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Direction Générale des Finances Publiques

Les impôts ne m’aiment pas. Non, vraiment, je pense même qu’ils m’en veulent.
Ma collègue dit que les impôts ont tout pouvoir et qu’on est à leur merci. Faut pas déconner non plus.
Moi, j’aime bien les impôts à la base, c’est cool les impôts, ça permet de subventionner le métro. Et moi j’aime le métro.

Je suis salarié depuis août 2008. J’étais payé une somme raisonnable mais qui, accumulée, ne me permettait pas d’atteindre le plafond imposable, mais juste suffisament pour ne pas avoir droit à une prime à l’emploi. En même temps, j’en avais pas besoin, donc je ne me suis pas plains, je suis plutôt de gauche comme garçon, c’est vrai quoi, donnons les primes à ceux qui ont du mal à vivre.

En 2009, donc, je n’attendais pas de Déclaration de Revenus pré-remplie. Surtout que j’habitais chez mes parents.

En 2009, j’ai commencé à être augmenté et à gagner des sommes plutôt sympathiques. Puis, en octobre, mes finances me le permettant enfin, j’ai déménagé, fait les démarches nécessaires et ait continué ma vie. Mais en septembre, déjà, quand sur Twitter les gens se mettent à en parler, je m’inquiète. Puis j’oublie. Nan, mais vraiment. Je suis en plein déménagement, on vient de lancer la nouvelle version du site, je suis sous l’eau, je n’y pense plus.

Jusqu’au 26 mai 2010. Là, je commence à m’inquiéter un peu, sincèrement, moi, je veux les payer mes impôts ! Je veux être en règle et subventionner les routes bretonnes, la Politique Agricole Commune et le nucléaire français ! Alors je raconte mon histoire autour de moi et les gens me disent des choses un peu contradictoire, mais à plusieurs reprise j’entends cette explication rassurante « Nan mais en fait, 2008 ça compte pas parce que t’as pas travaillé l’année entière et on paie rien la première année, donc c’est bon, c’est normal que tu n’aies rien reçu. Ça commencera que l’année prochaine. » J’aurais pu aller voir mon centre des impôts du 11e arrondissement pour leur demander, mais on venait juste de terminer Cannes Inside, on repartait sur de nouveaux projets, j’ai oublié. Et puis je savais pas qu’on pouvait communiquer avec eux par email. Sinon, tu penses bien, je l’aurais fait.

Le 26 janvier 2011, tout fringuant et pimpant (on est mercredi, j’aime bien le mercredi, et puis la veille au soir, j’étais sorti avec Kwyxz et Pipo boire un verre), j’ai ouvert ma boîte aux lettre et j’ai reçu UNE LETTRE RECOMMANDÉE. Alors je suis allé à La Poste la chercher. Puis je l’ai ouverte. Et elle avait l’air un tout petit peu menaçante. Du genre « euh, steuplé Julien, tu dois déclarer tes revenus 2009 MAINTENANT sinon on te poursuit.» J’ai un tout petit peu peur, alors j’envoie un sms à mon boss pour lui dire que je vais être un peu en retard, et je vais Rue Godefroy Cavaignac (je crois que ça s’écrit comme ça).
Le mec à l’accueil est pas exactement accueillant. Je ne sais pas exactement pourquoi je suis là, lui peut pas le deviner, en plus j’ai une lettre recommandée de mise-en-demeure alors il pense, et je le comprends, que je suis un ennemi de la République. Pour se rassurer, il tâte le sabre laser dans sa poche arrière puis finalement quand je déclare “je voudrais être en règle”, il s’apaise et me demande mon nom et mon adresse. Que je lui donne bien volontiers. Il me dit « Vous n’habitez pas là, vous êtes sûr d’habiter là ? ». Je reste incrédule pendant une bonne seconde devant cette affirmation. « Oui, ça fait un peu plus d’un an maintenant. Et puis, vous m’avez envoyé une lettre recommandée à cette adresse… ». Il s’incline face à cette preuve et me tend l’Imprimé 2042 daté 2009 en me disant « Voilà, vous pouvez remplir ça ». J’attrape, le sourire aux lèvres d’entrer enfin dans l’ère de la légalité. Puis je regarde. Et à part la mention “Nom Prénom”, j’admets immédiatement mon illetrisme. « Si vous voulez de l’aide, prenez un ticket là-bas » « D’accord. ». Évidemment, il me manque l’info essentielle, la somme de mes revenus. Chiffre récupéré dans l’après-midi. Le lendemain, je glisse ma déclaration dans la fente de la boîte aux lettre de mon Centre des Finances Publiques. Pensant l’affaire réglée. (là, je sais qu’il me reste encore 700 mots à taper et toi, à lire)

Trois mois s’écoulent sans aucune réponse de leur part. Nan, sérieusement, toujours rien le 5 mai. Y a un problème. Problème qui me taraude mais ne m’empêche pas de dilapider ma fortune sous forme liquide.

Quand soudain ENVELOPPE. Je suis pas super jouasse de payer 40% de pénalités parce que j’ignorai la loi, mais Peach me dit que c’est comme ça, alors même si ça me fait un peu mal au cœur de payer pour de l’ignorance, j’accepte. Cinq jours plus tard, au milieu de la nuit, je prends mon courage à deux mains, et je deviens un homme, un vrai.
Au bureau le lendemain je tue quelques arbres en imprimant les justificatifs m’indiquant que mon ordre de paiement a bien été enregistré, j’imprime une autorisation de prélèvement que je vais déposer à la banque. Et je pense que l’affaire est réglée. (#runningladygaga)

Le mardi suivant, je reçois une nouvelle lettre de la Direction Générale des Finances Publiques. Je me dis « ah bah tiens, sympa, pour une fois, ils accusent réception d’un truc que je leur envoie ! ». Sauf que non, c’est une lettre de rappel de mise en demeure de poursuite sur ma personne méritant des sanctions immédiates et encore plus de pénalités.

Wait... What ?!

Ok, SIMPA L’AMBIANS, on se calme. Surtout que l’envoi est daté… de la veille du jour où j’ai reçu le montant à payer et tous les numéros cabalistiques nécessaires à cette fin. Je sais que je suis cool, mais non, il n’y a pas marqué Marty McFly sur mon front. Je reprends mes esprits. Je tente d’appeler. Huit fois. En vain, ça sonne désespérément occupé. Alors je tente la voie électronique et puis je prends mon mal en patience et j’attends. À ce moment là, je ne crois plus en rien. Je me dis que je vais croupir en prison jusqu’à la fin de mes jours, que les impôts vont saisir mon Macbook Air, ma XBox 360 et mon vélo sans vitesse. Suicide. Mort.

Mais comme la façon de donner vient à point à qui ne regarde pas le bébé qui bout, j’obtiens satisfaction. Notez que j’ai pas été con, dans le mail susmentionné, je demandais, en plus de ma déclaration de bonne foi de ne pas voyager dans le temps, si j’allais avoir des problèmes pour 2010. Non parce que, si je peux éviter, ça serait sympa, tavu, toussa, l’énervement, le stress, j’ai déjà ça au bureau. François m’a donc gentiment informé que je n’aurais pas de déclaration pré-remplie non plus cette année et que je devais en remplir une moi-même à la main. Alors je suis allé sur impots.gouv.fr, j’ai téléchargé l’imprimé 2042 estampillé “Déclaration de Revenus 2010”, je l’ai remplie et je suis allé la glisser dans la fente. J’ai pas tweeté là-dessus. J’ai pas fait de photocopie. La seule preuve que j’ai, c’est que j’ai demandé à l’un des stagiaires par mail de l’imprimer le 25 mai. Et un mail au Boss de chez Vodkaster parce que j’avais égaré mon dernier bulletin de salaire de chez eux. Celui de décembre 2010. Celui avec la somme à reporter dans la case 1AJ, en page 3. Ça fait un bon faisceau de preuves je trouve.

C’est quand j’ai reçu dans deux enveloppes distinctes ma Taxe d’Habitation et ma Contribution à l’Audiovisuel Public que j’ai enfin eu le sentiment que la Direction Générale des Finances Publiques m’accueillait en son sein. Je me suis senti Français pour la première fois de ma vie. J’ai attendu 3 jours pour aller mettre mes petits chiffres dans l’application web des impôts. Et puis on m’a demandé d’imprimer pour chaque une autorisation de prélèvement. Alors j’ai analysé en détail, j’ai même fait des checksum sha256 (e483cf935c5061bc919a1f4ee0a32ae99b6582ad502f1446782f431282a5653f) des deux pdfs et je suis parvenu à la conclusion que soit les deux documents étaient identiques, soit j’avais trouvé une collision dans l’un des algorithmes de hashage les plus puissants du moment (probabilité de cette option en 2011 : quasi-nulle). Et puis j’ai comparé à celle que j’avais donné pour l’Impôt sur le Revenu : encore le même. Comme je me sentais pote avec la DGFiP, je lui ai envoyé un mail pour lui demander si c’était la peine que je tue encore quelques arbres ou si c’est juste qu’ils étaient à la ramasse niveau écologie, recyclage et traitement de l’information.

J’ai attendu, puis François m’a répondu “Coucou Ju, ah oui, faut le remplir et l’envoyer 2 fois le formulaire. PS : on a toujours pas reçu ton paiement pour 2009, on va être obligé de te poursuivre dans la rue !”

Wait... What ?!

Alors j’ai décroché et j’ai appelé François sur sa ligne directe (oui, j’ai sa ligne directe). Je lui ai dit « je peux faire quoi pour être dans le droit chemin de la légalité » « Bah, c’est pas possible, c’est trop tard maintenant »

Wait... What ?!

« Ok, François, tu te fous de ma gueule là ? » « Non, mais on peut se voir demain si tu veux. »

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Escapade fougueuse

Solène est assise à la fenêtre en train de fumer. Je suis allongé sur le canapé/futon déplié en train de regarder une n-ième rediffusion du marathon Lord Of The Ring sur TNT depuis bientôt neuf heures, dont trois au moins occupées par des publicité.
L’atmosphère est moite et je n’ose pas sortir mes pieds de sous la couette nue de peur de dégager une odeur trop rance.
J’interpelle Solène qui regarde dehors, les yeux dans le vide “Je m’ennuie, on fait l’amour ?”. Elle attend trois secondes d’éternité avant de tourner la tête vers moi et m’envoie me faire foutre avec toute la force de ses paupières closes. Elle passe carrément de l’autre côté du rebord, sur l’escalier de secours et fait coulisser la vitre vers le bas pour ne plus m’entendre déblatérer mes conneries.

Le premier mois avait été une réussite. Objectivement. J’avais endossé mon rôle préféré, celui de guide qui prétend connaître tous les endroits les plus cool, les gens les plus intéressants et les évènements les plus branchés. Elle avait endossé le rôle de la fille la moins chiante du monde, surjouant l’émerveillement à mon plus grand plaisir. Et puis il y avait l’euphorie du moment, l’impression de transgression de l’ordre du monde d’avoir tout quitté comme ça, fougueusement. On est jeune on s’en fout, on peut tout faire, le monde est à nous, t’inquiète pas, on va bien trouver. On avait même poussé le vice de l’optimisme jusqu’à ne réserver que trois nuits d’hôtel pour les premiers jours, persuadés qu’il suffisait de ça pour trouver un logement un peu convenable. La barre de la convenabilité étant tacitement placée bien bas. Après tout, c’était l’aventure, et si on trouvait mieux ensuite, suffisait de changer.
Et on avait trouvé. Un petit studio, à cinq blocs au nord du Park, 20 mètre carré, à peine, mais qui suffisaient largement. Et puis pas cher. Avec nos économies à tous les deux, on avait calculé qu’on pourrait y rester 6 mois.

La lettre du proprio sur la petite comode Ikéa est là pour rappeler que l’on doit notre cinquième mois de loyer, d’avance, comme convenu, avant la fin de la semaine. C’est l’instrument du choix. Le dilemme. Le pari de l’optimisme ou du pessimisme.
Parce que la somme sur le compte que nous avons en commun avec Solène, notre seule source de subsistance, équivaut à quelques dollars près au prix d’un billet retour pour Paris. Et la fin de l’histoire. Le calcul de 6 mois d’économie, c’était évidemment en oubliant la frénésie dépensière du premier mois. Et surtout, à aucun moment il n’était envisagé de devoir payer pour rentrer. Pas tout de suite. Quelle idée ! Mais à 117 jours du début de l’aventure, la question se posait finalement.

Au 29ème jour – Solène avait pris pour habitude de tenir un petit carnet dans lequel elle consignait tout un tas de détails autant insignifiants qu’essentiels – nous avions rencontré Ashley et Joe, un couple du Connecticut, dans un bar où se produisait un groupe de rock indé.
Lui travaillait dans la finance, elle mère d’une petite Philippa depuis quatre jours. Ils avaient l’air heureux. Elle de boire pour la première fois depuis neuf mois. Lui de la perspective de faire l’amour à nouveau. C’est lui qui me l’avait avoué alors que je l’accompagnais fumer sur le trottoir. En regardant passer les taxis, je l’écoutais me dire combien sa femme était bête, qu’elle lui avait interdit de la toucher dès le 6ème mois, de peur qu’il “n’abime” le bébé. Il avait envisagé de la tromper une fois mais n’avait pas eu la force de passer à l’acte. Il s’en voulait. Mais ne regrettait pas pour autant. “C’est la vie” qu’il avait dit en rentrant dans le bar.

“Viens, on va au cinéma”. Solène est réapparue et s’est postée entre moi et la pub Chevrolet criarde clâmant ses taux d’intérêt magiques. Elle presse l’interrupteur du téléviseur. Je demande ce qu’on va voir. “Un truc bien, j’en peux plus de regarder tes merdes.”
J’enfile un jean taché, un t-shirt propre. On sort. Je claque la porte. On a oublié les clés à l’intérieur. Je dis qu’on s’en fout, on demandera aux voisins plus tard. De toute manière ils sont pas là, ils bossent, eux, la journée.
Une fois sur le trottoir brûlant sous le soleil d’août, elle me demande dans quelle salle je veux aller. “Et ne me réponds pas ‘Je sais pas’ sinon je te casse la gueule”. Je hausse les épaule et je tire à pile ou face dans ma tête. “Lincoln Plaza, j’ai envie de marcher”.

Je ne sais plus quelle était la véritable cause de notre dispute du 43eme jour – Solène avait dessiné une tête de mort stylisée dans son carnet, surmontant mon nom et la mention “Sombre connard”. J’avais dû appeler Stéphanie en France pour qu’elle prévienne un de ses ex que nous n’avions encore jamais rencontré et qu’elle lui explique que je n’avais nulle part où dormir, juste pour une nuit.
Ian habitait un loft avec vue sur la rivière. Il était resté discret, m’avait juste questionné sur Stéphanie, si elle était heureuse, ces choses-là. “I don’t know, I haven’t seen her that much lately, not as we used to”.
Je l’avais remercié d’une bouteille de vin français puis j’avais marché jusqu’au studio. Frappé une fois. Solène m’avait ouvert. Silencieusement j’avais signifié “désolé”. Elle avait répliqué violemment “Allez rentre. Mais ferme ta gueule.” Je l’ai plaquée contre le mur, ma bouche contre la sienne. Elle s’est laissé faire.

Comme toujours quand je sors d’une séance de cinéma, je ne sais pas comment formuler mon appréciation d’un film. J’attends que l’autre lance une idée sur laquelle je pourrais rebondir. Elle ne semble pas disposée à le faire. Alors je propose qu’on aille se poser dans l’herbe du Park. Profiter des derniers rayons de soleil de la journée.
Tête-bêche, on regarde passer les avions obligés d’esquiver l’espace aérien de l’île dans leurs descentes finales vers leurs tarmacs de destination.
Je demande on fait quoi demain. Elle imite mon intonation de voix pour dire “Je sais pas”. Je lui dit “Pute”, elle me rétorque “Connard”, je demande “Tu m’aimes ?”, elle me répond “Ta gueule”.
Je dis “on s’en fout, on va le payer ce loyer”.

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