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Le pouvoir de l’eau

La pluie est enfin là, attendue depuis des jours comme le Messie. Salvatrice, régénératrice, libératrice.

La tristesse latente de ne pas pouvoir aller à Deauville par ce temps est contrebalancée par la joie de la fraîcheur (temporairement) revenue : on voulait aller à l’eau, l’eau est venue à nous, directement par la voie des airs.

Comme tous les dimanche matins, un voisin écoute de l’opéra la fenêtre grande ouverte, mais cette fois-ci, l’œuvre reste inindentifiable, lacérée par le brouhaha des gouttes qui s’écrasent en contrebas dans la cour.
J’aime bien le concept de vivre sur cour, comme un succédanée de village vertical. Ça me rappelle ces puits-villes : Zion dans Matrix

Vue de Zion, Matrix

ou celle dand laquelle vit John Difool dans les premières heures de l’Incal

Chute de John Difool, L'incal

J’aime la pluie, faire la vaisselle et me laver les mains. Manipuler la substance première, le “solvant de la vie”. Ça me rassérène, mes pensées se fluidifient et circulent nonchalament dans mon esprit, je m’oublie, je divague (“vague !”).

À force de côtoyer des gens au libéralisme sentimental exacerbé, je finis par n’avoir plus aucun repère en ce qui concerne les choses de l’amour, du couple et des relations entre les hommes et les femmes. Il y a ceux qui couchent sans aimer, ceux qui s’aiment et en embrassent d’autres, ceux qui s’aiment sans s’être connus et toutes les combinaisons intermédiaires imaginables. Une totale absence de sécurité, une totale liberté. « Peut-on être à la fois libre et en sécurité ? », vous avez quatre heures.

Du coup, maintenant, j’ai soif.

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Chaleur

Chacune de mes pensées commence et se termine par le mot “chaleur”. Tout semble rimer plus ou moins richement avec ce mot, c’est le premier qui me vient aux lèvres quand on me demande machinalement “ça va ?” – “chaleur !”.

Je ne peux rien faire, je suis annihilé par cette excitation thermique. J’ai le souvenir de vacances à Barcelone, à Houston, en Toscane, en Guadeloupe ou en Croatie, moi, absolument affalé sur mon lit ou dans un hamac, cherchant le moindre souffle d’air à l’ombre d’un arbre ou du auvent de la terrasse, une pile de romans à portée de main pour oublier qu’on ne peut pas penser par cette chaleur.

Le ciel est bleu, le soleil brille, c’est joli. On dirait une toile d’un des artistes du marché local. Tellement cliché qu’on dirait du faux, à se demander si on n’est pas au cœur du Truman Show. Les rayons irradient les briques de la terrasse, la chaleur vient de partout. Chaleur, chaleur, chaleur. Mes yeux sont éblouis par les réverbérations sur l’eau de la piscine, j’ai oublié mes lunettes de soleil, et mon cerveau par la température. C’est l’été, je ne sers à rien par cette chaleur.

Je suis dans un bureau, la fenêtre est grande ouverte. Derrière moi, un ventilateur tente péniblement de déplacer de l’air chaud vers moi, la seule infime sensation de fraîcheur créée aux instant où cette faible brise heurte les perles de transpiration qui coulent le long de mon dos réchauffé par mon fauteuil rembourré. Mon écran fond sous mes yeux, tout se liquéfie, et la canette de Coca à peine entamée à porté de ma main est déjà imbuvable de chaleur.

Je rêve de pieds dans l’eau et de serviettes humides savamment disposées sur mon corps. Je repense à Lawrence d’Arabie traversant les Tuileries sous le cagnard de midi. Faire demi-tour c’est la mort dans ce désert de poussière, mais peut-être au-moins a-t-on le soulagement de ne plus subir cette chaleur.

En attendant l’orage salvateur.

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