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Retail Music

Le seul endroit où je déteste plus me rendre que les magasins de prêt-à-porter ce sont les supermarchés. Les magasins de fringues annihilent toute joie de vivre en moi, c’est un pur anesthésiant. Déambuler dans les racks de t-shirts déclenche une instoppable et continue envie de bailler.
Alors je trouve un endroit où m’asseoir et je regarde les gens s’affairer, regarder, reposer, reprendre, changer, essayer, vérifier le prix, reposer, repartir, aller et venir.

En matière de musique, les américains semblent être en retard sur eux-même, le Lady Gaga qui passe à la radio c’est Just Dance, le MGMT c’est Kids. Sauf chez Urban Outfitter dont la playlist est directement inspirée des recommandations de la Blogothèque, mais chez UO on vend des chemises à carreaux, des robes à fleurs, des Labbits, des vinyles de Bob Dylan, la LOLCAT Bible et des fixies alors forcément l’atmosphère musicale se doit de matcher les goûts supposés de la clientèle.

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Le Voyageur

Les voyages ont ceci de fascinants qu’ils vous remettent exactement à la place de l’être humain que nous n’aurions jamais dû quitter.

Je suis à l’arrière de la Twingo Rouge, la nuit vient de tomber. Au delà du rail métallique de l’autoroute, tapis rouge et blanc de phares, on n’aperçoit que les lumières scintillantes et indistinctes des villages de l’Eure dans le lointain. À l’avant, Parachutes de Coldplay. Personne ne parle. Je m’assoupis.

Lorsque je me réveille, rien n’a changé. À l’avant, ça discute, je n’écoute pas, je n’entends pas. Je laisse mes oreilles être envahies par le bruit du vent contre la carosserie, des pneus sur la route pas tout à fait lisse de l’autoroute A13.

Je ne suis pas maître du déplacement, on me conduit. Cette fois-ci en voiture, bientôt en avion, une fois, je l’espère, en train vers des destinations aimées, fantasmées, adulées. Je suis bien peu de chose, quelques dizaines de kilos de chair qu’il faut, à grand renfort de pétrole et d’acier, transbahuter deci-delà selon mon bon vouloir et un peu de monnaie sonnante et trébuchante.

Assis derrière le clavier de son ordinateur, l’être humain oublie sa faible condition de mortel : d’un coup d’œuil il prend connaissance de la vie de tous ses amis ; d’un deuxième il s’informe du flux instantanée d’information fraîche ; ses contacts sont à quelques centimètres de là ; la connaissance universelle tient dans un champs de texte blanc : les distances sont abolies, l’instant est éternel, il est le maître du monde.

Lorsque le volcan entre en éruption et perturbe l’espace aérien le Sédentaire derrière son écran trépigne d’excitation, il a été parmis les premiers à apprendre la nouvelle, c’est un badge, une médaille qu’il s’octroie à lui-même en même temps que ce droit qu’il considère inaliénable de pouvoir considérer comme inférieurs tous ceux qui auront vent de la nouvelle après lui. Il répondra “Oui, je sais”, d’un air las voire faussement agacé mais vraiment condescendant à tous ceux qui lui en parleront après.
Lorsque le volcan entre en éruption et perturbe l’espace aérien le Voyageur lui est replacé dans une perspective où la distance se remet à compter : si se rendre à Deauville à pied reste de l’ordre du possible, si louer un car pour rallier Paris depuis Istanbul reste une alternative valable à l’avion, la traversée de l’Atlantique Nord (ou, à moindre échelle celle de la Méditerranée même), elle, demeure un obstacle quasi-insurmontable pour l’être humain non-préparé et défait de son moyen de transport. Et l’évènement se révèle dans toute sa dimension catastrophique, l’éruption volcanique n’est plus une information, pour le Voyageur, elle devient un fait tangible contre lequel on ne peut lutter, la force de la réalité s’impose.

Mais le Voyageur qui n’a pas encore quitté son point de départ garde encore en lui ses travers de Sédentaire : il cherche, il lit, il appelle, il tente de se raccrocher à l’habituelle information pure avec laquelle il tente de noyer le fait : la tangibilité du billet électronique affiché sur l’écran de son ordinateur lui semble bien (sinon infiniement) supérieure aux tonnes de cendres en suspension dans l’atmosphère. La réalisation ne vient que très lentement à l’esprit du Sédentaire qu’il est désormais un Voyageur, qui plus est

un Voyageur Égaré.

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“Tiens, une meuf à @smwhr”

J’ai les goûts les plus prévisibles du monde en matière de fille.

meuf à @smwhr

Il y a cet épisode où Don Draper part pour une convention en Californie. Il n’a pas mis les pieds chez lui depuis plusieurs semaines. Il assiste à une présentation puis, impulsivement, alors que son collègue part déposer des brochures à la réception, il se laisse emporter par la toute jeune Joy, à l’allure parfaitement innocente, mais qui a les mots d’une femme.
Elle s’installe au volant de son cabriolet, enroule son foulard autour de ses cheveux. Il est séduit, descend les quelques marches qui démarquent la réception, l’hôtel, la vie “normale” du Directeur de la Création de Sterling-Cooper et le trottoir, la voiture, la fille, cette promesse d’autre chose. La force de Don Draper, c’est son costume de flanelle grise, son chapeau, ses Ray-Ban aviateur qu’il enfile comme il s’enfuit : avec une totale nonchalance. C’est une homme d’expérience. Pas parce qu’il en a vécu, même si c’est une part indéniable de son charme et qu’il la revendique (il dira dans un autre épisode que les jeunes sont incompétents de par leur jeunesse même) mais parce qu’il aime, justement ces expériences. Il abandonne tout, sa mission, sa valise. Il n’emporte que lui-même et un calepin. Il s’offre à l’inconnu, à l’inconnue.

On en revient, toujours, à Clooney dans Up In The Air, le choix de la fuite, de la solitude, de ne pas s’encombrer, d’être léger, « The slower we move the faster we die », abandonner ses responsabilités au moment où l’on prend conscience qu’elles n’importent à personne, car on n’est juste qu’un être humain.

C’est sur le canapé du salon que Don Draper reprend ses esprits, assimile le rêve de ses deux nuits avec Joy dans une magnifique maison de Palm Springs en tant que tel. Il se souvient de ceux pour qui il compte, la femme à qui il a volé son mari, sa femme ensuite, ses enfants qu’il n’a pas encore le droit de voir. Puis il rentre enfin dans les murs de son bureau, l’endroit qui le définit en tant que Don Draper, le monde a tourné sans lui, il y a même gagné un demi-million de dollars au passage. Clooney dit « Life’s better with company », Draper quant à lui, ferme la porte de son bureau, se verse un whisky et admire, en silence, la vue de son corner office sur Madison Avenue.

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Strangers In A Bar

En vérité, j’aimerai beaucoup avoir une vraie idée un de ces jours. Un vrai truc original. Une idée simple. Quelquechose de joli. Une idée qui, si elle était une fille, porterait une

#FRANGE

Je me demande quelle genre de mode va succéder à celle de Twitter. Je commence à m’en lasser, les gens accordent trop d’importance au média lui-même, pas assez aux autres et à l’intéraction sociale qui en résulte. Globalement, les gens n’aiment pas trop les gens surtout, je crois. Ou alors seulement ceux qu’ils connaissent déjà.

Je n’ai pas encore eu droit à la discussion autour d’un verre sur “mais à quoi ça sert Twitter ?”, mais je sais quel sera mon argument à ce moment-là. Je poserai la question “Mais combien de nouvelles personnes avez-vous rencontré pendant ces six derniers mois ?”. Ils diront “zéro”, je dirais “une vingtaine”. Alors forcément, cet argument fera un flop puisque les gens n’aiment pas les gens. Et puis ils diront “mais ce ne sont pas de vrais amis” et je n’aurais pas le cœur de répliquer “vous, pas davantage qu’eux”. Et la flemme de m’embarquer dans un débat usé jusqu’à la corde sur l’amitié.

J’aime les gens. J’ai hérité ça de mon père je crois, certainement pas de ma mère. Je ne sais pas engager la conversation avec les caissières au supermarché mais je suis certainement à l’aise dans n’importe quel groupe pourvu que j’y connaisse au moins une personne, ou que je partage un centre d’intérêt commun avec l’assemblée. Il faut flâner, faire traîner son oreille, capter le moment où faire une remarque vaguement pertinente, combler le trou de mémoire de quelqu’un.

Je lisais l’autre jour un article d’un type qui décrivait la réalité de la sortie, seul, dans un bar en comparant cette réalité au fantasme de la scène de Up In The Air où Georges Clooney aborde Vera Farmiga, seule au comptoir et où ils finissent dans sa chambre. Et globalement, il considère ça comme un échec permanent. Pour moi, c’est l’exact expression du non-amour de son prochain. Évidemment, j’en sais rien, je vais jamais dans les bars seul où ne se trouvent que des parfaits inconnus, uniquement ceux où sortent des gens que je n’ai jamais rencontrés (la différence est subtile).

J’aime les gens parce qu’ils sont plein d’histoires à raconter, de sentiments que je peux voler pour les restituer au moment opportun, plus tard, à d’autres.

Évidemment, il ne suffit pas d’aimer les gens, il faut amener les gens à vous tolérer. Parce qu’ils ne vous doivent rien. Rien du tout. Après tout, à cette soirée, vous y êtes peut-être invité mais tous, autour de vous, ils sont probablement de ce genre à ne pas aimer les nouveaux gens. Un peu au fond, sinon ils vous auraient pas invités, mais pas trop quand même. Alors si vous même vous n’aimez pas les gens (ne vous mentez pas, vous les détestez, je m’en fous que vous essayiez de me convaincre du contraire, je le sais, c’est tout) la meilleure solution aurait peut-être été de ne juste pas venir, mais puisque vous êtes là, jouez la politesse et l’hypocrysie, faîtes un effort et tout se passera bien.

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Avant le petit-déjeuner

« Because it can produce a few notes, tho they are very flat; and it is nevar put with the wrong end in front! »
Lewis Carroll, suggérant une réponse à la Devinette du Chapelier, 1896

Je me réveille. C’est ma chambre, c’est mon lit. De l’autre côté des persiennes le soleil brille, mais je sais que dès que je poserai un pied sur le parquet froid il disparaîtra immédiatement. La veille était-elle un rêve ? Cette nuit un songe ? Vraiment, je m’interroge. J’essaie de mesurer le tangible et je suis incapable d’affirmer si j’ai dormi seul ou avec Elle. À ma droite dans le lit, il n’y a bien évidemment personne, ce serait beaucoup trop facile.
C’est impossible. Je me résigne. Le réveil indique 8h, il me reste une bonne heure avant de me lever mais je n’ai plus sommeil.

Une heure avant le petit-déjeuner.

Son odeur sur le second oreiller. Je ne peux pas me méprendre, c’est son odeur, je la reconnaîtrai entre mille. Ou alors c’est juste une construction de mon esprit. Qu’importe, j’admets l’impossible de toute façon bien assez souvent, alors pourquoi pas ça.
Je cherche d’autres indices à inventer pour imaginer que cette nuit était réelle.
Sur la chaise longue à côté de ma bibliothèque, je remarque ce qui, de ma position ressemble à une petite culotte en dentelle noire. Ça pourrait tout à fait être un oubli de ma sœur venue faire sa lessive il y a quelques jours. Ou être la Sienne. Oui, elle Lui appartient, c’est décidé.

Je m’ennuie, je quitte le lit. Sur la table du salon, mes affaire éparpillées. J’attrape mon portefeuille et je vérifie machinalement le nombre de billets qu’il me reste. Aucun. Un ticket de la Banque Populaire indique que j’ai pourtant tiré soixante euros hier après-midi. Et mon rêve me rappelle que, cette nuit, j’ai offert quelques Tequila Sunrise, bu quelques Rhum Coca. Admettons.
Le cendrier sur une étagère de la bibliothèque est plein. Les mégots portent tous, sans exception, la mention “Camel”, sa marque de cigarettes.

C’en est trop, je divague, j’ai des hallucinations. Ces quatres impossibilités sont pourtant on ne peut plus tangibles, je ne peux plus nier, faire comme si j’avais le choix de choisir une réalité alternative plaisante. Cette réalité est là, elle s’impose.
Il faut que je mange, c’est probablement une crise d’hypoglycémie qui me prend.

La cuisine est en désordre dans l’évier il n’y a qu’une assiette. Mais à côté de la boîte de Crunch trône un paquet de café. Je n’aime pas le café. Elle adore ça. Cinq. Je verse mes céréales dans un grand mug, je noie dans le lait froid.

Cinq choses impossibles admises avant le petit-déjeuner. J’attends la sixième. Je murmure “je voudrais qu’Elle soit avec moi, maintenant”. J’attends quelques secondes, attentif au moindre mirache. Rien. Ce n’était qu’un rêve finalement. Enfin, de dépit, je porte la cuillère à ma bouche.

Des pas sur le palier. On sonne.

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