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Littérature

« Je suis née trop tard » me lâche-t-on au détour d’une conversation. « Je ne peux plus écrire, d’autres l’on fait avant moi… »

Je réfléchis un instant et à la fenêtre, mon portable sur les genoux, je fais descendre la cendre de ma cigarette vers les profondeurs de la cour. De l’autre côté du grand vide, un voisin écoute du jazz manouche, il succède à un autre qui écoutait du Joe Dassin (« Il est mort, Joe Dassin ?»). L’odeur de la crême fraîche est encore présente par moment et je lui réponds (à “on”, pas à la crême fraîche) qu’il ne faut pas s’inquiéter, que des gens ont certes écrit sur la littérature, mais que ceux-là même qui sont adorés se sont heurtés à la même terreur d’être nés trop tard.
On n’est jamais né trop tard. On peut être né trop tôt, ne jamais avoir le loisir de lire ce qui sera écrit. Mais quitte à être né maintenant, autant en profiter pour être ce passé que les suivants regretteront (un instant, à tort) de ne pas avoir pu être.

Frissonements, je ferme la fenêtre.
Je coupe les Dandy Warhols et chacun s’en va se coucher.

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4 thoughts on “Littérature

  1. Théière says:

    Oh samowar, ce n’est pas ça, non, la réflexion était plus subtile.
    Née trop tard car déjà la littérature a dessiné une boucle ; on en vient à écrire sur l’écriture, sa mystique, la genèse d’un miracle, ou comme disait l’autre que j’admire tant : “le musical sillage qui prélude, dans la nuit de la conscience, à l’avènement de l’instant”… trop tard car cet autre, Claude Louis-Combet, a tout démontré de cette fin mieux que personne.
    Ainsi revenue à son point de départ, la littérature s’est close sur elle-même, mais tu as raison, c’est faux en ce qu’elle n’a jamais fait que parler d’elle. Une belle histoire d’egos qui se respectent.

    Je tire sur ma tige de nicotine, je prends une grande inspiration

    et vais à la ligne

    comme ça

    Ce flottement

    cette cascade

    c’est un peu tout ce qu’il reste. Le conflit fond-forme ayant trouvé son harmonie, je ne pourrais jamais que répéter ce qu’ils ont déjà dit, et écrire sur le corps mort de la littérature, suicidée (on ne songe pas assez à la violence qu’il y a dans le monde, la vraie, pas celle que miment les soldats paumés qui caressent (tendresse dans la nuit) les armes comme leurs bites, je voulais dire notre violence intérieure, non plus cette voix mais tout ce bruit, ces sifflements, ces cris). Aragon disait : tout ça pour à la fin dire je t’aime, un truc du genre.

  2. Théière says:

    Oui à part ça on fait des bœufs bourguignons. Chaque chose en son temps. Ton mépris me fait marrer, Monsieur légume. Ne végète pas trop, ça fait écrire des commentaires ineptes. Bisou.

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