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Étrange Séance (contrechamp)

Elle : [Note : les textes intitulés “contrechamp” ne sont pas écris par moi]

L’illusion se dissipe. On dirait bien que le jeu s’essouffle. Je fais cela depuis si longtemps, aucun homme n’a jamais été capable de tenir la distance. Je savais que ça ne durerait pas indéfiniment. Je suis trop exigeante et je ne suis pas fair-play. Les règles changent constamment, c’est à celui qui cachera le plus d’as dans sa manche. J’espère juste qu’il tiendra plus longtemps que les autres.

Il me semble que cela fait une bonne heure que je suis plongée dans mes pensées. J’ai l’impression de me réveiller à l’instant où je reprend conscience que je suis entrain de conduire. Mes mains sont toujours fixées au volant, parfaitement à l’horizontale. Les voitures, la route, tout est là et il pleut toujours. J’augmente le volume de l’auto-radio. C’est le même album qui tourne depuis trois heures. Ce n’est pas grave, j’aime bien cette album, surtout la piste 7. Sur le siège passager, mon téléphone. Pas de message. J’attrape une cigarette en guise de lot de consolation.

Je veux tellement, on m’offre trop peu. Il m’intrigue toujours, il sait retarder l’échéance. J’ai cru qu’après le premier contact physique mon personnage perdrait de son éclat. Il est facile de jouer, mentir, tricher. Il l’est beaucoup moins de contrôler ses faits et gestes en permanence. Je ne suis pas capable d’être une autre, autrement que par l’écriture.

Nous avons passé deux soirées ensemble la première fois que je suis venue à Paris. La première ne mérite pas qu’on en enjolive le souvenir, la seconde en revanche est pour moi pleine de promesses.

La soirée débute dans un bar, un irish pub peut être. Nous sommes quatre. Il y a Sébastien, Victor, Lui et moi. Nous sommes là depuis déjà une heure, Sébastien et Victor jouent leur deuxième partie de billard, Victor affiche son ostensible virilité de mâle dominant tandis que Sébastien mise plutôt sur la technique pour remporter la partie.
Lui et moi les regardons, amusés. Il y avait encore cette distance entre nous qui n’a pas eu le temps de s’effacer avec la soirée de la veille. Nous sommes encore deux inconnus qui s’apprennent. À chacun de mes gestes, je guette la moinde réaction de sa part afin de détecter quelles mimiques pourraient me servir pour le séduire et lesquelles sont à proscrire. La présence des autres m’empêche tout rapprochement stratégique aussi je me contente d’observer les changements d’expressions sur son visage. Passant de l’adoration, puis à l’indifférence, puis au rire. Et ses mains qui appuient ses mots lorsqu’il me parle, son regard fuyant lorsque j’ose des sous-entendus et sa bouche que j’imagine exquise. J’écoute sa voix plus que ce qu’il me dit. Je suis fascinée par ses intonations et sa façon de prononcer les mots. Il y a quelque chose d’à la fois nasillard et précieux dans sa voix, quelque chose de soutenu.

Victor nous interrompt, décide que nous devons aller voir un film, quelque part. Sébastien est aussi de cet avis. Nous sortons dans la rue. Nous suivons Victor et Sébastien loin devant, qui ne font déjà plus attention à nous. Julien et moi marchons lentement. Je tiens son bras serré contre ma poitrine. il fait froid.
Je ne me rappelle pas de ce que nous nous sommes dit pendant le trajet qui nous menait au cinéma, mais je me souviens que j’était heureuse.

Au cinéma, je m’assois entre lui et Sébastien. Le film n’est pas bon. Un thriller japonais dont la majeure partie est constituée de scènes vides et sans intérêt, terminé par quinze minutes de torture barbare en guise d’apothéose.
À la première projection de sang j’agrippe son bras. De peur, d’envie ou d’impatience. Je me serre contre lui, la main sur le visage pour ne pas voir la suite. Je sens son odeur et son épaule contre ma joue. J’imagine son cou palpiter, juste là, à quelques centimètres de ma bouche. Je ferme les yeux. J’essaie d’occulter le film, les gens autour nous, la salle de cinéma, la ville entière. Je me concentre sur son odeur et sa main qui glisse dans mes cheveux, descendant parfois sur ma nuque, qui déclenche une vague de frissons le long de mon dos. Je n’ai pas vraiment peur du film, je veux juste rester contre lui. J’ai mis ma main dans la sienne et j’enfouie ma tête dans son cou. J’ai collé mes lèvres sur sa peau, je voudrais qu’il m’embrasse mais la lumière s’est rallumée dans la salle. Le film est fini.

Nous nous sommes quittés à la sortie du cinéma. Le lendemain je suis rentrée chez moi par le premier train.

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Heure d’été

Il est 5h35. Demain, je ne pourrais pas dire si le changement d’heure m’aura fait dormir une heure de plus ou de moins puisque je ne dors pas du tout à cette heure-ci.

Dehors, les oiseaux chantent dans les arbres du Boulevard Richard Lenoir, leurs piaillements résonnent jusque dans ma cour intérieure.
Je n’arrive pas à dormir. Insupportable insomnie. Les mots de Biolay continuent d’emplir mon esprit. Mais ils ne sont plus seuls. Les mots de ses messages à Elle également. Je fais une pause, je les relis, j’essaie d’y déceler le mensonge, il s’y trouve forcément, comme dans les miens. Mais je n’y arrive pas, elle est beaucoup trop convaincante. J’y crois. Et puis il y a ces mots stupides d’une chanson de Sylvie Vartan chantée par Géraldine Nakache et Leïla Bekhti.

Les mélodies s’entrechoquent, mon cerveau chante les trois dans le désordre aléatoirement, par bribe, je crois devenir fou.

Ce soir à la soirée à laquelle je me trouvais, une jeune fille de 15 ans tentait de monopoliser l’attention sur elle. Elle m’a fait penser aux héroïnes du film vu plus tôt dans la journée, Tout Ce Qui Brille.

Le film est mauvais. Scénaristiquement pauvre, cinématographiquement sans aucun intérêt. Mais il a cette qualité d’être un portrait finalement fidèle et drôle de la Parisienne de base. Celle qui aime les chaussures de créateurs mais qui ne peut pas se les payer. Celle qui me demande si, dans mes soirées où je rencontre des blogueurs et des gens de Twitter, j’ai déjà croisé Betty, la parfaite Betty à frange et son fond de teint naturel du Blog De Betty. (la réponse est non)

La petite m’a aussi rappelé cette autre que j’ai brièvement aimé à Megève cet hiver. Mais là où l’autre était faiblesse, celle-ci n’était que bêtise.

J’aimerai éteindre le robinet de pensées qui m’innonde intérieurement, juste quelques heures. Dormir, me reposer, ne plus penser à aucune de ces filles imaginaires, réelles ou intangibles que je n’aurai jamais.

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Mensonges et sentiments (champ)

Je la vois me dire des choses, je me vois la décevoir, chaque jour un peu plus. Je vois bien qu’elle est persuadée que je pourrais être écrivain. C’est l’artifice que j’ai utilisé pour la séduire. Mais je n’y crois plus moi-même. Et je crois qu’elle non plus, à force.

J’en suis à ce point de l’écriture de mes pensées quand mon téléphone vibre sur la table basse. Elle me demande d’être à la hauteur. Je ne sais pas. Je suis fatigué.

Continuer à mentir pour séduire, pour l’éternité, enfin, bien moins que ça dans les faits. Alors on trouve des artifices, on se donne des rôles, on se lance des défis. Mais nous sommes beaucoup trop inconstants, surtout moi. En permanence, je fais des promesses que je ne tiens que parfois. Vivre à deux, mentir seul. J’espère qu’en face on se contentera de mes concessions.

S’investir entièrement, parfaitement, je l’ai fait beaucoup trop souvent. Je cache désormais le peu de sensibilité qui a survécu derrière un mur de pierres acérées, de celles qui vous écorche les doigts si vous vous y frottez d’un peu trop près.

J’ai l’impression tenace qu’elle pourrait être parfaite. Qu’elle paie un peu pour les autres, injustement. Puis je doute, je me rappelle que j’ai pensé la même chose des précédentes. Puis je faiblis, je me remets à faire ces promesses ridicules de garçon censément amoureux. Je continue à mentir, à séduire. Car finalement ce qui compte c’est le sentiment présent, l’agréable sensation d’aimer et d’être aimé. Même si ça n’est pas la réalité.

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Ailleurs (contrechamp)

Elle :

Ce soir je suis une autre. Ce soir je ne suis plus. J’essaye d’oublier tout ce que je ne cesse de répéter par bribes depuis des jours, des semaines, des mois. Ma vie, mes angoisses, mes doutes. Toutes ces choses qui caractérisent le sexe faible et qui le rendent si compliqué. Je lui explique la situation, ma fenêtre Gtalk se transforme en monologue. Il ne répond pas. Je ne veux pas qu’il réponde, je redoute qu’il le fasse pour me donner un conseil, une solution dont je ne veux pas entendre parler. Il ne comprend pas toujours ce que je veux, mais il fait de son mieux. Après tout, je n’ai aucune espèce d’autorité sur ses actes, aucune légitimité.

Il est ailleurs. Il a trouvé un autre détail sur lequel s’attarder. C’est un contemplatif du microcosme du banal. Chaque infinité devient un prétexte à l’extase verbale. Il aime les mots plus que moi, il aime le détail plus que les mots. Je ne suis plus un détail à présent, il n’a aucune raison de s’attarder sur moi.

Je suis seule dans ma chambre, je suis seule tout le temps. Mon iPod me hurle aux oreilles, il me crit “Now I wanna be your dog, now I wanna be your dog … so come on ! “. Ce n’est pas ça dont j’ai besoin. Je n’ai jamais su ce que je voulais. Je ne fais que supposer mes envies, advienne que pourra.

J’ai envie de lui. J’ai envie de sa bouche. Cette phrase tourne dans ma tête jusqu’à recouvrir la voix chevrotante de Dylan. “It ain’t me babe … it ain’t me you’re looking for, babe”. J’ai envie de ses mots mais il n’écrit pas. Il avait promis de m’écrire, d’écrire pour moi. Il est si facile de subjuguer un homme dans les premiers instants. Tout est une question de mystère bien jaugé. Il ne faut pas avoir les mêmes envies que les autres, il faut désirer autre chose de l’homme. Autre chose que le charnel, autre chose que l’amour. Il faut aimer le mensonge.

Je veux l’inspirer, je veux qu’il m’aime dans le mensonge, je veux qu’il écrive cet amour et je veux me dissoudre dans l’image qu’il se fait de moi. Je crois que j’ai perdu ses mots lorsque je l’ai vu pour la première fois. Timide et maladroit. Imparfaitement parfait. Presque écrivain, écrivain raté, écrivain de génie. Je n’ai pas su être une autre, j’ai mal jaugé le mystère. Il m’a aimé moi, Roxanne. Il a oublié de me mentir.

Je veux que les mots reviennent, j’ai envie de sa bouche. Ce soir je ne suis plus Roxanne, ce soir je veux être un détail.

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style numéro de passeport

Dans mes enceintes, de part et d’autre de mon corps allongé sur le canapé orange, Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal s’échangent des post-its sur la surface immaculée, puis de moins en moins, d’un réfrigérateur. Le glissement de la passion vers la routine, vers la colère est imperceptible. On finirait en larmes à moins.

Dans ma fenêtre GTalk, Elle me raconte ses soucis. Je ne la rassure pas, je l’écoute, silencieux.
J’aimerai écrire plus court, plus souvent. J’avais promis d’écrire pour Elle. Mais les détails m’intéressent de trop, et elle trop peu.

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