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An Italian Journey

Alors que je rentre chez moi, dans cet appartement qui n’a d’autre vocation semble-t-il que de me faire sombrer dans ce concept si parfait qu’est “L’Apogée du Néant”, je constate que personne n’a écrit sur ce blog depuis le neuf juillet deux mille sept, exactement sept jours avant mon vingt-deuxième anniversaire. Ce dernier a été passé à Megève dans l’intimité la plus complète, en seule compagnie de ma petite soeur pour qui un anniversaire semblable est un véritable non-sens. Elle m’avait préparé un gateau au chocolat auquel elle n’a évidemment pas goûté. Ce même jour, je commandais Lapinot et les Carottes de Patagonie sur Amazon.

Quelques jours plus tards, mes cousins revenaient de Sardaigne et je ne savais pas encore que changer de chambre d’une nuit impliquerait un nettoyage de deux paires de drap. En écrivant ceci, je prends conscience qu’une “paire” de drap comporte trois pièces (drap, housse de couette, taie d’oreiller). Dans mon livre, Spin de Robert Charles Wilson, se trouvait des feuilles perforées petits format quadrillées à grands carreaux. Je me mis en quête d’un crayon et entamai une séance d’introspection scripturale en écoutant de la musique déprimante.

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Dans la chambre de ma cousine, il n’y a qu’un seul crayon à papier. J’ignore si la mine du critérium durera encore longtemps. Quoique, je doute qu’elle ait beaucoup servie. Je dors dans le grand lit de ma cousine parce que celle-ci dort avec sa mère. En dépit du fait qu’elle possède un nombre impressionant de soutiens-gorges pour son âge (onze ans), de la cire Veet pour s’épiler les jambes et qu’elle se soit taillé une frange elle-même. Elle a fait ca pour ressembler à Ashley Tisdale de High School Musical, et parce qu’elle est amoureuse (oreiller à son effigie, pendentif en forme de coeur et autres babioles en témoignent) de Zac Effron, de High School Musical aussi.

Je suis assis sur la terasse de sa chambre, éclairé par la lumière de la salle de bain. A mes pieds, la piste de ski du Jaillet, à ma droite le Mont d’Arbois et, s’il faisait jour, le Mont Blanc. Au loin devant, le ciel s’illumine par intermittence : demain je ne pourrais pas aller à la piscine, ni monter au sommet du jaillet. Je resterais à la maison à jouer à Red Alert 2 en LAN contre un de mes deux cousins (l’un ou l’autre, ca n’a aucune importance, je perdrais de toute manière). Je n’irais pas à la médiathèque parce que ma cousine dit que lorsqu’on est vieux, on ne lit pas, on fait la sieste. De toute manière, j’ai lu tous les Trondheim disponibles là-bas, et les Carnets de Sfar, bien que forts sympathiques ne procurent pas chez moi le même engouement. J’ai même fini par commander Lapinot et les Carottes de Patagonie, achat que je repousse depuis plusieurs années, estimant chaque fois que c’est trop cher. Mais j’ai acquis à New-York une sorte de nonchalance destructrice face à l’argent, faisant passer chaque unité de valeur de, jadis, quantité à sauvegarder à tout prix à, dorénavant, quantité dont il faut se débarasser à tout prix, avec une arrière-notion mystique karmique qui dirait que plus l’on dépense plus l’on gagne (ou quelquechose de cet acabit).

Je n’en ai pas assez pour me louer un appartement, pas même en colocation, tout juste pour aller au cinéma quand je veux ces six prochains mois, comme si au-delà n’existait pas et n’avait absolument aucune espèce d’importance, un non-temps où je n’aurais plus aucune responsabilités.
Au fond, je dois croire que trouver un appartement, c’est recréer New-York, c’est avoir des gens autour de soi avec qui l’on peut discuter et qui ont envie de la même chose. Sauf que je n’y crois pas vraiment au fait que je vais rencontrer des gens si j’habite à Paris. Parce que c’est ca que j’aime dans la vie, rencontrer des gens, les observer et découvrir ces trucs qui les font sembler humains, plus que moi en tout cas.
Je me trouve des excuses pour ne rencontrer personne, ne parler à personne, me fondre dans la masse : ma soeur qu’il me semble traîner comme un boulet, ma famille toujours à faire des commentaires sur chacune de mes actions. C’est ca que je regrette de ma vie à huit mille kilomètres. Ici je ne peux pas faire abstraction des coups de fils quotidiens de ma mère ou de mon grand-père, pleins de bons mots sur la manière dont j’ai de faire ceci ou cela, d’après le compte-rendu d’un autre membre de la famille. Et l’on a beau éteindre son téléphone, ne pas répondre ou ne pas lire les emails que l’on vous envoie, on se trouve toujours à proximité physique d’un autre membre prêt à vous transmettre la bonne parole.

Avec le recul, ce retour à Paris a anihilé totalement toute vélléité de faire quoi que ce soit de ma vie dans un futur proche, voire un peu plus lointain. Et je ne fais rien pour l’en empêcher. Je ne suis plus curieux de rien. Je ne crée rien. Je n’écris plus sur ce blog et quand l’autre jour je me suis retrouvé assis sur le canapé d’une soirée à vouloir discuter, je n’avais rien à raconter. Parfois, il arrive que l’on n’ait rien à dire sur le moment et puis plus tard on se dit qu’on aurait du évoquer ceci ou cela… mais là, rien. Dans le bus qui me ramenait ensuite chez moi, puis les jours suivants et même là tout de suite, je n’ai pas de regrets d’avoir oublié de dire quelquechose. On avait qualifié notre dernière soirée New-Yorkaise d’Apogée du Néant. Je crois qu’on n’aura jamais été aussi près de la vérité, du moins en ce qui me concerne.

Ca y est il pleut. J’entends les gouttes tomber sur les hautes herbes qui encombrent la piste. Le voile d’humidité m’enveloppe et tout en écrivant, je me dis que je suis bien. Peut-être parce que je suis en train d’écrire justement et que même si personne ne me lira, je trouve cela agréable. Tout le monde dort et je suis seul à contempler les lumières de Megève. Quand j’ai commencé il restait encore quelques fenêtres éclairées dans le lointain. Maintenant il ne reste plus que les réverbères et quelques phares de voiture ca et là.
Demain, je recommencerais à être insupportable et à boire à la bouteille et à prendre le gruyère directement dans le sachet avec mes doigts devant ma tante hygiéniste, je continuerais à parler à ma soeur, avocate et affirmée de la religion du Néant, comme si elle avait quatre ans et demi… Mais pour le moment je profite de la fraicheur nocturne, de l’air pur et des bruits de la nature.
Les nuages sont partis et les étoiles réapparaissent dans le ciel. Il est probablement temps que je retourne dans le grand lit de ma cousine, dormir un peu avant de subir à nouveau l’éternel recommencement.

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A mon retour de Megève, le vingt juillet vers vingt-trois heures, je me précipitais chez WHSmith avenue de Rivoli où je fis la queue pendant près de deux heures et demie en très agréable compagnie, compagnie à laquelle je fis subir un résumé édulcoré de mes états d’âme ci-dessus. Vers deux heures et demie du matin, nous voulûmes traverser Paris en Vélib’ à destination de Montparnasse où un Noctilien nous ramènerait chez nous (ou plus exactement jusqu’à une voiture qui nous ramènerait chez nous). Après avoir refusé ma carte bleue une fois et puis systématiquemt l’accès aux vélos (tous munis d’une loupiotte rouge signifiant qu’ils préféraient rester attachés), nous trouvâmes deux vélos libres (nous étions trois) mais je fis montre de mon incompétence en bloquant l’un d’entre eux tandis que l’élément féminin de notre trio enfourchait sa monture fièrement.

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Le problème essentiel que me posent les pays chauds, c’est que je suis incapable de faire autre chose de mes journées que rester allonger sur mon lit. Je me liquéfie littéralement. Je ne supporte qu’à doses minimes de rester sur le sable de la plage à bronzer sans rien faire. Surtout quand la compagnie se compose de ma soeur et de ma mère dont la discussion tourne essentiellement autour de l’observation de nos voisins de serviette ou de l’élaboration de plans pour nuire à mon père parti faire les courses.
En général, je lis donc. J’ai souvenir d’un été en Espagne où j’avais lu en deux semaines les trois premiers tomes de Harry Potter et l’intégralité des Royaumes du Nord de Philipp Pullman.
Cette fois-ci, après avoir terminé en trois soirées le septième et ultime tome de l’heptalogie de J.K. Rowling dans lequel Harry Potter meurt puis les cinq cents pages de Lapinot, j’ai englouti La Possibilité d’une Île de Houellebecq sans réellement sentir de sentiment de déprime mais en notant que, fidèle à la tradition, il s’est fendu du mot “conne” à la première page du roman (on se rappelera de la “connasse” en première page de Extension… etc.). Puis Spin mentionné un peu plus haut, sur une planète Terre plongée dans un univers où le temps passe en un éclair.
Pour finir enfin par le premier tome du Baroque Cycle, QuickSilver de Neal Stephenson, acheté chez Strand à New-York pour une bouchée de pain dont le but semble d’être d’inclure tous les mots disponibles de la langue anglaise en pas moins de trois mille pages sur la naissance des sciences naturelles, de la finance, des mathémathiques et des machines-à-compter, la vie de Newton et de Leibniz et l’histoire du monde en général entre 1666, année de l’Apocalypse et au moins 1713 au point où j’en suis. On ne pourra pas accuser Stephenson de ne pas être ambitieux.

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But there is no honour in elegantly proving a theorem in 1672 that some Scotsman proved barbarously in 1671! Leibniz said.

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La première fois que j’ai voulu devenir mannequin, je rentrais en première S, j’avais 15 ans, des boutons sur le visage, des lunettes carré d’intellectuelle écologiste et les cheveux gras. Le plus proche que j’avais été d’un garcon, c’était Simon, Premier de la Classe que je suivais depuis plusieurs années. Le seul problème c’est que Simon était gay. Ensuite je me suis lancée dans des études de design commercial avec pour objectif de dessiner des cuvettes de toilettes le restant de mes jours.

La seconde fois que j’ai voulu devenir mannequin, j’étais en voyage touristique avec mon père venu lui à New York pour le boulot. J’avais 24 ans, des lentilles de contact vertes et la peau brunie par un mois de vacances sur la côte espagnole avec mon mec d’alors. Je sortais un soir dans un bar branché d’East Village avec une pétasse de 21 ans rencontrée au bar du Marriott, quand le videur nous a demandé nos cartes d’identitées. Comme une conne, j’avais oublié la mienne à l’hôtel. Dans un anglais approximatif, je tentais d’expliquer que j’étais suffisament vieille pour rentrer, que j’avais 24 ans, presque 25, sans rire mais il a interrompu mon pathétique monologue d’un “To me you look like 16”. Je lui ai ris au nez, j’ai fait un signe à l’autre fille que je rentrais à l’hôtel. Comprenant certainement à tort que j’y retournais pour y récupérer mon paseport, elle m’a fait signe qu’elle m’attendait et m’a tourné le dos, passant derrière un rideau en velours au fond de la salle. A l’extérieur, je dégainais une cigarette pour calmer l’exaspération que je sentais monter en moi. Un type plus petit que moi, genre même pas le mètre soixante-quinze, m’a proposé du feu et m’a demandé si j’étais là pour les défilés : “No I am not a journalist – I meant, as a model…”. Je lui ai sourit poliment comme à tout type qui vous drague de manière étonament peu subtile, j’ai hélé un taxi en m’imaginant être Carry Bradshow et je suis rentrée à l’hôtel.

Le meilleur moyen d’assister à la Fashion Week de New York, c’est encore de regarder les reportages de fin de journal de France 2, confortablement installée sur un fauteuil moelleux dans son salon de Marnes-La-Coquette. Le plus mauvais consiste à se trouver à exactement deux avenues à l’ouest de l’endroit où se trouvent les podium. Ce que je ne savais pas évidemment quand j’ai accepté d’accompagner mon père. Les tentes sont posées dans Bryant Park, entre la quarante-deuxième et la quarante-et-unième rue le long de la sixième avenue. Il y a bien quelques gens qui attendent là de voir un couturier sortir par la grande porte ou un mannequin par l’entrée latérale réservée aux artistes. Le premier jour, il y avait même un groupe de manifestants écolos qui protestaient contre la dégradation des pelouses du jardin.

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En trois mois de temps j’ai parcouru les rues de New-York, Paris, Londres et Florence, quatre des villes que je souhaitais visiter dans ma vie. Il reste Tokyo, L.A., Sydney et Hong-Kong.
Il est assez amusant de se dire que pendant que la Guerre de Cents Ans faisait rage de l’autre côté des Alpes et en dépit des attaques continuelles des Guelfes contre les Gibelins contre les Pisans contre les Florentins contre les Siennois, les Italiens d’alors, qui n’étaient pas réellement italiens mais membres d’un des groupes susmentionnés, trouvaient le moyen de contruire des choses un peu plus raffinées que des chateaux forts, car aussi ingénieux soient les mâchicoulis, ils ne rivalisent pas avec le Duomo de Brunelleschi à Florence.

Le Duomo, par Trondheim

La seconde ville vraiment interessante de notre périple, c’est Sienne. Chaque année, le 16 août se déroule dans cette ville, sur la Piazza Del Campo, une course de chevaux nommée “Il Palio” (qui signifie “La bannière”, en rapport avec ce que remporte le vainqueur). La ville est divisée en dix-sept quartiers que l’on appelle “contrade”. Chaque contrade présente un jockey et la ville lui assigne un cheval deux jours avant la course. Tous les coups sont permis avant et pendant la course, du dopage du cheval au poussage de cavalier pendant la course en passant par tout ce que vous pouvez imaginer. Chaque contrade a som emblême (une coquille St Jacques, une oie, une chouette, une girafe ou encore un rhinocéros) et des centaines de drapeaux à leurs effigies flottent dans les rues tandis que de grandes tables collectives sont dressées dans les rues où tous les habitants dudit quartier viennent dîner ensemble après être allé prié dans la Chapelle de la contrade. C’est ce décor qu’a choisi l’équipe du prochain James Bond pour tourner.

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Mes dernières après-midi caniculaires toscane ont été largement occupées par une étude du Schlaflu, ce jeu que j’ai inventé il y a maintenant deux ans et qui, depuis ce temps, attends de bénéficier d’une version informatique. C’est désormais chose faite.

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2 thoughts on “An Italian Journey

  1. Ju (parce j'aime porter à confusion) says:

    Comme dit le sage, "la vie, c’est un grand coup de pied aux fesses". Ou quelque chose comme ça. Théorie que je développerai plus en détail la prochaine fois que je te croiserai dans un temple de la consommation caféinesco-américaine, d’ici une grosse semaine. Sauf si tu ne veux pas que je sois chiante, bien sûr, auquel cas je ramènerai des sujets de conversation plus agréables.
    Sur ce, je retourne bougonner dans ma pluviosité biarrotte. En te faisant remarquer que 1) je te lis, moi et que 2)Harry Potter ne meurt pas vraiment, à ce que je sache, espèce de répandeur de fausses rumeurs.

  2. Ju(celui avec quatre points de suspension) says:

    Je suis désolé, mais Harry Potter meurt, que cela soit bien clair ! Quant au fait que je dises que personne ne me lira, c’est un peu l’équivalent bloguesque du “je n’ai pas d’amis” oral : c’est purement rhétorique et ca me permet de m’apitoyer sur mon sort relativement facilement. En plus, techniquement, je n’étais même pas sûr d’avoir jamais le courage de taper ce que j’avais alors écrit au crayon sur ma feuille quadrillée (ce que je fais relativement rarement, et quand c’est fait, c’est en général plusieurs mois plus tard) et donc inacessible à tout oeil. Quelqu’un un jour m’a dit en descendant les escaliers de Morningside que, whatever on écrit pour être lu et rétrospectivement, je pense que c’est chaque fois ce que je pense lorsque j’écris ce type de phrase.

    Cela dit, il ne faut tout de même pas accorder trop de crédit à ce que les gens écrivent en écoutant du Miossec et/ou après avoir lu du Houellebecq.

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