29
Mar 10

Étrange Séance (contrechamp)

Elle : [Note : les textes intitulés "contrechamp" ne sont pas écris par moi]

L’illusion se dissipe. On dirait bien que le jeu s’essouffle. Je fais cela depuis si longtemps, aucun homme n’a jamais été capable de tenir la distance. Je savais que ça ne durerait pas indéfiniment. Je suis trop exigeante et je ne suis pas fair-play. Les règles changent constamment, c’est à celui qui cachera le plus d’as dans sa manche. J’espère juste qu’il tiendra plus longtemps que les autres.

Il me semble que cela fait une bonne heure que je suis plongée dans mes pensées. J’ai l’impression de me réveiller à l’instant où je reprend conscience que je suis entrain de conduire. Mes mains sont toujours fixées au volant, parfaitement à l’horizontale. Les voitures, la route, tout est là et il pleut toujours. J’augmente le volume de l’auto-radio. C’est le même album qui tourne depuis trois heures. Ce n’est pas grave, j’aime bien cette album, surtout la piste 7. Sur le siège passager, mon téléphone. Pas de message. J’attrape une cigarette en guise de lot de consolation.

Je veux tellement, on m’offre trop peu. Il m’intrigue toujours, il sait retarder l’échéance. J’ai cru qu’après le premier contact physique mon personnage perdrait de son éclat. Il est facile de jouer, mentir, tricher. Il l’est beaucoup moins de contrôler ses faits et gestes en permanence. Je ne suis pas capable d’être une autre, autrement que par l’écriture.

Nous avons passé deux soirées ensemble la première fois que je suis venue à Paris. La première ne mérite pas qu’on en enjolive le souvenir, la seconde en revanche est pour moi pleine de promesses.

La soirée débute dans un bar, un irish pub peut être. Nous sommes quatre. Il y a Sébastien, Victor, Lui et moi. Nous sommes là depuis déjà une heure, Sébastien et Victor jouent leur deuxième partie de billard, Victor affiche son ostensible virilité de mâle dominant tandis que Sébastien mise plutôt sur la technique pour remporter la partie.
Lui et moi les regardons, amusés. Il y avait encore cette distance entre nous qui n’a pas eu le temps de s’effacer avec la soirée de la veille. Nous sommes encore deux inconnus qui s’apprennent. À chacun de mes gestes, je guette la moinde réaction de sa part afin de détecter quelles mimiques pourraient me servir pour le séduire et lesquelles sont à proscrire. La présence des autres m’empêche tout rapprochement stratégique aussi je me contente d’observer les changements d’expressions sur son visage. Passant de l’adoration, puis à l’indifférence, puis au rire. Et ses mains qui appuient ses mots lorsqu’il me parle, son regard fuyant lorsque j’ose des sous-entendus et sa bouche que j’imagine exquise. J’écoute sa voix plus que ce qu’il me dit. Je suis fascinée par ses intonations et sa façon de prononcer les mots. Il y a quelque chose d’à la fois nasillard et précieux dans sa voix, quelque chose de soutenu.

Victor nous interrompt, décide que nous devons aller voir un film, quelque part. Sébastien est aussi de cet avis. Nous sortons dans la rue. Nous suivons Victor et Sébastien loin devant, qui ne font déjà plus attention à nous. Julien et moi marchons lentement. Je tiens son bras serré contre ma poitrine. il fait froid.
Je ne me rappelle pas de ce que nous nous sommes dit pendant le trajet qui nous menait au cinéma, mais je me souviens que j’était heureuse.

Au cinéma, je m’assois entre lui et Sébastien. Le film n’est pas bon. Un thriller japonais dont la majeure partie est constituée de scènes vides et sans intérêt, terminé par quinze minutes de torture barbare en guise d’apothéose.
À la première projection de sang j’agrippe son bras. De peur, d’envie ou d’impatience. Je me serre contre lui, la main sur le visage pour ne pas voir la suite. Je sens son odeur et son épaule contre ma joue. J’imagine son cou palpiter, juste là, à quelques centimètres de ma bouche. Je ferme les yeux. J’essaie d’occulter le film, les gens autour nous, la salle de cinéma, la ville entière. Je me concentre sur son odeur et sa main qui glisse dans mes cheveux, descendant parfois sur ma nuque, qui déclenche une vague de frissons le long de mon dos. Je n’ai pas vraiment peur du film, je veux juste rester contre lui. J’ai mis ma main dans la sienne et j’enfouie ma tête dans son cou. J’ai collé mes lèvres sur sa peau, je voudrais qu’il m’embrasse mais la lumière s’est rallumée dans la salle. Le film est fini.

Nous nous sommes quittés à la sortie du cinéma. Le lendemain je suis rentrée chez moi par le premier train.

28
Mar 10

Heure d’été

Il est 5h35. Demain, je ne pourrais pas dire si le changement d’heure m’aura fait dormir une heure de plus ou de moins puisque je ne dors pas du tout à cette heure-ci.

Dehors, les oiseaux chantent dans les arbres du Boulevard Richard Lenoir, leurs piaillements résonnent jusque dans ma cour intérieure.
Je n’arrive pas à dormir. Insupportable insomnie. Les mots de Biolay continuent d’emplir mon esprit. Mais ils ne sont plus seuls. Les mots de ses messages à Elle également. Je fais une pause, je les relis, j’essaie d’y déceler le mensonge, il s’y trouve forcément, comme dans les miens. Mais je n’y arrive pas, elle est beaucoup trop convaincante. J’y crois. Et puis il y a ces mots stupides d’une chanson de Sylvie Vartan chantée par Géraldine Nakache et Leïla Bekhti.

Les mélodies s’entrechoquent, mon cerveau chante les trois dans le désordre aléatoirement, par bribe, je crois devenir fou.

Ce soir à la soirée à laquelle je me trouvais, une jeune fille de 15 ans tentait de monopoliser l’attention sur elle. Elle m’a fait penser aux héroïnes du film vu plus tôt dans la journée, Tout Ce Qui Brille.

Le film est mauvais. Scénaristiquement pauvre, cinématographiquement sans aucun intérêt. Mais il a cette qualité d’être un portrait finalement fidèle et drôle de la Parisienne de base. Celle qui aime les chaussures de créateurs mais qui ne peut pas se les payer. Celle qui me demande si, dans mes soirées où je rencontre des blogueurs et des gens de Twitter, j’ai déjà croisé Betty, la parfaite Betty à frange et son fond de teint naturel du Blog De Betty. (la réponse est non)

La petite m’a aussi rappelé cette autre que j’ai brièvement aimé à Megève cet hiver. Mais là où l’autre était faiblesse, celle-ci n’était que bêtise.

J’aimerai éteindre le robinet de pensées qui m’innonde intérieurement, juste quelques heures. Dormir, me reposer, ne plus penser à aucune de ces filles imaginaires, réelles ou intangibles que je n’aurai jamais.

25
Mar 10

Ailleurs (contrechamp)

Elle :

Ce soir je suis une autre. Ce soir je ne suis plus. J’essaye d’oublier tout ce que je ne cesse de répéter par bribes depuis des jours, des semaines, des mois. Ma vie, mes angoisses, mes doutes. Toutes ces choses qui caractérisent le sexe faible et qui le rendent si compliqué. Je lui explique la situation, ma fenêtre Gtalk se transforme en monologue. Il ne répond pas. Je ne veux pas qu’il réponde, je redoute qu’il le fasse pour me donner un conseil, une solution dont je ne veux pas entendre parler. Il ne comprend pas toujours ce que je veux, mais il fait de son mieux. Après tout, je n’ai aucune espèce d’autorité sur ses actes, aucune légitimité.

Il est ailleurs. Il a trouvé un autre détail sur lequel s’attarder. C’est un contemplatif du microcosme du banal. Chaque infinité devient un prétexte à l’extase verbale. Il aime les mots plus que moi, il aime le détail plus que les mots. Je ne suis plus un détail à présent, il n’a aucune raison de s’attarder sur moi.

Je suis seule dans ma chambre, je suis seule tout le temps. Mon iPod me hurle aux oreilles, il me crit “Now I wanna be your dog, now I wanna be your dog … so come on ! “. Ce n’est pas ça dont j’ai besoin. Je n’ai jamais su ce que je voulais. Je ne fais que supposer mes envies, advienne que pourra.

J’ai envie de lui. J’ai envie de sa bouche. Cette phrase tourne dans ma tête jusqu’à recouvrir la voix chevrotante de Dylan. “It ain’t me babe … it ain’t me you’re looking for, babe”. J’ai envie de ses mots mais il n’écrit pas. Il avait promis de m’écrire, d’écrire pour moi. Il est si facile de subjuguer un homme dans les premiers instants. Tout est une question de mystère bien jaugé. Il ne faut pas avoir les mêmes envies que les autres, il faut désirer autre chose de l’homme. Autre chose que le charnel, autre chose que l’amour. Il faut aimer le mensonge.

Je veux l’inspirer, je veux qu’il m’aime dans le mensonge, je veux qu’il écrive cet amour et je veux me dissoudre dans l’image qu’il se fait de moi. Je crois que j’ai perdu ses mots lorsque je l’ai vu pour la première fois. Timide et maladroit. Imparfaitement parfait. Presque écrivain, écrivain raté, écrivain de génie. Je n’ai pas su être une autre, j’ai mal jaugé le mystère. Il m’a aimé moi, Roxanne. Il a oublié de me mentir.

Je veux que les mots reviennent, j’ai envie de sa bouche. Ce soir je ne suis plus Roxanne, ce soir je veux être un détail.

25
Mar 10

style numéro de passeport

Dans mes enceintes, de part et d’autre de mon corps allongé sur le canapé orange, Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal s’échangent des post-its sur la surface immaculée, puis de moins en moins, d’un réfrigérateur. Le glissement de la passion vers la routine, vers la colère est imperceptible. On finirait en larmes à moins.

Dans ma fenêtre GTalk, Elle me raconte ses soucis. Je ne la rassure pas, je l’écoute, silencieux.
J’aimerai écrire plus court, plus souvent. J’avais promis d’écrire pour Elle. Mais les détails m’intéressent de trop, et elle trop peu.

05
Feb 10

La vraie

La vraie question que tout le monde se pose c’est… Non en fait, personne ne se pose vraiment de question, tout ce qu’on attend avec impatience c’est de savoir si on a gagné à l’Euromillions et si on va être obligé de se lever lundi matin pour aller bosser.

C’est vrai quoi, c’est tout ce qui compte, pouvoir se lever un petit peu plus tard que d’habitude, attendre que la fille de vos rêves (mais néanmoins hautement vénale) vous passe un coup de fil « Ah ouais, ça te dirait qu’on aille boire un verre et qu’on se marie ? » et ensuite partir faire du shopping, d’abord d’un jet privé, puis ensuite l’utiliser pour aller acheter des trucs futiles à New York et à Tokyo dans la même journée.

Prendre l’avion en permanence, comme George Clooney dans Up In The Air mais en couple.

D’ailleurs, il y a fort à parier que vous n’avez pas aimé Up In The Air, étouffé par le cynisme du personnage principal (dont je ne me rappelle plus le nom mais ça n’a pas grande importance, il est George Clooney). Je crois qu’on ne peut apprécier ce film que si l’on aime prendre l’avion, passer du temps dans les terminaux aéroportuaires et que l’on aime faire tout un tas de choses seuls. Comme aller au cinéma un samedi soir alors qu’autour de vous l’entièreté de la population frangée de la capitale est en chemin vers un bar branché et, plus tard, de retour des dits bars, complètement émêchée.
On m’a dit aussi que c’était un film réac alors que justement, je l’ai trouvé étonament libéral (ou alors liberal is the new reac ?). Évidemment que les personnages autour de Clooney sont de sales moralisateurs, mais vous êtes pour la plupart exactement comme eux, si l’un de vos amis (au hasard, moi) décidait de se comporter comme si rien dans la vie ne lui importait, vous seriez les premiers à lui dire qu’il se comporte comme un sale adolescent en pleine crise et à ajouter qu’il serait peut-être un peu plus adulte de se comporter de manière raisonable où l’on ne blesse pas les gens. Enfin, ça ce serait si vous étiez une fille. Un peu comme l’acolyte de Clooney, celle qui joue une fille de 16 ans un peu niaise dans Twilight. Pas la copine de Clooney, elle c’est celle qui vous fait croire qu’elle veut se marier avec vous, qu’elle vous comprend et à la fin elle vous backstab (mais en vrai, vous en êtes toujours amoureux, quoi que vous puissiez dire à tout le monde, “fake it ’til you make it” comme dirait Charlotte (les gens retrouvent leurs pseudos dans ce post)).
À la fin, le message qui m’est pavenu, à moi, c’est que s’il n’y a finalement qu’une seule personne qui puisse faire les bons choix pour soi, c’est bien soi-même. Que les conseils c’est cool, on peut les écouter, mais que chacun fait son choix et qu’il n’y a pas de jugement de valeur, que ce soit d’être seul dans les airs, être carriériste assumée, marié dans la routine, ou marié dans le mensonge. Et d’assumer les choix qu’on fait. Les malheurs n’arrivent que lorsqu’on cesse de les assumer, lorsqu’on croit que le couple est l’avenir, , qu’il est bon d’abandonner une opportunité professionelle pour un garçon ou que la routine est soudain une mauvaise chose.

Dans tous les cas Up In The Air vient s’ajouter à cette liste de films que je suis plus ou moins le seul à aimer (parfois Peach partage mes goûts, mais sur celui-là c’est un échec, je suis seul contre tous) au rang desquels on trouve entre autres Clones, 2012 et Mr Nobody (n’allez pas le voir si vous n’aimez pas K. Dick, vous allez détester).

En attendant, je vais continuer ma relation n’importe-quoi avec cette jeune fille dont je vais taire le nom, continuer d’accepter toutes les demandes en mariage que je recevrais sur mon twitter et mon formspring et surtout, je vais aller voir Brothers pour passer le temps d’ici l’annonce des résultats de l’Euromillions.


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