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Une nuit au Chateau

Il est possible que j’ai finalement eu 27 ans pendant les 22 minutes de mon trajet entre le cinéma des Halles où j’ai vu le Wes Anderson qui a ouvert Cannes et mon domicile du Onzième Arrondissement de Paris.
Le film m’a, me semble t’il, rappelé que je n’avais plus 13 ans. Juste après que Haneke, il y a deux jours, a porté à mon attention que, inévitablement, j’allais mourir. Le Festival de Cannes, c’est pas exactement l’endroit rêvé où aller voir des films si l’on a des tendances dépressives.

Je n’ai évidemment pas encore 27 ans. Cela n’arrivera que le 16 juillet prochain (en 2003, je vous aurais mis un lien vers ma wishlist Amazon et un fan m’aurait envoyé un CD de mon artiste préféré (il se trouve qu’en ce moment j’écoute Moderat en boucle en marchant d’un pas rythmé et décidé dans la rue)). C’est un âge que j’ai toujours considéré comme étant la limite nette où l’âge forcément adulte commence. Parce que c’est celui où l’on paie dans les musées, où les banques ne vous font plus d’avantages “jeunes” et où vous ne pouvez plus légalement obliger vos parents à pourvoir à vos besoins vitaux.

De Cannes, je retiendrais des moments fugitifs.
Ce moment, sous la pluie, un parapluie coincé dans le coude gauche, menaçant à tout moment de s’envoler dans la tempête, mon ardoise dans la main gauche sur laquelle j’implorai les passants de me fournir une invitation pour le Haneke, s’il vous plaît/please/por favor, dans la main droite, mon téléphone où, pour vivre plus intensément le moment et lui donner corps et profondeur, je décidais de tweeter mon état.
Ce moment, un autre jour vers 22h40, quelques minutes après avoir obtenu, après une bonne heure de recherche infructeuse, proche de l’abandon, une place pour Reality, par un hasard heureux, je me retrouve à monter les marches depuis le bout, en même temps que l’équipe de Laurence Anyways, aux côtés de Xavier Dolan, Melvil Poupaud, Nathalie Baye et une mannequin blonde de 1m80 que les photographes appelaient sans discontinuer “Anna ! Anna ! Anna !”.
Ce moment, tard dans la nuit, à la soirée Mk2 au Chateau du Cercle. La lumière est rose ou bleue, la musique est forte, je me tourne vers Hugo pour lui demander ce que c’est, il me répond “A New Error” tandis que je dépose un baiser sur la tempe de la coupe de champagne que l’on me tend. Je me sens bien, je danse.

Cannes, du moins pendant le Festival, qualifie complètement à l’appelation de “ville” que Londres, où j’ai passé quelques jours il y a quelques mois, avait échoué lamentablement à acquérir. Il s’agit moins d’urbanisme que d’une question de vie humaine fourmillante mais organisée et qui se rassemble, se pose, parcourt et échange dans un but qui n’est pas exclusivement celui de la consommation. Les gens sont peu dans les boutiques et s’ils s’achètent une glace au détour d’une rue, c’est moins comme un touriste dans les Tuileries un jour de vague chaleur que par pure nécessité de se nourrir après une nuit de 3h et deux films enchaînés de 2h39 pièce.
Il y a un peu de frime et de paillettes. Mais au final, beaucoup moins qu’on l’imagine si l’on s’éloigne un peu du Nikki Beach ou de la Plage du VIP Room.

Il y a surtout tant qu’on est là-bas la pression permanente de l’activité frénétique. Trouver des places pour les films, se lever tôt pour tenter la séance de 8h30 ou de 11h, trouver une, deux, trois invitations pour les soirées des films dans les Villas. Il y a ceux qui bossent et qui doivent courir après chaque séance écrire un papier, rendre une interview, monter un sujet ou voir un client. Et puis une fois place, invit et rendez-vous obtenu, recommencer, recommencer, courir, tout le temps. L’épuisement que l’on ne sent pas, caché par la tension permanente.

Puis rentrer chez soi, le mardi, dans la torpeur d’un Paris abandonné l’espace d’une semaine : tout le monde est à la Villa Inrocks, tant est si bien que c’est là-bas que siège le Conseil Général d’île de France une journée durant.
Le vide s’est subitement imposé à moi. Alors j’ai été voir le Wes Anderson. Puis j’ai vieilli de cinq ans d’un coup.

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