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Ailleurs (contrechamp)

Elle :

Ce soir je suis une autre. Ce soir je ne suis plus. J’essaye d’oublier tout ce que je ne cesse de répéter par bribes depuis des jours, des semaines, des mois. Ma vie, mes angoisses, mes doutes. Toutes ces choses qui caractérisent le sexe faible et qui le rendent si compliqué. Je lui explique la situation, ma fenêtre Gtalk se transforme en monologue. Il ne répond pas. Je ne veux pas qu’il réponde, je redoute qu’il le fasse pour me donner un conseil, une solution dont je ne veux pas entendre parler. Il ne comprend pas toujours ce que je veux, mais il fait de son mieux. Après tout, je n’ai aucune espèce d’autorité sur ses actes, aucune légitimité.

Il est ailleurs. Il a trouvé un autre détail sur lequel s’attarder. C’est un contemplatif du microcosme du banal. Chaque infinité devient un prétexte à l’extase verbale. Il aime les mots plus que moi, il aime le détail plus que les mots. Je ne suis plus un détail à présent, il n’a aucune raison de s’attarder sur moi.

Je suis seule dans ma chambre, je suis seule tout le temps. Mon iPod me hurle aux oreilles, il me crit “Now I wanna be your dog, now I wanna be your dog … so come on ! “. Ce n’est pas ça dont j’ai besoin. Je n’ai jamais su ce que je voulais. Je ne fais que supposer mes envies, advienne que pourra.

J’ai envie de lui. J’ai envie de sa bouche. Cette phrase tourne dans ma tête jusqu’à recouvrir la voix chevrotante de Dylan. “It ain’t me babe … it ain’t me you’re looking for, babe”. J’ai envie de ses mots mais il n’écrit pas. Il avait promis de m’écrire, d’écrire pour moi. Il est si facile de subjuguer un homme dans les premiers instants. Tout est une question de mystère bien jaugé. Il ne faut pas avoir les mêmes envies que les autres, il faut désirer autre chose de l’homme. Autre chose que le charnel, autre chose que l’amour. Il faut aimer le mensonge.

Je veux l’inspirer, je veux qu’il m’aime dans le mensonge, je veux qu’il écrive cet amour et je veux me dissoudre dans l’image qu’il se fait de moi. Je crois que j’ai perdu ses mots lorsque je l’ai vu pour la première fois. Timide et maladroit. Imparfaitement parfait. Presque écrivain, écrivain raté, écrivain de génie. Je n’ai pas su être une autre, j’ai mal jaugé le mystère. Il m’a aimé moi, Roxanne. Il a oublié de me mentir.

Je veux que les mots reviennent, j’ai envie de sa bouche. Ce soir je ne suis plus Roxanne, ce soir je veux être un détail.

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