Uncategorized

I’m a Joan Holloway

Je me souviendrai toujours du jour où, alors que quelqu’un conseillait à ma sœur de faire médecine parce qu’elle en avait les capacités, cette dernière avait déclaré : « Vraiment ? Ce sont des gens comme moi qui sont médecins ? Mais ça fait peur !»

Globalement, pris individuellement, les gens sont particulièrement incompétents dans le travail qu’ils fournissent au quotidien, moi pas moins qu’un autre en fait. Mais comme toujours dans ma perspective Ricardo-ienne de l’économie, je monétise ce en quoi je suis le moins incompétent.

Je me rappelle, au moment de regagner la fac en licence (j’ai déjà du écrire au moins 5 posts là-dessus), j’avais été stupéfait en cours d’année de découvrir que plus de 95% des gens de ma promotion n’envisageaient le savoir mathématique enseigné là-bas que comme une séance de musculation dans le but d’avoir une meilleure place au CAPES que ceux qui faisaient psycho. Loin de moi l’idée de prétendre avoir eu une quelque once de génie des mathématiques cette année-là (je me souviens avoir essentiellement dormi, je vous renvoie à mes archives pour savoir ce que je faisais effectivement), mais il était clair que la majorité n’en possédait pas non plus, ni aucun goût, chose que pour le coup, je possédais. Je pense que beaucoup d’entre eux, grâce au bonus “Licence de Mathématiques Fondamentales”, sont de parfaits instituteurs de campagne, à Guérêt ou ailleurs.

Sur les coups d’août dernier, alors que la perspective d’être un chercheur sous-payé me donnait des frissons, je lançais par hasard un cv à la mer dans le faible espoir d’être recruté sur un malentendu en tant que développeur PHP. J’avais tenté quelques mois plus tôt de me faire passer pour un intégrateur/css-eur, sans grand succès puisque je n’avais pas été pris. J’avais commencé à faire du html en 1998 (la première chose que j’ai faite sur mon pc après avoir passé le stade du “waouh Paint c’est trop bien”), du vrai javascript en 2000, du php en 2002, pour mon usage personnel puis en collaboration pour un jeu de rôle en ligne auquel je jouais à l’époque. Mais je me suis tout ce temps considéré comme un parfait amateur. J’étais loin de ce que me semblait être le professionalisme d’un Frédérique de Villamil ou d’un Michel Valdrighi. Sans aller aussi loin, le projet collaboratif qui allait mener quelques années plus tard à Clyo avait ses règles et quelques intégristes pour gueuler quand le script donnait envie de vomir, ramasser son vomi et le jeter à la figure du codeur.

Pourtant j’ai été recruté. Mais le monde dans lequel j’ai aterri est loin d’être celui auquel je m’attendais. Tout comme en arrivant en licence je pensais être un misérable parmis de véritables amateurs de mathématiques, je pensais ne pas survivre ma période d’essai dans un environement de codeurs professionels. Si, comme précisé plus haut, j’ai réussi à percer la motivation des wanabes licenciés en maths, la motivation pour la plupart de ceux qui sont mes collègues, en particulier ceux qui ont eu une formation spécialisé en informatique à l’école, me paraît des plus obscures. L’argent est sûrement la principale (faut bien bouffer ma bonne dame). Ces gens là sont un modèle de sérieux derrière leur poste. Ils « reviennent vers vous rapidement » et vous « poussent des informations », ont des règles de priorités dans leurs tâches écrites sur tableau Excel et dessinent des schémas UML sur leurs bloc-note (quand ils en ont un, les vrais mauvais codeurs n’ont pas de papier et adorent Eclipse). Ces gens-là, au recrutement, passent sans absolument aucun encombre le stade du CV et de l’entretien d’embauche, c’est un peu les “gendres idéaux” du métier. En quelques mois cependant, j’ai pu constater que, du fait de leur goût finalement assez peu prononcé pour le scripting, leur méconnaissance complète de toute notion de complexité algorithmique et leur souci de se faire le moins emmerder possible par le client (emmerdement minimal = paie maximale), ces gens là écrivaient du code comme certains ont la diarrhée : c’est moche, ça sent mauvais et PERSONNE, mais alors absolument PERSONNE n’a envie de venir nettoyer après eux. Parce qu’ils sont sérieux au travail, on pense qu’ils font leur travail sérieusement.

Je ne suis toujours ni fdevillamil ni michelv, mais quand je code, je le fais autant pour les utilisateurs de l’outil que pour la beauté de l’art. J’aime m’engueuler avec le Client quand une feature demandée me semble hautement débile, même si il me paie cher, en particulier parce qu’il me paie cher, je m’en voudrais de lui coûter si cher en n’étant que ses mains alors que pour ce pris là, je peux lui offrir mon modeste cerveau. Je considère que c’est ça faire son boulot sérieusement. S’impliquer, apporter son expertise, réfléchir. Et comme je pense faire mon travail sérieusement, je prends cette liberté de décider de ne pas forcément être sérieux au travail. J’emmerde le coporate-slang vide de sens (il a fallu que j’en vienne à dicuter avec une parfaite inconnue pour me faire révéler l’origine du mot “propale” que j’entends utilisé depuis mon embauche mais que jusque là personne au bureau ou en mission n’avait su m’indiquer) et je fais des bruits de chaton mort à chaque “commit” sans aucun complexe.

Standard

2 thoughts on “I’m a Joan Holloway

Comments are closed.