Stephenson. Sans oublier une phase Kundera (dont je crois avoir lu plus des trois-quart de l’oeuvre d’affile) et Harry Potter.

Tout ca pour dire que ca faisait longtemps que je n’avais pas eteint cette saloperie d’ordinateur pour aller prendre un bouquin, parce que ledit bouquin est infiniment plus passionant que l’action d’attente passive et non constructive de bloc d’information sans interet injectes a une vitesse supra-luminique a l’interieur de mes neurones. La puce implantee dans le cerveau n’est meme pas necessaire a l’addiction informative, William Gibson n’avait pas tout a fait raison. Ce bouquin, c’est Snow Crash de Neal Stephenson. Et c’est ‘achement bien.

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