22
Nov 11

Héritage ?

J’ai un problème récurrent de conception et je ne suis pas sûr d’avoir le vocabulaire technique pour l’exprimer, et donc pour rechercher exactement une solution sur l’internet mondial. Parce que, forcément, quelqu’un a déjà élaboré une solution sympathique pour résoudre ce problème. Problème qui est le suivant :

Je possède une collection d’objet de types différents (des Artiste, des Albums, des Livres, des Utilisateurs etc…) stockés chacun dans sa proble table de données comme il est coutume de faire.
À chacune des instances de ces objets, (Britney Spears, Stade 2, The Baroque Cycle, toto01 etc…) je veux pouvoir associer une série de commentaires  dont le format ne dépend pas de l’objet auquel il est attribué : je souhaite stocker qui a commenté, le texte de son commentaire et la date du commentaire. Et évidemment l’association.

Comme ça, c’est simple. Pour faire ça, il y a mille manières. J’en voudrais une qui soit efficace et maligne et qui réponde aux contraintes suivantes :
- Je voudrais pouvoir récupérer les n derniers commentaires, des p types tous confondus, et pour chacun toutes les infos de l’objet associé en  un nombre de requêtes ne dépendant de n qu’au plus en o(log n), et ne dépendant pas de p.
- Je voudrais pouvoir récupérer les derniers commentaires d’un objet précis en o(1) requête.
- Pareillement pour les derniers commentaires sur un type (max o(1) requête)
- Je ne souhaite pas dupliquer mes commentaires.
- En Mysql. (hahaha)

Voilà, si quelqu’un a une réponse à cette question qui me chagrine, je la prends aisément. En attendant, je vais continuer avec mes bricolages, mes UNIONs de la mort et mes duplications de commentaires.

08
Nov 11

Conscience

J’ai repris conscience du monde qui m’entoure vendredi à 8h37 quand, pour la première fois depuis des mois, probablement avant même le dernier post en date de ce blog (ça faisait tellement longtemps que je n’étais pas venu ici que j’avais oublié lequel de mes mots de passe habituels j’avais utilisé), je me suis emparé d’un 20Minutes à l’entrée du métro La Fourche.

Il y avait un article sur des intégristes catholiques protestant contre une pièce de théâtre blasphématoire. C’était quelques jours après l’incendie de Charlie Hebdo, du coup on leur demandait, à ces braves catholiques venus prier devant le théâtre après le travail et jusque tard dans la nuit (23h), ce qu’ils pensaient des caricatures de Mahomet. Dans une volonté de dramatiser l’information, c’est un jeune homme radical qui est cité et déclare que l’Islam, c’est pas son problème, lui, il est catholique et français et c’est tout ce qui l’intéresse.
Alors évidemment, et heureusement, ces gens ne représentent qu’une tout petite partie de la population, et c’est dommage qu’ils fassent tant de bruit (que ce soit en priant ou en mettant le feu) mais surtout c’est leur existence même qui m’interpelle. À quel moment, en 2011, en France, on devient intégriste religieux ? Les gens vont plus à l’école ? Que l’on croit en un être supérieur, qu’il inspire, qu’il soit un guide moral, je veux bien. Mais depuis 2000 ans maintenant, il me semble qu’on a suffisament interprété les textes sacrés pour ne plus avoir à expliquer à personne qu’il ne faut pas les prendre au pied de la lettre. Surtout qu’appliquer un texte rédigé il y a quelques millénaires aujourd’hui pose un léger problème de contexte et de temporalité.
Puis j’ai vu un sondage qui soulignait que 15% des Français étaient complètement convaincus par l’existence du mentalisme.

Et puis il y avait la Grèce, la fin de l’univers économique connu, la chute, la crise, on va tous mourir si on sauve pas la Grèce. Alors on occupe Wall Street pour que Sarkozy ne paie pas sa nuit au Martinez au prix du salaire annuel d’un développeur avec deux ans d’expérience. Et ça marche puisqu’il freeze son salaire. Et c’est ça qui est important. Et les mauvaises langues font des vannes comme quoi il a augmenté son salaire de 70% juste avant de le baisser. Parce que c’est ça qui compte. C’est de faire un bon mot et de le voir liké 18 fois et d’atteindre les 29 retweets. Pour changer le monde.

Ce matin, je me suis réveillé avec cette question en boucle dans ma tête, à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante :
Imaginons que vous me fassiez vraiment confiance. Et que je me tienne à côté de ce qui est manifestement un arbre tout ce qu’il y a de plus classique. Et que je déclare, fermement et avec aplomb que ce n’est pas un arbre. Que penseriez-vous ?

Une des justification du métier de trader (au-delà du biais de réussite qui convainc les amateurs de mentalisme que c’est parce qu’ils sont très bons en probabilité que les traders gagnent autant d’argent) c’est qu’ils servent à réguler le marché. Quand c’est trop cher d’un côté, bam, on achète de l’autre, on revend et la différence va dans la poche du trader. Ça marche aussi dans l’autre sens en jouant sur la temporalité des échanges (vas-y, shorte moi). J’avais commencé une traduction d’un passage du Baroque Cycle de Stephenson où Eliza expliquait le fonctionnement de tout ça à la cour de Louis XIV. Je ne l’ai jamais terminée, mais tout ça pour dire que s’amuser avec les inégalités du marché, on fait ça depuis longtemps.
Mais alors, quelle est la légitimité du trader à s’enrichir sur le dos des hoquètements d’un Marché supposé parfait pour le reste du commun des mortels participant à l’économie ?
Une blague d’économiste connue met en scène deux économistes, l’un qui croit à la perfection du Marché, l’autre qui n’y croit pas. Ils se promènent dans la rue et tombent sur un billet de 50€. Le non-croyant dit “oh, un billet de 50€”, l’autre lui répond “c’est impossible, si il y en avait un, quelqu’un l’aurait déjà ramassé”. Le non-croyant le ramasse alors et le fourre dans son porte-feuille. Le croyant pointe le sol du doigt : “tu vois, il n’y a rien”.
Au-delà d’illustrer la possibilité d’être divergent sur l’existence ou non d’un Marché parfait, posons la question la plus prosaïque possible en rapport avec cette anecdote : De quel droit le mec s’empare des 50€ pour les mettre dans son portefeuille ?!. Je ne sais pas où, dans la vraie vie, il faudrait rapporter les billets que l’on trouve dans la rue. À la police, à la Banque de France, au Trésor Public, à la Caisse des Dépôts ? En tout cas, à un organe neutre qui les dissoudra dans la piscine globale de l’échange monétaire. Le mec qui a perdu son billet, bah, ok, c’est pas de chance, il avait qu’à faire attention. Mais au moins, personne n’en profite. Ou plus exactement, tout le monde en profite.

Et là, je viens de me rendre compte que je suis pour taxer les échanges financiers et nationaliser les banques d’investissement. Tu m’aurais dit ça y a une heure, j’aurais dit “euh, mais trop pas”.
Maintenant, je vais aller lire des arguments contre.

Je reviens.

23
Jun 11

Direction Générale des Finances Publiques

Les impôts ne m’aiment pas. Non, vraiment, je pense même qu’ils m’en veulent.
Ma collègue dit que les impôts ont tout pouvoir et qu’on est à leur merci. Faut pas déconner non plus.
Moi, j’aime bien les impôts à la base, c’est cool les impôts, ça permet de subventionner le métro. Et moi j’aime le métro.

Je suis salarié depuis août 2008. J’étais payé une somme raisonnable mais qui, accumulée, ne me permettait pas d’atteindre le plafond imposable, mais juste suffisament pour ne pas avoir droit à une prime à l’emploi. En même temps, j’en avais pas besoin, donc je ne me suis pas plains, je suis plutôt de gauche comme garçon, c’est vrai quoi, donnons les primes à ceux qui ont du mal à vivre.

En 2009, donc, je n’attendais pas de Déclaration de Revenus pré-remplie. Surtout que j’habitais chez mes parents.

En 2009, j’ai commencé à être augmenté et à gagner des sommes plutôt sympathiques. Puis, en octobre, mes finances me le permettant enfin, j’ai déménagé, fait les démarches nécessaires et ait continué ma vie. Mais en septembre, déjà, quand sur Twitter les gens se mettent à en parler, je m’inquiète. Puis j’oublie. Nan, mais vraiment. Je suis en plein déménagement, on vient de lancer la nouvelle version du site, je suis sous l’eau, je n’y pense plus.

Jusqu’au 26 mai 2010. Là, je commence à m’inquiéter un peu, sincèrement, moi, je veux les payer mes impôts ! Je veux être en règle et subventionner les routes bretonnes, la Politique Agricole Commune et le nucléaire français ! Alors je raconte mon histoire autour de moi et les gens me disent des choses un peu contradictoire, mais à plusieurs reprise j’entends cette explication rassurante « Nan mais en fait, 2008 ça compte pas parce que t’as pas travaillé l’année entière et on paie rien la première année, donc c’est bon, c’est normal que tu n’aies rien reçu. Ça commencera que l’année prochaine. » J’aurais pu aller voir mon centre des impôts du 11e arrondissement pour leur demander, mais on venait juste de terminer Cannes Inside, on repartait sur de nouveaux projets, j’ai oublié. Et puis je savais pas qu’on pouvait communiquer avec eux par email. Sinon, tu penses bien, je l’aurais fait.

Le 26 janvier 2011, tout fringuant et pimpant (on est mercredi, j’aime bien le mercredi, et puis la veille au soir, j’étais sorti avec Kwyxz et Pipo boire un verre), j’ai ouvert ma boîte aux lettre et j’ai reçu UNE LETTRE RECOMMANDÉE. Alors je suis allé à La Poste la chercher. Puis je l’ai ouverte. Et elle avait l’air un tout petit peu menaçante. Du genre « euh, steuplé Julien, tu dois déclarer tes revenus 2009 MAINTENANT sinon on te poursuit.» J’ai un tout petit peu peur, alors j’envoie un sms à mon boss pour lui dire que je vais être un peu en retard, et je vais Rue Godefroy Cavaignac (je crois que ça s’écrit comme ça).
Le mec à l’accueil est pas exactement accueillant. Je ne sais pas exactement pourquoi je suis là, lui peut pas le deviner, en plus j’ai une lettre recommandée de mise-en-demeure alors il pense, et je le comprends, que je suis un ennemi de la République. Pour se rassurer, il tâte le sabre laser dans sa poche arrière puis finalement quand je déclare “je voudrais être en règle”, il s’apaise et me demande mon nom et mon adresse. Que je lui donne bien volontiers. Il me dit « Vous n’habitez pas là, vous êtes sûr d’habiter là ? ». Je reste incrédule pendant une bonne seconde devant cette affirmation. « Oui, ça fait un peu plus d’un an maintenant. Et puis, vous m’avez envoyé une lettre recommandée à cette adresse… ». Il s’incline face à cette preuve et me tend l’Imprimé 2042 daté 2009 en me disant « Voilà, vous pouvez remplir ça ». J’attrape, le sourire aux lèvres d’entrer enfin dans l’ère de la légalité. Puis je regarde. Et à part la mention “Nom Prénom”, j’admets immédiatement mon illetrisme. « Si vous voulez de l’aide, prenez un ticket là-bas » « D’accord. ». Évidemment, il me manque l’info essentielle, la somme de mes revenus. Chiffre récupéré dans l’après-midi. Le lendemain, je glisse ma déclaration dans la fente de la boîte aux lettre de mon Centre des Finances Publiques. Pensant l’affaire réglée. (là, je sais qu’il me reste encore 700 mots à taper et toi, à lire)

Trois mois s’écoulent sans aucune réponse de leur part. Nan, sérieusement, toujours rien le 5 mai. Y a un problème. Problème qui me taraude mais ne m’empêche pas de dilapider ma fortune sous forme liquide.

Quand soudain ENVELOPPE. Je suis pas super jouasse de payer 40% de pénalités parce que j’ignorai la loi, mais Peach me dit que c’est comme ça, alors même si ça me fait un peu mal au cœur de payer pour de l’ignorance, j’accepte. Cinq jours plus tard, au milieu de la nuit, je prends mon courage à deux mains, et je deviens un homme, un vrai.
Au bureau le lendemain je tue quelques arbres en imprimant les justificatifs m’indiquant que mon ordre de paiement a bien été enregistré, j’imprime une autorisation de prélèvement que je vais déposer à la banque. Et je pense que l’affaire est réglée. (#runningladygaga)

Le mardi suivant, je reçois une nouvelle lettre de la Direction Générale des Finances Publiques. Je me dis « ah bah tiens, sympa, pour une fois, ils accusent réception d’un truc que je leur envoie ! ». Sauf que non, c’est une lettre de rappel de mise en demeure de poursuite sur ma personne méritant des sanctions immédiates et encore plus de pénalités.

Wait... What ?!

Ok, SIMPA L’AMBIANS, on se calme. Surtout que l’envoi est daté… de la veille du jour où j’ai reçu le montant à payer et tous les numéros cabalistiques nécessaires à cette fin. Je sais que je suis cool, mais non, il n’y a pas marqué Marty McFly sur mon front. Je reprends mes esprits. Je tente d’appeler. Huit fois. En vain, ça sonne désespérément occupé. Alors je tente la voie électronique et puis je prends mon mal en patience et j’attends. À ce moment là, je ne crois plus en rien. Je me dis que je vais croupir en prison jusqu’à la fin de mes jours, que les impôts vont saisir mon Macbook Air, ma XBox 360 et mon vélo sans vitesse. Suicide. Mort.

Mais comme la façon de donner vient à point à qui ne regarde pas le bébé qui bout, j’obtiens satisfaction. Notez que j’ai pas été con, dans le mail susmentionné, je demandais, en plus de ma déclaration de bonne foi de ne pas voyager dans le temps, si j’allais avoir des problèmes pour 2010. Non parce que, si je peux éviter, ça serait sympa, tavu, toussa, l’énervement, le stress, j’ai déjà ça au bureau. François m’a donc gentiment informé que je n’aurais pas de déclaration pré-remplie non plus cette année et que je devais en remplir une moi-même à la main. Alors je suis allé sur impots.gouv.fr, j’ai téléchargé l’imprimé 2042 estampillé “Déclaration de Revenus 2010″, je l’ai remplie et je suis allé la glisser dans la fente. J’ai pas tweeté là-dessus. J’ai pas fait de photocopie. La seule preuve que j’ai, c’est que j’ai demandé à l’un des stagiaires par mail de l’imprimer le 25 mai. Et un mail au Boss de chez Vodkaster parce que j’avais égaré mon dernier bulletin de salaire de chez eux. Celui de décembre 2010. Celui avec la somme à reporter dans la case 1AJ, en page 3. Ça fait un bon faisceau de preuves je trouve.

C’est quand j’ai reçu dans deux enveloppes distinctes ma Taxe d’Habitation et ma Contribution à l’Audiovisuel Public que j’ai enfin eu le sentiment que la Direction Générale des Finances Publiques m’accueillait en son sein. Je me suis senti Français pour la première fois de ma vie. J’ai attendu 3 jours pour aller mettre mes petits chiffres dans l’application web des impôts. Et puis on m’a demandé d’imprimer pour chaque une autorisation de prélèvement. Alors j’ai analysé en détail, j’ai même fait des checksum sha256 (e483cf935c5061bc919a1f4ee0a32ae99b6582ad502f1446782f431282a5653f) des deux pdfs et je suis parvenu à la conclusion que soit les deux documents étaient identiques, soit j’avais trouvé une collision dans l’un des algorithmes de hashage les plus puissants du moment (probabilité de cette option en 2011 : quasi-nulle). Et puis j’ai comparé à celle que j’avais donné pour l’Impôt sur le Revenu : encore le même. Comme je me sentais pote avec la DGFiP, je lui ai envoyé un mail pour lui demander si c’était la peine que je tue encore quelques arbres ou si c’est juste qu’ils étaient à la ramasse niveau écologie, recyclage et traitement de l’information.

J’ai attendu, puis François m’a répondu “Coucou Ju, ah oui, faut le remplir et l’envoyer 2 fois le formulaire. PS : on a toujours pas reçu ton paiement pour 2009, on va être obligé de te poursuivre dans la rue !”

Wait... What ?!

Alors j’ai décroché et j’ai appelé François sur sa ligne directe (oui, j’ai sa ligne directe). Je lui ai dit « je peux faire quoi pour être dans le droit chemin de la légalité » « Bah, c’est pas possible, c’est trop tard maintenant »

Wait... What ?!

« Ok, François, tu te fous de ma gueule là ? » « Non, mais on peut se voir demain si tu veux. »

07
Jun 11

Escapade fougueuse

Solène est assise à la fenêtre en train de fumer. Je suis allongé sur le canapé/futon déplié en train de regarder une n-ième rediffusion du marathon Lord Of The Ring sur TNT depuis bientôt neuf heures, dont trois au moins occupées par des publicité.
L’atmosphère est moite et je n’ose pas sortir mes pieds de sous la couette nue de peur de dégager une odeur trop rance.
J’interpelle Solène qui regarde dehors, les yeux dans le vide “Je m’ennuie, on fait l’amour ?”. Elle attend trois secondes d’éternité avant de tourner la tête vers moi et m’envoie me faire foutre avec toute la force de ses paupières closes. Elle passe carrément de l’autre côté du rebord, sur l’escalier de secours et fait coulisser la vitre vers le bas pour ne plus m’entendre déblatérer mes conneries.

Le premier mois avait été une réussite. Objectivement. J’avais endossé mon rôle préféré, celui de guide qui prétend connaître tous les endroits les plus cool, les gens les plus intéressants et les évènements les plus branchés. Elle avait endossé le rôle de la fille la moins chiante du monde, surjouant l’émerveillement à mon plus grand plaisir. Et puis il y avait l’euphorie du moment, l’impression de transgression de l’ordre du monde d’avoir tout quitté comme ça, fougueusement. On est jeune on s’en fout, on peut tout faire, le monde est à nous, t’inquiète pas, on va bien trouver. On avait même poussé le vice de l’optimisme jusqu’à ne réserver que trois nuits d’hôtel pour les premiers jours, persuadés qu’il suffisait de ça pour trouver un logement un peu convenable. La barre de la convenabilité étant tacitement placée bien bas. Après tout, c’était l’aventure, et si on trouvait mieux ensuite, suffisait de changer.
Et on avait trouvé. Un petit studio, à cinq blocs au nord du Park, 20 mètre carré, à peine, mais qui suffisaient largement. Et puis pas cher. Avec nos économies à tous les deux, on avait calculé qu’on pourrait y rester 6 mois.

La lettre du proprio sur la petite comode Ikéa est là pour rappeler que l’on doit notre cinquième mois de loyer, d’avance, comme convenu, avant la fin de la semaine. C’est l’instrument du choix. Le dilemme. Le pari de l’optimisme ou du pessimisme.
Parce que la somme sur le compte que nous avons en commun avec Solène, notre seule source de subsistance, équivaut à quelques dollars près au prix d’un billet retour pour Paris. Et la fin de l’histoire. Le calcul de 6 mois d’économie, c’était évidemment en oubliant la frénésie dépensière du premier mois. Et surtout, à aucun moment il n’était envisagé de devoir payer pour rentrer. Pas tout de suite. Quelle idée ! Mais à 117 jours du début de l’aventure, la question se posait finalement.

Au 29ème jour – Solène avait pris pour habitude de tenir un petit carnet dans lequel elle consignait tout un tas de détails autant insignifiants qu’essentiels – nous avions rencontré Ashley et Joe, un couple du Connecticut, dans un bar où se produisait un groupe de rock indé.
Lui travaillait dans la finance, elle mère d’une petite Philippa depuis quatre jours. Ils avaient l’air heureux. Elle de boire pour la première fois depuis neuf mois. Lui de la perspective de faire l’amour à nouveau. C’est lui qui me l’avait avoué alors que je l’accompagnais fumer sur le trottoir. En regardant passer les taxis, je l’écoutais me dire combien sa femme était bête, qu’elle lui avait interdit de la toucher dès le 6ème mois, de peur qu’il “n’abime” le bébé. Il avait envisagé de la tromper une fois mais n’avait pas eu la force de passer à l’acte. Il s’en voulait. Mais ne regrettait pas pour autant. “C’est la vie” qu’il avait dit en rentrant dans le bar.

“Viens, on va au cinéma”. Solène est réapparue et s’est postée entre moi et la pub Chevrolet criarde clâmant ses taux d’intérêt magiques. Elle presse l’interrupteur du téléviseur. Je demande ce qu’on va voir. “Un truc bien, j’en peux plus de regarder tes merdes.”
J’enfile un jean taché, un t-shirt propre. On sort. Je claque la porte. On a oublié les clés à l’intérieur. Je dis qu’on s’en fout, on demandera aux voisins plus tard. De toute manière ils sont pas là, ils bossent, eux, la journée.
Une fois sur le trottoir brûlant sous le soleil d’août, elle me demande dans quelle salle je veux aller. “Et ne me réponds pas ‘Je sais pas’ sinon je te casse la gueule”. Je hausse les épaule et je tire à pile ou face dans ma tête. “Lincoln Plaza, j’ai envie de marcher”.

Je ne sais plus quelle était la véritable cause de notre dispute du 43eme jour – Solène avait dessiné une tête de mort stylisée dans son carnet, surmontant mon nom et la mention “Sombre connard”. J’avais dû appeler Stéphanie en France pour qu’elle prévienne un de ses ex que nous n’avions encore jamais rencontré et qu’elle lui explique que je n’avais nulle part où dormir, juste pour une nuit.
Ian habitait un loft avec vue sur la rivière. Il était resté discret, m’avait juste questionné sur Stéphanie, si elle était heureuse, ces choses-là. “I don’t know, I haven’t seen her that much lately, not as we used to”.
Je l’avais remercié d’une bouteille de vin français puis j’avais marché jusqu’au studio. Frappé une fois. Solène m’avait ouvert. Silencieusement j’avais signifié “désolé”. Elle avait répliqué violemment “Allez rentre. Mais ferme ta gueule.” Je l’ai plaquée contre le mur, ma bouche contre la sienne. Elle s’est laissé faire.

Comme toujours quand je sors d’une séance de cinéma, je ne sais pas comment formuler mon appréciation d’un film. J’attends que l’autre lance une idée sur laquelle je pourrais rebondir. Elle ne semble pas disposée à le faire. Alors je propose qu’on aille se poser dans l’herbe du Park. Profiter des derniers rayons de soleil de la journée.
Tête-bêche, on regarde passer les avions obligés d’esquiver l’espace aérien de l’île dans leurs descentes finales vers leurs tarmacs de destination.
Je demande on fait quoi demain. Elle imite mon intonation de voix pour dire “Je sais pas”. Je lui dit “Pute”, elle me rétorque “Connard”, je demande “Tu m’aimes ?”, elle me répond “Ta gueule”.
Je dis “on s’en fout, on va le payer ce loyer”.

07
May 11

Dire et faire dire

Stéphanie tourne la tête brusquement vers la droite, en pinçant les lèvres, la pupille de ses yeux disparaît de mon champs de vision – je suis trop à gauche – sa frange brune se soulève puis retombe sur son front, elle lâche une onomatopée d’agacement. Je sais qu’à ce moment là, elle pense, tellement fort que je l’entends de sa propre voix : « Mais quelle sombre connasse ! ».

Je viens, de manière innocente mais pas du tout innocemment, de mentionner Flavie dans une conversation qui n’a rien à voir. Je ne peux pas m’en empêcher, quand une fille me plaît, que cela semble réciproque ou non, je finis toujours par glisser son nom ça et là, dans l’espoir illusoire que cela fera peser la balance cosmique de l’amour de mon côté. Qu’à force de répéter ce prénom comme un mantra, la pluie va enfin finir par tomber. Ça marche parfois, ça échoue parfois. La méthode scientifique me force à constater que l’indice de corrélation est néant.

Le problème vient probablement du fait que, terrorrisé à l’idée d’être un de ces “gros lourds”, je confine la subtilité de ma drague à l’invisibilité absolue, et alors même que je pense déjà en faire trop, je me restreins encore et toujours. Du coup, la moindre annonce tangible un peu brutale (je me penche pour essayer de t’embrasser, par exemple) ne peut que créer un moment de surprise, qui même si il est en potentialité un accord pour poursuivre une relation dans le futur, demande un temps de traitement souvent caractérisé par une légère déviation de trajectoire et colloquialement appelé “vent”.

Informer à l’avance, quitte à ne pas être subtil – mais là, est toute la subtilité, justement – c’est s’assurer que celle que l’on convoite sait et agit en conséquence : si elle sait qu’elle vous plaît et qu’à l’inverse vous pas du tout, il est de sa responsabilité de ne pas répondre à vos messages, à ne pas accepter vos rendez-vous. Sauf évidemment à se faire appeler “sombre connasse” par une de vos amies.

Stéphanie me demande ce que je vais faire, du coup. Je réponds que je ne sais pas, que je ne sais pas quoi faire de moi et que peut-être je vais aller faire du vélo. Non, mais avec ton Amie là ? Faire du vélo, je répète.

Finalement, des façons de créer des couples la meilleure reste encore celle que l’on utilisait dans la cour de récréation de l’école primaire, où tout le monde criait “Mathieu aime Sandra ! Mathieu aime Sandra !”. Du coup Sandra était au courant et soit elle ne parlait plus jamais de l’année à Mathieu, soit elle s’arrangeait pour venir l’emmerder et lui piquer son ballon pendant qu’il jouait au foot. Ils apprenaient à se connaître puis quand ils constataient que tous les deux aimaient bien les billes chinoises (envers et contre tous – sincèrement, qui aime les billes chinoises ?) allaient se faire des smacks dans le coin sombre du préau.

Je n’ai pas besoin que l’on m’apprenne à discuter, ou que l’on m’arrange des rendez-vous, je sais inventer mille prétextes pour me retrouver en tête à tête avec celle qui me plaît (ou me plaît moins mais est bien jolie, mais elle est un peu bête quand même…), j’ai même appris à tuer ce qui a longtemps été de la timidité et qui plombait mes conversations, je sais occuper une date de cinq heures si c’est nécessaire (parce que la jeune fille doit attendre son train et que l’abandonner serait très mal vu par les règles de la politesse – sauf à vouloir passer pour un sombre connard, option toujours possible).

Je n’ai pas non plus besoin que l’on m’explique que je n’ai aucune chance, je suis lucide et défaitiste, si je ne plais pas du tout, je le sens, je fais avec et je passe à autre chose. Encore faut-il qu’en face on me le fasse sentir. Encore faut-il qu’en face on sache qu’il faut me le faire sentir.

Ce dont j’ai besoin, c’est que la cour de récréation murmure tout bas “Julien aime Flavie !”, juste assez fort pour que Flavie soit au courant que je n’ai aucunement l’intention d’être son Ami et agisse en conséquence. Alors je glisse son nom comme un mantra dans l’espoir d’être repris, mais personne ne répète en chœur avec moi, du coup, forcément, la pluie ne tombe jamais.

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