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flik flak

Aujourd’hui, j’ai fait genre j’ai une vie. À ma pause déjeuner, je suis allé à l’Opéra m’acheter une montre. Une Swatch, parce que je ne porte que des Swatch, l’horlogerie suisse tout ça, et surtout parce que je ne peux rien porter de plus lourd à mon poignet qu’une Skin®. Sinon mon bras est lourd (je n’ai aucun muscle dans le bras droit (d’ailleurs, oui, je porte ma montre au bras droit et non, je ne suis pas gaucher, c’est juste parce que sinon les picots pour régler l’heure et déclencher le chrono (oui, j’ai pris un chrono) me rendre sur la paume externe de la main (c’est-à-dire la partie à l’opposé de ma paume, je ne sais pas si ça a un nom.))) et je ne peux plus le mouvoir (mon bras).

A Opéra, la boutique Swatch a une surface plus petite que mon lit. Et j’ai toujours un lit une place. La vendeuse (on l’appelera Julie si besoin est, parce que c’est ainsi qu’elle s’appelle) a un espace vital de la taille d’un oreiller derrière le comptoir. Je lui demande si elle a le modèle que je veux, elle me répond que oui, diminue de moitié son espace vital pour ouvrir une armoir contenant des montres dans leur boîte, constate qu’elle n’a pas le modèle bleu avec des surpiqures bleu clair sur le bracelet, seulement un modèle avec des motifs de polo de golf. Je lui ai dit non merci. Elle a refermé le placard, s’est penchée (j’ai cru qu’elle allait passer sous le comptoir donc je me suis écarté, elle m’a dit “ne partez pas !”) et a ouvert une trappe. Puis elle a allumé la lumière de la pièce sous la trappe et a appelé Bruno pour savoir si il avait mon modèle. Il a dit que non alors elle a refermé. J’espère que Julie a laissé Bruno sortir ce soir (ou au moins lui a filé un peu de nourriture).

Elle était toute dépitée de ne pas pouvoir m’aider alors je lui ai demandé si elle pouvait appeler Rue Royale. Elle a eu l’air super contente de pouvoir m’aider. Et elle a mis ma montre de côté là-bas. J’ai voulu prendre un Vélib’ mais le premier que j’ai décroché était crevé. Je suis passé par la boutique Swatch de la Place Vendôme dont j’avais oublié l’existence (c’est un peu plus près d’Opéra que la Rue Royale, mais ça j’en avais pas encore conscience), je leur ai demandé si ils avaient mon modèle et m’ont ris au nez genre “ah ah, nous nous gaussons, nous ne vendons que des Swatch incrustées de diamants ici Môssieur, déguerpissez”. Y a des limites quand on veut faire genre on est riche, c’est quand on est confronté aux vrais riches. Y avait un article dans Libé l’autre jour (je n’achète pas Libé, j’ai juste lu un bout de l’article par-dessus l’épaule d’un homme de petite taille dans la 13 surbondée le même autre jour) qui racontait que la Française des Jeux louait toujours des salons privés lors des remises de prix, pour pas que les gagnants ploucs multi-millionnaires n’aient à souffrir du regard des gens qui ont appris la classe depuis longtemps.

Je passe sur le fait que j’ai pris le Faubourg Saint Honoré dans le mauvais sens (oui, j’étais persuadé que la Rue Royale débouchait sur le Boulevard de l’Opéra), ce qui m’a permis de voir deux fois plus de filles bien habillées (vêtues de cette absence notable de bas qui caractérise la mode actuelle (après “je me cache derrière ma frange”, c’est “j’expose mes jambes autant que la descence le permet”)). J’ai voulu reprendre un Vélib’ mais je me suis ravisé après avoir constaté que la rue St Honoré est à sens unique dans le sens qui ne m’arrangeait pas.

J’ai donc marché jusqu’à la Madeleine, j’ai attendu derrière une bonne femme à bijoux qui cherchait une Swatch incrustée de diamants alors le vendeur l’a envoyé à Vendôme. Je ne sais pas si elle a pris le Faubourg Saint Honoré en Vélib’ (j’en doute). Quant à moi, j’ai acheté la montre qui m’attendait et je suis reparti un peu plus léger au niveau de la poche intérieure de ma veste.
Non, je n’ai pas perdu ma montre ensuite, ça aurait été trop facile. Je suis juste rentré au bureau en passant par le magasin de pâtes en boîtes. Le menu coûtait huit euros dix, j’ai payé sept en ticket restau, dix avec deux pièces de cinq centimes qui traînaient dans ma poche d’hier quand je suis allé voir W. au cinéma avec N. (et où je me suis rendu compte que je me suis fait gravement arnaquer sur une Carte 5 qui a expiré alors que je ne l’avais même pas utilisée, faut que je pense à me plaindre d’ailleurs) et, parce que tu es un lecteur attentif, tu te demandes où est passé l’euro de différence (oui, on ne te la fait pas à toi avec des parenthèses imbriquées, tu ne loupes rien). Le dernier euro, je l’ai payé avec un billet de 50 dont je me demandais bien comment je pourrais l’écouler. La fille elle a un peu écarquillé les yeux mais elle a fait comme si de  rien n’était. Je me suis senti un peu coupable de pourrir leur caisse puis je me suis dis qu’en fait c’était pas pire que de payer 1 avec un billet de 10, les deux billets de 20 qu’elle m’a rendu, elle ne les aurait rendus à personne d’autre.

Je sais même pas pourquoi je raconte tout ça. Juste parce que j’aime bien ma nouvelle montre je pense. Et que ça fait genre j’ai une vie. Alors qu’en fait, ce dont je rêve la nuit c’est d’héritance d’interface et d’instance de classe PHP. Je ne vous raconterais pas ça, jamais. Ou alors uniquement métaphoriquement avec des rapes à fromage.

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