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Voyage en commun

Il n’y a rien de plus ennuyeux que le quai de la gare de Garches un vendredi soir entre 21h58 et 22h36. Il n’est que 22h24, alors j’en sais rien en fait, il va peut-être se produire quelquechose d’insolite pendant les 12 prochaines minutes. Mais j’en doute un peu.
Au bataillon nous avons un sourd-muet en train de réviser son manuel de langage des signes. Il est asiatique, il porte un manteau Tacchini blanc et fait avec sa gorge ce bruit que les sourds font parfois. Il y a assise à côté de lui une blonde péroxydée, 30 ans tout juste, portant une casquette vert khaki et l’uniforme de la femme moderne : manteau long, mini-short, collants et bottes hautes. Il y a un couple de jeunes actifs garchois. Une brune dans le même uniforme, le garçon porte des lunettes carrées, ils se plaignent du froid, cet après-midi ils ont vu le lipdub de l’UMP et ont dû ce féliciter que ces cons d’internautes de gauche participent au buzz de leur partie (dix contre un qu’ils ont prononcés “buzz”). Deux infirmières qui se racontent leur journée à l’hôpital, elles sont petites, pas plus d’un mètre cinquante, la quarantaine bien passée, et cette coiffure immonde (court avec du volume) que les femmes sans goût arborent de part le monde (partout, même au Japon, c’est impressionant comme ce modèle est répandu).
Il n’y a aucune conversation à écouter.

Je suis monté dans le train. J’ai repéré un mec au téléphone, aucune jolie fille, je m’assois en face de lui, je tends l’oreille, déception, il parle arabe. De l’autre côté de l’allée centrale une fille en survêt, elle est relookable, dès quelle aura quitté le ghetto de St Nom La Bretèche elle pourra devenir jolie. En face d’elle, un mec à mèche monté à St Cloud. Il a la pochette de son Macbook sur les genoux, il fait défiler les pages d’application sur son iPhone.

La Défense. Il est 22h48, c’est l’heure à laquelle j’avais prévu de débarquer chez Sally, ma troisième invitation de la soirée. Un jour Olivier m’a dit que j’étais tout à fait le genre à accepter trois invitations au même moment, il avait une fois de plus raison. Je lui ai envoyé un sms dans ces termes un peu plus tôt dans la soirée, mais j’ai raté l’appel réponse qui a suivi (le Philosophe semble abhorrer les sms, il dit que c’est parce qu’il ne peut pas entendre mes réactions en direct : foutaises, il sait très bien que je ris 83% du temps). Ce sera probablement minuit, je vais débarquer semi-sobre (deux coupes de champagne et deux verres de vin blanc ça n’a jamais émêché personne, surtout en mangeant !) au milieu de gens bourrés. J’aurais dû refuser, mais j’aurais regretté, je préfère accomplir l’échec qu’avoir des remords sur une potentialité de succès. Plus tôt dans la journée, ce matin dans le métro en fait, je me suis fait agresser par une quatrième de couverture d’un bouquin d’Amélie Nothomb qui déclarait qu’en amour il n’y a pas d’échec. Elle est peut-être folle mais sur ce coup là, je lui donne raison. Je partirais bien sur des considérations pompeuses sur ma sur-valuation des ressentis (je préfère être triste qu’amorphement indifférent) mais on va me dire que c’est chiant et que Julien j’ai pas trop trop compris ta note, ça parle de moi ?

Un mec vient de me demander sur le  quai de la 3 si je savais “configurer” les mails sur l’iPhone. J’ai dit que non, j’y comprenais rien, c’est un ami à moi qui m’avait tout fait. Il a eu l’air un peu déçu, m’a remercié, s’est éloigné.

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5 thoughts on “Voyage en commun

  1. Aaaah, l’attente sur le quai de la gare de Garches Marnes la Coquette…
    J’ai vécu la même scène un paquet de fois, mais à la station suivante.

  2. On vit tous les mêmes scènes. Avec l’envie d’écrire ce vide, cet instant intemporel, perdu entre deux quais, deux heures, une nuit.

    (dommage pour l’orthographe, j’ai pris plaisir à te lire…)

  3. Ju(...) says:

    (j’ai écris ça depuis mon téléphone, posté et pas relu d’où les fautes d’orthographe et potentiellement de grammaire :s ) (cela dit, c’est une excuse qui ne tient pas la route, je fais des tas de fautes y compris quand je tape au clavier)

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