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Chapter 4

Lorsque Florent se réveilla, il tenait Victoria entre ses bras. Sensation étrange d’inconnu et de confort, dans un lieu qu’il ne reconnaissait pas, mais qu’il supposait être le salon de ladite Victoria. Prenant peu à peu conscience de sa localisation géographie (Paris, XIIème, chez Victoria, dans son salon sur un canapé), des souvenirs de la soirée précédente lui revinrent peu à peu en mémoire, aidé par les cadavres de bouteilles vides, de verres cassés, de cendriers débordant et de morceaux de saucisson jonchant le sol alentour. Victoria dans ses bras respirait d’un souffle apaisé, consciente seulement dans un rêve profond. Bercé par la pression périodique de sa poitrine contre la sienne, il sombra à nouveau dans un autre rêve. L’horloge au-dessus de la porte indiquait 7h38.

Florent avait rencontré Victoria un mois plus tôt dans une soirée organisée par Charlotte. Le monde n’avait plus une seule goutte de pétrole mais cela n’empêchait pas les gens de continuer à s’amuser. De toute manière, qu’aurait-il fallu faire ? Se morfondre ? Pleurer un passé révolu ? Pas tant qu’on pourrait s’enfiler des mojitos et du vin rouge avec de la charcuterie avait décidé Charlotte. Et si le monde s’inquiétait peut-être de l’avenir des verres en plastique, les verres en verre quant à eux, n’avaient absolument rien à craindre. La soirée avait commencé comme un apéro pique-nique dinatoire au Parc de Javel, puis les nuages avaient commencé à recouvrir le soleil couchant et la pluie avait tout gâché. Florent avait remarqué Victoria au milieu de la vingtaine des convives comme étant la seule qui ne semblait pas s’émouvoir de la pluie outre-mesure. Alors que tout le monde s’affairait avec précipitation autour des victuailles, dégaînant imperméables et parapluies, elle procédait méthodiquement, sans se presser, sans se protéger, comme si la pluie n’existait pas plus pour elle que pour les bâtiments impassibles alentours.
Les festivités se poursuivirent dans un bar enfumé, puis un autre, puis un autre, puis une boîte de nuit ringarde. Le lendemain, au petit-déjeuner, Charlotte dirait à Florent qu’il n’était qu’un incapable de n’avoir pas conclu avec Victoria.

A 11h34, le soleil s’aligna exactement avec l’étroite fente des volets mal fermés et l’œil de Florent. Les effets premiers de l’alcool de la veille s’étaient dissipés pendant la phase de sommeil précédente, faisant place aux symptômes beaucoup moins agréables du lendemain matin. Toujours dans un état de semi-délire ensommeillé, Florent imaginait son corps comme un ensemble d’équations algébriques. De degré 2, se dit-il, on pourrait essayer d’y détecter un système multi-homogène. Le fait que Victoria ne soit plus à proximité, seulement un vague bruit quelquepart au loin, dans la salle de bain ou la cuisine, n’arrangeait rien à l’affaire, rajoutait des variables inconnues. Un soudain éclair de lucidité lui fit prendre conscience du délire dans lequel il se trouvait, éclair trop furtif pour qu’il renonce à résoudre le problème pour autant. Puis la solution lui apparu finalement, claire et limpide : son estomac criait à l’aide. « Ça va ? », lança Victoria depuis une autre extrémité de l’appartement. « Très bien, très bien. »

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