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11 Septembre

Elle me disait l’autre fois que j’étais obnubilé par le 11 septembre.
Je ne sais même pas si il faut mettre une majuscule à “septembre” dans ce cas. Normalement, on n’en met pas, en français, aux intitulés des mois, mais là, ne s’agit-il pas d’un Nom Propre et à ce titre, n’en mérite-t-il pas une ? On ne peut d’ailleurs pas en mettre à “11” et c’est fort dommage.

Le 11 Septembre donc. J’ai eu deux réflexions sur le sujet à partir de l’instant où elle m’a fait prendre conscience que j’en parlais beaucoup plus que de raison, en soirée, lorsque nous ne sommes que tous les deux, lorsque je suis tout seul, lorsque je regarde un film (américain, forcément, ou non) etc.

La première concerne la brisure de l’éternalité du monde qui m’entoure.

Pour qui a grandi dans les années précédant l’évènement, les Tours Jumelles étaient un symbole emblématique de la ville de New York. Toutes les cartes postales les représentaient, tous les films avaient un stock shot en hélicoptère autour, les amis qui s’étaient rendu dans la Grosse Pomme étaient, sinon montés pour admirer la vue depuis le Nème étage de la tour nº2, au moins allés prendre quelques photos à la perspective distordue depuis le parc en contrebas. Ce n’était évidemment pas le seul monument de la ville, mais il trônait là comme une évidence que personne n’aurait songé à mettre en doute. Pas qu’il soit facile de mettre en doute l’existence de deux fois 450m de verre et d’acier. Il fallait au moins pirater deux avions pour ça.
On envisage toujours que la Ville (la notre, New York, Londres ou Singapour) puisse changer mais ce changement s’opère de manière incrémentale et surtout infiniment lente, à un rythme tellement imperceptible qu’il est impossible de se rendre compte que quelquechose a changé. Ce n’est que lorsque, rassemblés avec des vieux amis, on cède aux discussions faciles de la nostalgie que naissent les différences entre nos souvenirs et la réalité qui a changé sans nous consulter. Parfois, on ne sait même pas que “ça a changé” et c’est un voisin de table qui nous interromps pour nous apprendre la “nouvelle” (après 4 ou 5 ans, elle n’est plus très “nouvelle” cependant).

Pour ceux qui l’ignorent, le centre de Paris est actuellement en plein travaux de “La Canopée”, le nouveau projet qui remplace l’ancien Forum des Halles. Est-ce que la destruction de l’ancien Forum et de ses arches des années 1970 et le champs de débris qui le remplace temporairement est un évènement comparable à la chute des tours ?
Les deux partagent la même ampleur de destruction (bien que pas dans la même direction spatiale, le Forum et ses jardins dans l’Horizontalité, les Tours dans la Verticalité), et, à un faible facteur près, la même vitesse pour passer de l’état “construit” à l’état “détruit”. Les deux étaient également des sites emblématiques. Les deux ont eu leur concours architectural destiné à choisir ce qui les remplaceraient. Etc.
La différence majeure et essentielle étant que, le parisien a eu le temps de faire le deuil de la superstructure AVANT que celle-ci ne soit détruite. Elle était toujours là que l’oeil informé voyait déjà la Canopée verte et organique choisie par le comité de modernisation. La destruction n’est plus l’évènement qu’était la destruction des Tours, mais simplement un état transitoire d’évolution de l’avant vers l’après. Même si ce changement est d’apparence exceptionnel, il ne choque pas le parisien et ne crée pas de brisure dans l’éternalité apparente du monde qui l’entoure.
Et pour le voyageur qui n’aurait pas été mis au courant, que pense-t-il de ce champs de ruine transitoire ? Ne risque-t-il pas d’y voir, par mégarde, le résultat de quelque cataclysme inconnu ? Absolument pas, car un millier de panneaux explicatifs colorés et festifs sont là pour rappeler que tout cela est tout à fait normal, prévu et contrôlé.

La seconde est l’incursion de la fiction dans le monde réel.

Il y a peu de films à grand spectacle où l’on ne détruise pas, au moins partiellement, une des grandes villes de notre planète. Dans Independance Day on flinguait la Maison Blanche, dans GI Joe on pétait la Tour Eiffel, Doctor Who ne se gêne pas pour dézinguer Big Ben, les Avengers rasent une bonne partie de New York et c’est sans parler de Deep Impact ou 2012 où rien ni personne n’est épargné. Et ça ne choque personne réellement, ce déferlement de violence à l’encontre de tout notre patrimoine architectural et des gens qui y vivent.
Quand les gens racontent où ils étaient le 11 septembre 2001, il y a toujours quelqu’un dans l’assemblée qui était à ce moment là au rayon “télévisions” de la FNAC et qui a cru, pendant de longues minutes qu’il s’agissait de la bande annonce du prochain Michael Bay. Et cette personne nous décrit l’excitation ressentie devant cette bande annonce extraordinaire.
Puis l’effroi lorsque le film s’avère en fait être la réalité.
Les gens qui sautent du 71e étage ne sont plus des pixels humanoïdes incrustés par ordinateur, ils prennent chair. On se repasse en esprit les courts plans en intérieur de Transformers quand le GrandMéchantRobot traverse les tours de bureaux de Chicago et ses employés paniqués. Là, il ne s’agit plus de jouer la comédie devant un fond vert, il faut sauver sa peau.

Et si, soudainement, le monde dans lequel nous vivions et qui nous semblait insondablement ennuyeux était en fait aussi périlleux et instable qu’il l’est dans les films ? Si l’on peut détruire les Tours dans la vraie vie, cela ne veut-il pas également dire que les fusillades de Scarface peuvent se produire aussi (edit : tiens pile au moment où je poste y a une fusillade métro Belleville) ? Que des milliardaires fanatiques construisent des sous-marins munis d’armes nucléaires ?
Et surtout, si dans la vraie vie il n’y a pas de James Bond ou Jason Bourne pour déjouer ces attentats, qui sera là pour nous sauver des périls mentionnés au-dessus ?

Alors on cède à la peur. Et si Chuck Norris n’est pas là pour nous aider, alors on fera le boulot nous-même, en obligeant tout le monde à mettre ses liquides dans des ziplocks de 125 mL avant d’embarquer dans un quelconque avion.

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