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Prose non rimée

Plutôt que de m’épancher sur la vacuité et les vicissitudes de mes congénères, je pourrais effectivement produire une logghorrée auto-référentielle et d’aucun dirait que j’ai cédé (enfin) à l’appel de la littérature. La vérité, c’est que cette lie de verbe serait tout aussi futile, et son objet relégué loin de toute préoccupation, comme si l’emploi systématique de substantifs, adjectifs et autres adverbes (avec parcimonie) d’au moins une demi-douzaine de caractères dans leur sens “2” justifiait mieux l’existence d’un texte que celui d’apâter un lectorat nombreux (mais soi-disant médiocre) comme fin, seule et une.

Un trait frappant des intellectuels érudits conscients de l’être est une nette propension naturelle à l’élitisme et à une faible considération de leurs semblables s’adonnant à un hédonisme manifestement vain généralement doublé de force cris et imbibation éthylique. Ce comportement leur procure une certaine satisfaction, s’offrant à eux-même le loisir de jeter l’opprobre, se privant au passage de la potentialité de nouvelles rencontres, spoliation dont ils ne souffrent cependant nullement, n’ayant pas conscience de ce qu’ils s’arrachent à eux-même.

Mais voilà que je disserte à nouveau sur mes pareils, je ne souffre me défaire de cette névrose d’analyste, c’est bien là mon défaut, mon vice. Je voulais être vain absolument, je n’ai réussi qu’à, une fois de plus, retomber dans la pure énonciation de faits et leur interprêtation du point de vue qui est le mien.
Je ne parviens jamais à ne parler de rien.

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