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Tristes travers

Je pense que j’aurais beaucoup moins de problèmes vis-à-vis de l’amitié fille-garçon (cet éternel débat de fin de soirée) si elle ne se matérialisait pas systématiquement trois semaines avant que la jeune fille en question (parce que j’avais peut-être l’air d’énoncer des verités, mais je parle de moi en fait) ne décide d’aller échanger des fluides avec un garçon qui n’est pas moi.

Je me sens toujours largement coupable d’écrire un post qui ne ferait que trois lignes en ces temps de twitter et de messagerie instantanée, coupable de vous entrainer à part, ici, d’user de votre énergie pour vous extraire du flux pour seulement vous murmurer des mots sans importance. Ils n’ont pas plus d’importance sur twitter ou ailleurs, simplement là-bas je suis moins exposé, ma futilité est noyée dans le reste des futilités.

De nos jours, pour écrire sur un blog, il semble falloir un propos, un but. On ne peut plus bloguer comme en 2004 pour juste balancer un lien, une connerie. Il faut un texte, une image, du story-telling. On ne dit plus “vendredi soir, je vais voir Muse POINT”, on se met en scène, on cherche à placer les mots-clés “Stade de France” et “football”, précieux totems en cette période de Coupe du Monde. On se crée un personnage public derrière lequel on se cache.

On ne peut plus bloguer non plus comme en 2004 en offrant une petite fenêtre sur son soi intérieur. Enfin, je ne peux plus. Parce que désormais je connais personellement ceux qui me lisent et que je n’aime pas spécialement les commentaires, plus exactement je les crains : j’écris beaucoup dans le ressentis, assez peu dans la raison et c’est toujours difficile de débattre sur l’argument seul du pur sentiment. Et puis aussi parce que je n’estime bien souvent pas avoir suffisament de choses à dire et on en revient à la nécessité du propos, du thème. Limite, on voudrait presque une ligne éditoriale pour chaque chose. Je n’en ai pas, n’en ai jamais eu, ne compte pas en avoir.

Le personel, l’anecdotique est transféré sur facebook et twitter. Si je veux parler de ma voix, je le fais en cent-quarante caractères. Ici je me sentirais obligé de développer sur 1000 mots. Et je n’ai pas 1000 mots disponibles pour disserter là-dessus.

Quand je relis mon moi de 2004 ici, je trouve que, même si je tournais encore et toujours autour des mêmes thèmes (le temps, le futur, les sentiments, les gens, le cinéma) je racontais beaucoup de conneries. La facilité voudrait que je mette ça sur les épaules de mes alors presque dix-neuf ans. Mais en vrai je sais que je pourrais encore écrire les mêmes textes, et ceux que je lis me semblent dater d’hier, la bêtise a juste été transférée ailleurs, ne reste plus ici que ma pseudo-intellectualité et mes vagues (sinon néantes) qualités littéraires au service d’une absence de propos.
C’est à se demander, au fond, pourquoi j’écris, pourquoi tu me lis.

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