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Je vais le dire à la maîtresse.

Alors que nous attendions, mon ex-copine et moi, un avion à destination d’Orly Sud prévu pour 6h07 du matin, dans un terminal absolument désert de l’aéroport de Fiumicino, notre champs de vision saturé par des italiennes décolorées vantant les mérites de l’offre tripleplay de Vodafone Italia, j’ai déclaré, comme un affront à la vie, que j’étais, globalement, assez satisfait de l’époque dans laquelle je vivais. Je n’aurais pas vraiment aimé vivre plus tôt, et, n’ayant pas la connaissance du futur, je me satisfait amplement du présent comme meilleure alternative possible.

J’ai des doléances quand même. Faut pas croire que j’accepte gentiment toutes les horreurs de ce monde. Il y a quelques jours, j’évoquais les billets sponsorisés. Mais ils ne sont pas vraiment au rang de ce que j’aimerai bannir définitivement de ce monde. Plus exactement, je ne ressens pas le besoin de réellement lutter contre, convaincu que je suis qu’ils ne peuvent que s’éteindre d’eux même, les annonceurs vont bien se rendre compte à un moment donné que les 200€ filés à une blogueuse geekette pour écrire une review de leur produit commençant par “Je ne l’ai pas testé, certes, mais j’aime ce concept” auraient eu un meilleur retour sur investissement si ils avaient été dépensé pour peindre le logo de la marque sur une chèvre égarée de son troupeau sur le plateau du Larzac.

Il y a cette folie de vouloir encore et toujours s’informer sur son orientation au point d’être prêt à passer la nuit à la Bourse du Commerce pour accumuler un millier de brochures et élargir l’horizon de ses perspectives d’avenir, comme si on avait besoin de voir des gens rangés dans des boxes pour “Devenir qui tu es”. Depuis le collège je m’interroge sur la légitimité de l’existence d’un poste de “Conseiller d’Orientation” plus souvent présent dans l’établissement que l’infirmière scolaire. À ce jour je n’ai encore jamais rencontré quelqu’un étant ressorti un tant soit peu “orienté” que ce soit du bureau de cet individu ou d’un salon organisé par L’Étudiant. Je veux dire, c’est normal de pas savoir ce que l’on veut faire dans la vie pour la simple et bonne raison que chacun fait bien ce dont il est vaguement capable et que même dans ce cas, ce n’est pas un dépliant qui va changer vos goûts (surtout qu’on ne prend que des dépliants sur des trucs que l’on connaît déjà, la peur de l’inconnu toussa). On va là où l’on se sent le plus utile pour la société et si on ne se sent capable de rien alors peut-être qu’il faut mieux rester dans son pavillon de Massy-Palaiseau et aider notre charmant pays à augmenter son taux de natalité (pour vous auto-féliciter, vous aurez le droit de mettre la photo de votre hideux gamin en profil facebook).

Il y a ça, et il y a cette horreur que j’ai lu sur Twitter plus d’une fois ces derniers mois et qui me semble intimement lié au problème précédent sans que j’arrive réellement à formuler concrètement pourquoi.

« J’ai deux mots à dire à ton employeur. »

Il y a dans cette phrase une violence inouïe et une remise en cause fondamentale de la société telle que je la conçois, relativement juste et plutôt démocratique. Woumpah m’a dit « On s’est plaint à la maîtresse, puis au pion, maintenant c’est l’employeur. ». Il n’a pas tort, ça participe de la même chose, l’appel à l’autorité qui aura le droit de châtier le fautif par décret immédiat. Mais avec une différence de taille : là où la maîtresse et le pion étaient des autorités légitimes (le surveillant est là pour surveiller, c’est pour ça qu’on le paie, c’est son rôle dans la micro-société du collège), je ne vois pas à quel moment l’employeur est légitime à entendre et à juger d’un cas de débordements entre deux utilisateurs de twitter. Quand bien même les débordements ont lieu pendant les heures de travail. Faire la menace de dénoncer à l’employeur, c’est en plus cautionner que les employeurs jugent leurs salariés en fonction de leurs activités extérieures, ce qui est absolument nauséabond. C’est à peu près du niveau qu’aller crever les pneus de celui qui vous a nui mais dont vous savez qu’aucune règle de justice ne pourra vous aider. C’est un comportement d’abruti illettré. J’espère que les employeurs de ces gens, sans que personne n’ait à les contacter ni qu’ils tombent sur les échanges twitter en question, se rendront compte d’eux-même que leur retour sur investissement serait grandement amélioré si ils envoyaient ces gens chercher les chèvres égarées sur le plateau du Larzac pour les réintégrer à leur troupeau.

Une autre fois, je vous raconterai comment je trouve ridicule de donner une symbolique trop forte à des évènements de nature absolument triviale.

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