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Fuite

Benjamin emprunta la passerelle qui reliait le dirigeable à la salle d’embarquement. Un dirigeable qu’il avait conçu lui-même et qui allait l’emmener de l’autre côté de l’océan pour recommencer une nouvelle vie.

La vérité, c’est que Benjamin n’avait jamais été aussi riche de toute sa vie et que si sa société continuait à produire des dirigeables et à les vendre aussi bien que pendant les quelques années qui s’étaient écoulées depuis la disparition de la dernière goutte de pétrole, alors il le serait encore davantage demain, le mois suivant et toujours plus l’année suivante. Mais il ne savait pas quoi réellement faire de toute cette richesse. Quand on lui demandait combien il gagnait, il esquivait toujours la question, restait évasif, « suffisament je suppose ». Il n’y avait que peu de choses qu’il n’aurait pu s’offrir. Mais il n’en voulait aucune. Il avait parfois cédé, la Porsche empoussiérée et cabossée garée sur le parking du terminal en était une preuve.

Andréa l’attendait dans la salle restaurant du niveau inférieur de la nacelle du dirigeable. Par endroit le sol était transparent et l’on pouvait voir les arbres du parc en contrebas. Il l’avait rencontrée plusieurs mois auparavant en prenant des cours de cuisine. Il ne s’y était rendu qu’une seule fois, suffisament pour récupérer son numéro de téléphone et l’inviter à dîner dans un endroit où aucun des deux n’auraient à faire à manger. La jeune fille était ensuite partie faire ses études à Berlin, il ne l’avait plus revue.

Ce qu’aurait aimé acheter Benjamin, c’est une nouvelle idée. Il avait eu l’idée des dirigeables. Et encore, il s’était ensuite rendu compte que l’idée lui était venue d’un roman lu quand il était adolescent. Mais maintenant que cette idée avait pris forme, et le dirigeable dans lequel il se trouvait en était une manifestation flagrante, elle avait perdu tout son intérêt, était devenue d’un ennui prodigieux. Se lever le matin et lire des rapports sur des dirigeables, encore des dirigeables, toujours des dirigeables n’était plus concevable, il lui fallait partir, se sauver, fuir. Le conseil d’administration de sa société le licencierait probablement ou autre chose, il s’en souciait relativement peu.

Andréa avait commandé une bouteille de cidre et grignotait des M&M’s.
— Ça ne va pas ?
— Au contraire, tout va pour le mieux.

Le dirigeable n’avait pas même encore largué les amarres que Benjamin commençait déjà à ressentir les effets que procure une nouvelle idée lorsqu’elle est sur le point de naître.

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