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Notes sur les enfants-tentacules

Ce rapport a été rédigé à partir de notes rassemblées entre mai 2011 et janvier 2012 de diverses sources, la plupart anonymes ou introuvables, sur des carnets abandonnés dans des laboratoires ou habitations fuis à la hâte par leurs occupants probablement terrifiés face à l’invasion. Certaines sont traduites de l’anglais, du japonais, du russe. On a quelques fragments en yougoslave dont les informations ne sont pas reproduites ici car classées ultra-confidentiel défense.

On sait finalement peu de choses sur les enfants-tentacules, seulement deux photos en plan rapproché et une bande vidéo ont à ce jour été publiées. On peut dater leur apparition en avril 2011, quelques semaines après le séisme et le tsunami qui ont balayé le Japon et déclenché la fusion du réacteur de la centrale de Fukushima. Les doses létales de radioactivité pour l’être humain dans un rayon de 20 km autour de la centrale auraient accéléré le développement d’un type de mutant croisé entre l’être humain et le poulpe. On ignore la forme qu’a pris le premier spécimen, mais il se trouve qu’il s’est reproduit extrêmement rapidement et de manière complètement insoupçonnée dans les montagnes aux alentours de la centrale. Les premiers rapports mentionnent une couleur vert vif et une envergure du spécimen de 70 à 90 cm tandis que les derniers font état d’une taille dépassant les 130 cm et d’une couleur rose clair. Ce sont ceux-là qu’on a pu voir en une du Wall Street Journal du 17 juin 2011 et qui semblent être le seul croisement génétiquement viable qui ait subsisté à la surface de notre planète.

Des tissus ont pu être prélevés et un spécimen miniature a pu être cloné en laboratoire à Genève, en Suisse. Les résultats les plus intéressants concernent leur durée de vie et leur capacité de reproduction.
Une simulation a en effet montré une durée de vie estimée à environ 70 ans avec un taux d’erreur de seulement 4 mois, ce qui est extrêmement faible pour une simulation de ce genre : il semblerait que les enfants-tentacules (la dénomination est du professeur Stønberg du département de bioxénologie de l’Université de Denver, Colorado) soient immunisés contre la quasi-totalité des maladies et germes connus grâce à un système immunitaire extrêmement peu tolérant aux agents extérieurs et très agressif. Les prélèvements ont d’ailleurs dû être réalisés grâce à de nouvelles techniques laser novatrices, les instruments (seringues, scalpels etc) étant littéralement dissous par la créature dès pénétration sous-cutanée.
L’autre observation intéressante est qu’il semblerait que la progéniture des enfants-tentacules soit physiologiquement incapable de se reproduire, le patrimoine génétique transmis du parent à l’enfant ne contient absolument aucune donnée concernant la formation des organes sexuels alors même que cette information est présente dans les cellules diversifiées de l’organisme d’origine. C’est une bonne nouvelle en cela que l’invasion du sol par les enfants-tentacules ne peut durer au-delà de 140 ans, nous laissant entrevoir une porte de sortie dans la crise qui occupe notre civilisation.

Le spécimen reproduit à Genève est aussi l’exemple le plus documenté du comportement normal des enfants-tentacules, notamment grâce à la bande vidéo mentionnée plus haut provenant du système de vidéo-surveillance du laboratoire. Après treize jours de captivité, l’enfant-tentacule s’est réveillé de manière violente avant de littéralement déchirer la cage en acier et verre blindé qui le maintenait prisonnier (Bande A-21 de 13:41 à 13:53 CET). Il ne lui a fallu que quelques minutes supplémentaires pour massacrer toute l’équipe du laboratoire, mettre à sac tout l’étage avant de trouver une issue par l’une des fenêtres. On imagine les gens terrifiés à l’extérieur, à entendre les hurlements sur la fin de la bande vidéo, devant cette créature étrange et violente écrasant tout sur son passage avant de prendre la direction des montagnes, manifestement son habitat de prédilection.

Aux débuts de la crise, on se rappelle la réunion de l’OTAN demandant la possibilité d’utiliser la force et la furie des enfants-tentacules à des fins militaires. C’est notamment l’armée française, alors en opération en Libye, qui a été la plus partisane de cette idée avec les conséquences que l’on connaît sur tout le nord du continent africain. En effet, devant la facilité avec laquelle les chercheurs de Genève avaient réussi un clonage rapide d’un enfant-tentacule, le ministre de la Défense a ordonné la création de 160 spécimens de type de seconde génération (incapables de se reproduire et dont la peau possède une couleur légèrement plus orangée que ceux de première génération) dans lesquels devaient être implantés des mini-bombes permettant la destruction des unités en cas de non-maîtrise de leur furie. Malheureusement une erreur d’ingénierie a fait que les dispositifs de destruction ont été complètement rejetés/dissous par les enfants-tentacules au bout de 5 jours d’opération, rendant leur in-contrôlabilité absolument problématique. L’Union Européenne a bien tenté une évacuation de masse des ressortissants nord-africains mais la vitesse de destruction des enfants-tentacules était beaucoup trop grande pour que quoi que ce soit puisse être fait.

Aucune arme conventionnelle n’est en mesure de mettre un terme à la vie des enfants-tentacules. Et dans la résolution de l’Assemblée Générale 11781 du 11 juillet 2011, les Nations Unies ont condamné toute utilisation d’arme nucléaire tactique, d’une part par l’absence de preuve qu’une telle arme soit d’une quelconque efficacité (une résolution précédente interdit la reproduction d’un spécimen – que ce soit de première ou de seconde génération – pour quelque motif que ce soit excluant de fait toute expérience pouvant aller dans ce sens), d’autre part, en raison du constat d’échec face à la situation : 22% de la surface planétaire habitée était occupée par des essaims d’enfants-tentacules. Devant l’espoir de l’extinction de toutes les créatures dans un horizon futur certes éloigné à l’échelle des individus, mais infiniment proche à l’échelle de notre civilisation, il semblait plus pérenne de préserver la planète pour le rétablissement de l’ordre à venir. D’autant que les enfants-tentacules ne semblent pas vouloir imprimer de changements drastiques sur la planète. Leur volonté de destruction systématique ne concerne que les structures, animaux et végétaux dépassant leur taille (environ 120 cm on le rappelle) ou se mouvant de manière mécanique : on constate aujourd’hui que de nombreuses espèces d’animaux de petite taille continuent de survivre à la surface alors que les robots militaires d’observation sont systématiquement éliminés. À terme, la Terre se retrouverait, de fait, recolonisable et exploitable dès la fin de l’invasion.

C’est en août 2011 que les premiers dirigeables et ballons se sont élevés dans les airs pour échapper à l’invasion terrestre imminente. On évalue à environ un milliard sept cent millions le nombre d’individus ayant échappé par les airs d’après le dernier recensement (sur la base du volontariat) et à à peu près la moitié d’individus vivant encore sur le sol, notamment dans les Caraïbes et sur les Îles Polynésiennes (les enfants-tentacules sont capables de nager de grandes distances – on rappelle l’arrivée le 14 septembre 2011 d’un essaim sur les côtes brésiliennes face à une population qui se pensait complètement à l’abri – mais semblent allergiques aux dépôts coralliens). Un peu plus de cinq millions d’aérostats dérivent dans l’atmosphère actuellement avec une capacité moyenne d’accueil de huit cents personnes. Le record est établi par le Verne III capable d’accueillir treize mille huit cents passagers et membres d’équipage, flottant actuellement au-dessus de Hong-Kong au sein du Raft Cancer-Pacific (rassemblement d’environ cent à cent-cinquante mille objets volants).

Et 2152 semble une date bien lointaine.

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5 thoughts on “Notes sur les enfants-tentacules

  1. Ju(...) says:

    Je suis incapable de me défaire de ces deux névroses. Ça doit vouloir dire qqch de profond sur moi.

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