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je ne suis pas je

[Et voilà la version lisible]

Je m’étais dis que pour t’oublier, j’allais faire n’importe quoi.
Je spoile tout de suite la fin, ça a pas marché pour le moment. Mais il reste encore une journée de 2009 alors on ne sait jamais hein, des fois que.

Je suis dans l’angle avant gauche du chalet, en surplomb au dessus d’un bosquet de sapins, vue à cent quatre-vingt degrés sur la vallée de Megève, j’écoute Just Dance de Lady Gaga en boucle depuis bientôt près d’une heure. Il pleut des cordes, je suis allé rendre mes skis et je n’ai aucun espoir d’en refaire avant mon départ, à moins qu’il ne cesse de pleuvoir immédiatement et que 30cm de neige ne s’abattent en moins de 24h sur la station… Attendons un peu… Non, il pleut toujours, dommage.

Je me suis installé là dans l’espoir d’avancer un peu rrrread.com, mon nouveau projet qui ne verra jamais le jour (mais que j’ai promis de dévoiler le 5 janvier), un projet web 0.5 dans la veine de rendre l’internet au texte (trop de vidéos, trop de musique, trop d’images) parce que plus personne ne lit et ma thèse c’est que la faute tiens dans un mauvais affichage et une surabondance de distractions (menus, pubs, gtalk etc…) qui empêchent de lire au delà de quelques paragraphes (et “quelques”, c’est bien souvent “un”). Et quand les gens se remettront à lire, alors ils se remettront également à écrire et ce sera le moment de sortir wordroom.net, un clone en ligne de WriteRoom et son frère PyRoom, probablement basé sur WordPress. Mais pour l’instant c’est juste une zone de texte avec un compteur de mots et de caractères, je ne peux même pas enregistrer. Mais je tape mes textes à l’intérieur anyway.

Il s’est remis à neiger, de la grosse neige mouillée. L’espoir renaît en moi.

Pendant ces dix derniers jours de 2009, j’avais donc décidé de faire n’importe quoi. Être Chuck Bass ou Don Draper est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît à première vue en fait, je me demande pourquoi je n’y ai pas pensé avant. Depuis le temps que ma tagline Twitter est “Don Draper is my hero” et que ma passphrase est “My loyalties are flexible”, j’aurai dû mettre en application. Notons au passage que Barney Stinson a tort, le costume ça ne sert à rien, un jean Gap, un pull Armor Lux, des Converse vertes et une casquette Gap (red) suffisent largement à accomplir tous les méfaits.
Il suffit essentiellement de n’avoir plus rien à foutre de rien. Littéralement. Ne pas s’occuper d’être mal rasé ou d’avoir mauvaise haleine. Passer des coups de téléphone en plein milieu d’une conversation. Ne tenir aucune porte ni offrir aucune place de cinéma. Ne prêter aucune attention à l’addition des daïquiris à 17€ du “”S”” (offrir l’alcool, toujours), pas plus qu’aux états d’âme de la cible de la soirée. Oublier l’idée même de fatigue, de ridicule, de politesse, de lendemain.

Pendant les dix derniers jours de deux mille neuf, j’ai (à divers stades) conclu avec plus de jeunes filles que pendant les trois cent cinque-cinq jours précédents, sans essuyer aucun refus.

La vérité c’est que je n’en tire absolument aucune satisfaction, aucune joie. Du plaisir un peu, de la joie non, aucunement. Ce n’est pas interessant, c’est mécanique. C’est un peu comme quand on me dit “Tu as fait du bon boulot Julien” à la fin d’un projet, si on me disait rien je serais tout aussi heureux, je sais que c’est la plupart du temps un remerciement mécanique (après tout je suis payé pour ça, hein) et je suis toujours surpris de voir l’ultime satisfaction sur le visage de celle à qui je fais ce genre de compliments mécaniques. De la surprise mêlée d’un peu de pitié.
La vérité, c’est que j’ai préféré l’échec relatif (enfin, pas si relatif, relativement complet même) des deux ou trois mois qui ont précédé. Je me préférais quand j’étais amoureux de toi et que le masque de méchanceté n’était qu’un masque pour te séduire, pas un état d’esprit définitif ancré à l’intérieur de moi.
Cette vérité a sombré sur moi hier soir quand j’ai prononcé ton prénom au lieu d’un autre. Personne ne s’en est rendu compte je crois, mais ça m’a arrêté, je suis rentré me coucher, c’était plus honnête.

Oh, il me reste encore l’honnêteté à l’intérieur de moi. Je ne suis pas perdu. Et peut-être qu’en deux mille dix, je retomberai amoureux de toi. Mais ce serait n’importe quoi, et “n’importe quoi”, ce sera “so 2009”..

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Voyage en commun

Il n’y a rien de plus ennuyeux que le quai de la gare de Garches un vendredi soir entre 21h58 et 22h36. Il n’est que 22h24, alors j’en sais rien en fait, il va peut-être se produire quelquechose d’insolite pendant les 12 prochaines minutes. Mais j’en doute un peu.
Au bataillon nous avons un sourd-muet en train de réviser son manuel de langage des signes. Il est asiatique, il porte un manteau Tacchini blanc et fait avec sa gorge ce bruit que les sourds font parfois. Il y a assise à côté de lui une blonde péroxydée, 30 ans tout juste, portant une casquette vert khaki et l’uniforme de la femme moderne : manteau long, mini-short, collants et bottes hautes. Il y a un couple de jeunes actifs garchois. Une brune dans le même uniforme, le garçon porte des lunettes carrées, ils se plaignent du froid, cet après-midi ils ont vu le lipdub de l’UMP et ont dû ce féliciter que ces cons d’internautes de gauche participent au buzz de leur partie (dix contre un qu’ils ont prononcés “buzz”). Deux infirmières qui se racontent leur journée à l’hôpital, elles sont petites, pas plus d’un mètre cinquante, la quarantaine bien passée, et cette coiffure immonde (court avec du volume) que les femmes sans goût arborent de part le monde (partout, même au Japon, c’est impressionant comme ce modèle est répandu).
Il n’y a aucune conversation à écouter.

Je suis monté dans le train. J’ai repéré un mec au téléphone, aucune jolie fille, je m’assois en face de lui, je tends l’oreille, déception, il parle arabe. De l’autre côté de l’allée centrale une fille en survêt, elle est relookable, dès quelle aura quitté le ghetto de St Nom La Bretèche elle pourra devenir jolie. En face d’elle, un mec à mèche monté à St Cloud. Il a la pochette de son Macbook sur les genoux, il fait défiler les pages d’application sur son iPhone.

La Défense. Il est 22h48, c’est l’heure à laquelle j’avais prévu de débarquer chez Sally, ma troisième invitation de la soirée. Un jour Olivier m’a dit que j’étais tout à fait le genre à accepter trois invitations au même moment, il avait une fois de plus raison. Je lui ai envoyé un sms dans ces termes un peu plus tôt dans la soirée, mais j’ai raté l’appel réponse qui a suivi (le Philosophe semble abhorrer les sms, il dit que c’est parce qu’il ne peut pas entendre mes réactions en direct : foutaises, il sait très bien que je ris 83% du temps). Ce sera probablement minuit, je vais débarquer semi-sobre (deux coupes de champagne et deux verres de vin blanc ça n’a jamais émêché personne, surtout en mangeant !) au milieu de gens bourrés. J’aurais dû refuser, mais j’aurais regretté, je préfère accomplir l’échec qu’avoir des remords sur une potentialité de succès. Plus tôt dans la journée, ce matin dans le métro en fait, je me suis fait agresser par une quatrième de couverture d’un bouquin d’Amélie Nothomb qui déclarait qu’en amour il n’y a pas d’échec. Elle est peut-être folle mais sur ce coup là, je lui donne raison. Je partirais bien sur des considérations pompeuses sur ma sur-valuation des ressentis (je préfère être triste qu’amorphement indifférent) mais on va me dire que c’est chiant et que Julien j’ai pas trop trop compris ta note, ça parle de moi ?

Un mec vient de me demander sur le  quai de la 3 si je savais “configurer” les mails sur l’iPhone. J’ai dit que non, j’y comprenais rien, c’est un ami à moi qui m’avait tout fait. Il a eu l’air un peu déçu, m’a remercié, s’est éloigné.

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Class & Control

(contient de vrais morceaux de spoilers d’un film que vous n’irez probablement jamais voir)

Il se promène dans des costumes taillés sur mesure, toujours nonchalament, mais toujours comme si il savait exactement où il allait. Quand il a terminé, il s’assoit à la terrasse d’un café, commande deux expressos dans des tasses séparées, puis il attend. Il observe les passants à la recherche d’un signe. Quand vient ce signe, assorti d’un contact de chair et d’os,  il l’accueille à sa table — “accueillir” n’est pas le mot, “tolérer” est plus adéquat — supporte en silence une récitation apprise par cœur puis vient l’échange de boîtes d’allumettes, le départ du contact. La nouvelle boîte contient un papier couvert de chiffres cabalistiques qu’il déchiffre en silence, mémorise puis avale, l’ingestion facilité par quelques gorgées de café, celui de droite. Les contacts sont toujours un peu gauches, ils ont l’air perdu, en retard ou un peu vulgaires. Puis vient la nuit. Il rentre dans l’appartement qu’on lui a assigné, retire sa veste qu’il plie soigneusement sur le dos d’un fauteuil, s’allonge tout habillé les mains derrière la nuque et attend le petit matin, les yeux grands ouverts, concentré sur quelquechose que l’on ignore. Un fois le soleil levé, il entame une séance de taï-chi et la journée peut recommencer.

C’est l’homme solitaire du film de Jim Jarmush.

Je me rapelle avoir écrit un jour ici un article sur les gens “classes” (je ne le retrouve plus, pourtant je l’ai relu y a peu de temps). J’avais émis l’hypothèse de l’impossibilité de vivre la vie de ces gens là sans briser le mystère qui les entoure. Ils n’étaient classe selon moi que parce qu’ils n’offraient à notre regard extérieur que la crême de leur comportement, que nécessairement, le reste du temps, ils ne pouvaient qu’être fort semblables à nous (ils sont humains après tout).
Ce film me donne une réponse que je n’avais pas envisagée : il est possible de vivre cette vie — on nous en donne d’ailleurs tous les détails — mais seulement à travers une vie relativement ennuyeuse et monotone, en restant totalement indifférent à l’environnement extérieur. Rester insensible aux charmes des jolies brunettes pleines de cheveux, ne pas boire, ne pas céder à la facilité et à la frénésie des téléphones portables. Il y a la musique classique un peu, et le flamenco aussi, la peinture également, des arts dont on jouit au mieux dans le silence.

Et après un mois, une fois la mission accomplie, notre homme le plus classe du monde quitte son identité. Qui ne pouvait être que temporaire, impossible de vivre comme ça une vie entière. Il laisse ses costumes dans un casier dont il perd la clé, enfile un jogging et retourne dans le monde.

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