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Albums photos

Quand je feuillette des albums photos, je vais très vite parce que le souvenir pur m’intéresse davantage que ces images fixées.

Il m’arrive parfois de regretter n’avoir pas davantage de photos d’évènements passés. Ce séjour en Allemagne, en quatrième par exemple. C’était à Schwerin, ex-RDA, j’avais un corres’ avec lequel nous avions échangé deux lettres et il m’avait hébergé une semaine avant que ma famille ne rende la pareille. J’ai évidemment oublié son nom. Le premier jour nous étions aller traîner au centre commercial, et dans la semaine nous avions traîné avec Laetitia, une fille de ma classe qui avait déjà des rapports sexuels, et son allemand, Axel, dont on appris quelques années plus tard (ils étaient restés vaguement en contact) qu’il s’était engagé dans le parti néo-nazi allemand. Nous allions au Gymnasium suivre des cours avec nos professeurs dans des salles gentiment prêtées par l’établissement ou alors en cours avec nos hôtes respectifs. Il me semble que ni Laetitia, Adeline, Élise ou moi (à l’époque je traînais déjà avec une majorité de jolies filles) ne savions jamais si c’était l’une ou l’autre des options qu’il fallait suivre, le calendrier étant très flou. Mais nous évitions soigneusement le cours de sport par tous les moyens. À quinze heures, nous quittions l’établissement en tram pour aller faire les touristes dans un chateau ou un centre commercial puis, vers dix-sept ou dix-huit heures, on se réunissait dans un HLM désaffecté remplit de graffitis.
De ce séjour, il ne me reste qu’une seule photo, devant le bus, au moment du départ. Davantage de photos auraient été utiles pour mieux fixer les quelques lieux visités. Pour que mon esprit puisse déclarer “Je connais Schwerin” et non seulement “J’y ai été, je crois”.
D’autant que cette photo elle-même est un souvenir, je n’ai pas la moindre idée d’où se situe son support physique.

Il m’est apparu hier en déclarant “Il faut absolument que j’aille à Hong-Kong” sur Twitter que je n’aimais pas “les voyages”. À aucun moment il ne me viendrait à l’esprit de dire à une fille pendant une date que “j’aime les voyages” ou de marquer ça sur mon CV.

Je suis fasciné par New-York (de moins en moins). J’aime Chicago, Amsterdam et Tokyo. Je connais Florence, Venise et Rome. J’aime (ou moins) les souvenirs que j’ai dans ces endroits par contre toutes les photos que j’ai de ces séjours m’ennuient profondément. Elles ne fixent que la banalité de ma présence avérée sur le sol de ces villes. Aucune de ces photos, même (et surtout) prises par moi (mais peut-être dois-je là simplement blâmer mon incompétence de photographe) ne traduit réellement les impressions et souvenirs du moment. Je crois que ce serait encore pire si c’était filmé. De Chicago, par exemple, que je tiens comme la ville que j’ai visité la plus riche architecturalement (mention spéciale à Florence), je n’ai aucune preuve visuelle à offrir à la plèbe grouillante de mes amis Facebook. Aveux d’échec a priori, de mon dernier séjour à Florence (que je visitais pour la seconde fois), je n’ai fait qu’une seule et unique photo.

Quand ma grand-mère sort ses vieux albums (c’est une image, elle ne le fait jamais), ou si l’on m’invite à une soirée diapos (dieu merci ça ne m’est jamais arrivé) c’est une hantise parce que la photo (ou pire, la vidéo) devient l’objet premier de la séance alors qu’il ne devrait, au mieux, qu’être support. Ce support que l’on sortira éventuellement et incongrument au milieu d’une phrase interrompue du récit d’une aventure passée (il y a des gens qui racontent mal et dont les aventures passées, quand bien même extraordinaires, sont d’un ennui sans nom, mais c’est une autre affaire) pour appuyer ses dires, parce qu’on n’excelle pas dans l’art de la description, que la chute de l’anecdote est visuelle ou que simplement “une image vaut mille mots”. Je préfère que l’on me raconte avant de me montrer. Et je préfère me raconter à moi-même ma propre histoire reconstruite de mes souvenirs plutôt que de me voir imposé la factualité de ma moustache de trois jours face à la skyline de Chicago.

Je ne nie pas que les bons photographes savent nous raconter une histoire mais ceux-là n’organisent pas de soirée diapo.

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Re-Captcha et Survie de l’Humanité

Aujourd’hui les enfants, je vais vous parler de Re-Captcha.

Re-Captcha, c’est un exemple de captcha. Une captcha, c’est un “Completely Automated Public Turing test to tell Computers and Humans Apart” ou, en français de part nos contrées francophone un “Test de Turing Complètement Automatisé pour distinguer les Ordinateurs des Humains” (TCAOH c’est moche, on est d’accord). Et puisque je vois vos mirettes d’enfant se rétrécir d’interrogation face à la signification de Test de Turing, je vais vous rassurer de suite, ça ne veut rien dire de plus que “test pour distinguer un ordinateur d’un humain”. Il porte le nom de Turing, un britannique homosexuel qui aimait Blanche-Neige et faire du vélo (quand il n’était pas en train de construire des machines à Bletchley Park pour casser les codes secrets de ces saletés de nazis).

Là, je sens que vous réclamez une image.

C’est bon, ça vous a calmé ? On reprend.

Actuellement, les captchas, c’est notre seul avantage dans la vie par rapport aux ordinateurs, aussi puissants soient-ils. L’autre jour, on me disait « Ouais, et les sentiments, ça nous distingue pas des ordinateurs aussi ? » ce à quoi j’ai répondu « Et comment tu prouves à ton formulaire Facebook que tu as des sentiments ? ». Parce que, bah, tu peux pas. Chiant hein. Donc au lieu d’avoir des sentiments qui servent à rien, apprends à lire des captchas.

Re-captcha, c’est un système avec deux mots (cf l’image ci-dessus) piochés au hasard dans des numérisations de vieux livres. Cette numérisation de vieux livres est faite par des ordinateurs. L’ordinateur en question parcours, page après page, ligne après ligne chacun des livres qui lui est assigné et tente de faire de l’OCR (reconnaissance optique de caractères). À aucun moment l’ordinateur ne comprend ce qu’il lit, mais il sait reconnaître les lettres. Son problème, c’est qu’il ne sait les reconnaître que lorsqu’elles sont bien droites. Si vous avez un logiciel d’OCR chez vous et que vous scannez votre dernière lettre de démission en date, il lui faudra moins d’une minute pour transformer une image en texte que vous pourrez copier-coller. Par contre, si c’est une première édition des Trois Mousquetaires avec des caractères tordus sur du papier froissé, il a aucune chance. Il n’y a que les humains qui savent faire ça pour le moment.

Du coup, quand vous spammez le champs commentaire du wall de votre ex, si vous passez le re-captcha avec succès, Facebook sait que vous êtes effectivement derrière votre clavier et pas que vous avez lancé un script qui va tourner pendant que vous vaquez à d’autres occupations. Zuckerberg tient à ce que sur son site, les communications se fassent entre êtres humains.

Maintenant, pourquoi deux mots dans les Re-Captchas ? Parce qu’on l’a dit ces mots piochés dans des livres, aucun ordinateur au monde ne peut les lire. Pas même ceux de Google qui les génèrent. Par contre, pour une image d’un mot donné, un humain peut entrer en référence le vrai mot, pour vérification (et mémorisation dans la base de donnée de numérisation des vieux livres).
Mais du coup, si on a déjà les solutions de ce à quoi correspondent les mots, ça ne sert plus à rien de les proposer au public pour qu’il aide à les déchiffrer tavu, ça fait pas avancer l’œuvre culturelle de transformation de l’imprimé en numérique pour le Bien de l’Humanité.

L’astuce de Re-Captcha, donc, c’est de proposer deux mots. Un dont il connait la réponse, et un qui lui est pour le moment inconnu (ils sont dans le désordre, évidemment, sur l’image). Re-Captcha part également du principe que globalement, les humains sont des gens honnêtes et bons qui veulent l’avancement des œuvres culturelles pour le Bien de l’Humanité. Il sait également qu’ils sont pas à l’abris d’une erreur honnête. Il sait en outre que les ordinateurs sont de gros abrutis qui ne savent pas lire. Il propose donc deux mots et se comporte comme suis :
– Si l’utilisateur a reconnu le mot qu’il connait, alors il note la réponse pour l’autre mot pour plus tard et dit “ok, tu passes”.
– Si l’utilisateur n’a pas reconnu le mot qu’il connait, alors il dit “non, tu ne passes pas”.

Au bout d’un certain nombre de visiteurs, l’ordinateur constate que les gens donnent très souvent la même réponse pour le mot qu’il ne connaît pas. Quand il estime que ce nombre est suffisant, il considère que la réponse en question est la bonne pour le mot inconnu, ce mot inconnu devient donc un mot connu et peut alors être utilisé en paire avec d’autres mots inconnus.

Et ainsi de suite.

Maintenant, un loleur malhonnête (pléonasme ?) et surtout fainéant, fainéantise qui le rapproche étonnament du robot qui ne sait pas lire, peut tout à fait tricher contre le système. En effet, si il ne rentre qu’un seul mot et qu’il se trouve que c’est celui que l’ordinateur connaît, il passera sans problème. Il a une chance sur deux de réussir et si il se fait refouler, il arguera que c’est la faute du Re-Captcha, ou que c’est parce qu’il n’a pas su choisir le “mot écrit de travers” ou “celui avec le trait dans les lettres”, autant d’indices (complètement débiles) de la preuve irréfutable que ce sont ces mots là que l’ordinateur connaît déjà. Béotiens.

Oui béotiens, j’ose, parce qu’ils participent à un combat qu’ils ne comprennent pas. Ce combat, il est simple : comme je l’ai répété maintes fois depuis le début, les ordinateurs sont incapables de nous lire. Et ce système permet de les instruire. Chaque Re-Captcha correctement remplie est une brique placée dans la construction du plus grand fléau de tous les temps à venir : Skynet. Oui, le Skynet, celui qui va prendre possession de la Terre, créer des robots exterminateurs et annihiler toute présence humaine.
Pour lutter contre lui, c’est assez simple, il suffit de rentrer un second mot erroné. Ou même mieux, de se concerter pour donner systématiquement le même mauvais mot pour la même image. Alors oui, cette lutte a un prix : une fois sur deux, vous serez refoulés et cela marquera une légère pause dans la frénésie de vos insultes sur le mur de votre ex. Mais est-ce bien cher un prix pour la survie et la pérennité future du Bien de l’Humanité ?

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