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Avant le petit-déjeuner

« Because it can produce a few notes, tho they are very flat; and it is nevar put with the wrong end in front! »
Lewis Carroll, suggérant une réponse à la Devinette du Chapelier, 1896

Je me réveille. C’est ma chambre, c’est mon lit. De l’autre côté des persiennes le soleil brille, mais je sais que dès que je poserai un pied sur le parquet froid il disparaîtra immédiatement. La veille était-elle un rêve ? Cette nuit un songe ? Vraiment, je m’interroge. J’essaie de mesurer le tangible et je suis incapable d’affirmer si j’ai dormi seul ou avec Elle. À ma droite dans le lit, il n’y a bien évidemment personne, ce serait beaucoup trop facile.
C’est impossible. Je me résigne. Le réveil indique 8h, il me reste une bonne heure avant de me lever mais je n’ai plus sommeil.

Une heure avant le petit-déjeuner.

Son odeur sur le second oreiller. Je ne peux pas me méprendre, c’est son odeur, je la reconnaîtrai entre mille. Ou alors c’est juste une construction de mon esprit. Qu’importe, j’admets l’impossible de toute façon bien assez souvent, alors pourquoi pas ça.
Je cherche d’autres indices à inventer pour imaginer que cette nuit était réelle.
Sur la chaise longue à côté de ma bibliothèque, je remarque ce qui, de ma position ressemble à une petite culotte en dentelle noire. Ça pourrait tout à fait être un oubli de ma sœur venue faire sa lessive il y a quelques jours. Ou être la Sienne. Oui, elle Lui appartient, c’est décidé.

Je m’ennuie, je quitte le lit. Sur la table du salon, mes affaire éparpillées. J’attrape mon portefeuille et je vérifie machinalement le nombre de billets qu’il me reste. Aucun. Un ticket de la Banque Populaire indique que j’ai pourtant tiré soixante euros hier après-midi. Et mon rêve me rappelle que, cette nuit, j’ai offert quelques Tequila Sunrise, bu quelques Rhum Coca. Admettons.
Le cendrier sur une étagère de la bibliothèque est plein. Les mégots portent tous, sans exception, la mention “Camel”, sa marque de cigarettes.

C’en est trop, je divague, j’ai des hallucinations. Ces quatres impossibilités sont pourtant on ne peut plus tangibles, je ne peux plus nier, faire comme si j’avais le choix de choisir une réalité alternative plaisante. Cette réalité est là, elle s’impose.
Il faut que je mange, c’est probablement une crise d’hypoglycémie qui me prend.

La cuisine est en désordre dans l’évier il n’y a qu’une assiette. Mais à côté de la boîte de Crunch trône un paquet de café. Je n’aime pas le café. Elle adore ça. Cinq. Je verse mes céréales dans un grand mug, je noie dans le lait froid.

Cinq choses impossibles admises avant le petit-déjeuner. J’attends la sixième. Je murmure “je voudrais qu’Elle soit avec moi, maintenant”. J’attends quelques secondes, attentif au moindre mirache. Rien. Ce n’était qu’un rêve finalement. Enfin, de dépit, je porte la cuillère à ma bouche.

Des pas sur le palier. On sonne.

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