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  <title>Somewhere...</title>
  <subtitle>When in [anywhere] do like the humans do</subtitle>
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    <name>Ju(...) / smwhr</name>
    <email>ju@smwhr.net</email>
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    <title><![CDATA[L'IA et le monastère]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2026/03/ia-et-le-monastere/"/>
    <updated>Wed, 25 Mar 2026 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2026/03/ia-et-le-monastere/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<p>C’est ma petite <em>personnal touch</em> de millenial, de me retrouver systématiquement à la conjonction de tout ce qui peut s’effondrer. Ou alors c’est un goût pour les causes perdus et l’auto-sabotage, qui peut vraiment savoir ?</p>
<p>En tant que développeur informatique qui signe sa non-productivité par le refus d’utiliser Copilot pour écrire du code à sa place, en tant que développeur de jeu vidéo dans une industrie en train de se ramasser la gueule sévère, en tant que candidat au CAPES pour devenir prof de maths dans des collèges défavorisés d’une Éducation Nationale abandonnée…</p>
<p>Ça fait des années qu’on se lamente du capitalisme tardif, mais il n’en finit plus de tardifer, à ce stade, on est post-post-tardif. Je sais pas, on a raté un truc, on a quarante ans, on a des postes à responsabilités, on est influents, on est élu un peu partout mais en fait on n’a réussi à rien changer, c’est toujours les boomers de droite qui n’en finissent pas de diriger le monde, on s’est fait berner par le postmodernisme. Et ça semble injuste parce que c’est le même postmodernisme qui performe notre enchaînement mais ne permet pas notre libération : On peut déclarer l’état de guerre par la parole, mais on n’arrive pas à déclarer la paix.</p>
<p>Aidez-moi, je déclare des trucs mais j’ai perdu tout mon vocabulaire, j’ai l’esprit critique ratatiné par l’absence de confrontation à autrui. “En fait t’es juste en colère donc tu dis n’importe quoi ?” ouais voilà, ça, de toute manière les mots n’ont plus aucun sens, qu’est-ce que tu veux que je te dise. J’ai du smoothie dans le crâne.</p>
<p>Je refuse l’IA, mais je suis bien obligé de me confronter au fait qu’elle existe. C’est difficile de l’ignorer, c’est culpabilisant, on passe pour un réac qui refuse les nouvelles technologies auprès des gens qui disent que ça a changé leur vie et t’imagines ce que ça pourra faire dans 5 ans, on n’est pas prêt ! Ça sera encore mieux ! Mais en fait non, c’est de la merde, je sais même pas par où commencer. Mais faut bien que je commence quelque part, que j’ai l’air d’avoir une pensée cohérente sinon juste j’abandonne et ça va pas servir non plus à grand chose d’aller me réfugier dans le néant. Je veux dire, on a “essayé”, cf supra.</p>
<p>Articule ta pensée Julien, t’as fait des études, fais des parties stp. Non, je t’emmerde, je suis sur mon blog, j’écris ce que je veux. Bah alors te plains pas que personne ne va comprendre ce que tu vas dire. MAIS JE NE COMPRENDS MÊME PAS MOI-MÊME CE QUE JE SUIS EN TRAIN DE DIRE PUTAIN. Pourquoi tu cries ? JE CRIE SI JE VEUX DE TOUTE MANIERE PERSONNE M’ENTEND.</p>
<p>Petit a : la perte du “commun”.</p>
<p>C’était une slide quand j’ai présenté Copilot à toute mon équipe. À l’époque c’était juste un pressentiment, et personne n’a réagi à ma slide, j’ai pas assez insisté. C’était en 2023 ? Ça fait 3 ans, on dirait que ça en fait 1000.</p>
<p>La slide disait que le truc le plus auquel il fallait faire le plus attention avec l’IA (à l’époque, c’était surtout de l’auto-complétion de code), c’était de ne surtout pas réinventer la roue. On a un peu plus de 60 ans de connaissances en informatique. On s’est doté de techniques, de méthodes, de briques de savoir, et on se les ait partagées. On s’est construit un langage commun. Un langage pour se promener à l’intérieur du domaine du langage car l’informatique est fondamentalement une discipline de manipulation de symboles pour exprimer des idées et des actions symboliques sur le langage à son tour. Il y a 1000 langages mais de la même manière qu’il y a 1000 langues, on a aussi trouvé le moyen d’exprimer des concepts commun à ces langages sous forme de langages transverses que l’on peut décider ou non de s’approprier, par choix, par contraintes ou par convention.</p>
<p>Ok, je vois que je suis pas clair. On va essayer un truc. Je vais essayer de pas faire de métaphore foireuse.</p>
<p>En informatique, y a des langages : le C, le PHP, le python, le Haskell, le SQL, le javascript etc. Ça sert à parler à la machine. À lui dire additionne ça et ça, et allume tel pixel de l’écran pour afficher le résultat. Ce sont des langages qui s’apprennent. En général, on en apprend vraiment 2 ou 3. Par apprendre, je veux dire “à la dure”, en créant de nouvelles structures mentales dans son cerveau. Mais une fois que c’est ok à partir de là, franchement, n’importe quel nouveau langage c’est juste la même chose que les précédents. Parce qu’on parle à la machine et que la machine, c’est toujours la même.</p>
<p>Mais en fait, l’informatique, c’est aussi parler à d’autres gens, d’autres humains. C’est un médium de transmission de l’information. Le code informatique est la formalisation même de la pensée qu’on y inscrit. Il contient les hypothèses de sa propre exactitude, ses cas limites et les choix qu’on y inscrit. Et il est primordial que le sens qu’on y inscrit puisse être corrigé si les choix que l’on a pu faire à un instant <em>t</em> s’avèrent être erronés. Ok, parfois ça passe par complètement supprimer un paragraphe, ou une page. Mais si chaque fois qu’on veut changer un petit quelque chose il faut réécrire l’ouvrage en entier, c’est qu’il y avait un problème fondamental. C’est-à-dire que c’est facile d’écrire de manière kabbalistique quand s’adresse à la machine, mais ça demande une certaine dextérité de ne plus le faire quand on va vouloir qu’un autre être humain comprenne, perçoive le sens de la pensée qu’on a voulu y mettre. Alors on a construit des manières de s’exprimer pour faire coïncider le langage de la machine et le langage des humains. On a inventé les Design Patterns, des paradigmes, des méthodologies. Et quand on ne pouvait pas faire moins obscur, on a emballé les trucs <em>vraiment techniques</em> dans des <em>librairies</em> et des <em>packages</em>.</p>
<p>Et on s’est partagé tout ça. Un socle de connaissances communes. Comparables. Où l’expertise et le savoir de l’humanité était inscrit de manière durable, catalogué, pérennisé. Si une erreur existait, alors on la corrigeait à un endroit. Si on n’avait pas de connaissance particulière dans un domaine, on était sûr que si on piochait dans l’ouvrage avec le plus d’étoiles, on était certains d’avoir le bon morceau.</p>
<p>On a foutu tout ça a la benne. Il n’y a plus de commun. Il n’y a plus que le développeur en conversation avec la machine (le chatbot du LLM) qui écrit pour la machine et on s’en branle du sens inscrit dans le code <em>tant que ça marche</em>. Parce que l’objectif n’est plus le sens mais la productivité et l’impact, est-ce que le code que j’ai écrit “fais ce qui est demandé”. Fondamentalement, on en est exactement au même point que lorsque l’asso de quartier utilisait du Comic Sans MS ou des WordArt et faisait des fautes d’orthographe pour annoncer la prochaine vente de gateaux. C’est moche, c’est une insulte au design, un crime contre la lange française, mais en fait, tu as très bien compris que c’était lundi 28 mars pour financer la classe verte des CM2, tu vas pas faire chier avec ton élitisme, c’est pour les enfants qu’on fait ça, donne 10 francs plutôt.</p>
<p>Mais plus que l’ignorance délibéré du commun, c’est sa destruction par un travail de sape constant. Maintenir le commun demande de l’énergie, un dévouement, des ressources. Un investissement quasi-monastique. Il faut des gens qui s’asseyent chaque jour devant leur écritoire et recopient, polissent, corrigent les bribes de langage du commun pour qu’elles continuent à pouvoir <em>exister de manière commune</em>.</p>
<p>L’arrivée des LLM c’est la Tour-de-Babelification de la création informatique et, parce que l’informatique est la pierre qui sous-tend tout ce que nous entreprenons au XXIe siècle, c’est l’aboutissement de la fin de toute tentative de commun dans la société.<br>
Chacun s’enterrant dans son propre proto-langage, inintelligible par autrui, compréhensible uniquement par proxy, à travers le chatbot qui infère probabilistiquement ce que l’autre a fait. On ne se parle plus, on construit chacun de son côté ses propres outils, ses propres apps, pour sa propre productivité dans l’aboutissement absolu d’un anarcho-post-capitalisme total du langage lui-même : plus rien ne compte que la fin ultra-personnelle et ultra-personnalisée où le seul commun qui reste (le Modèle, le <em>LLM</em>, il faudrait pouvoir capitaliser les acronymes pour lui donner/rendre sa dimension déique) est possédé par une caste supérieure d’individus dont les seules contraintes sont les limites de leurs propres désirs.</p>
<p>C’est le moment où je me lève de ma chaise et où j’ai envie de hurler MAIS ON EST OÙ LÀ SANS BLAGUE ????? ON ATTEND QUOI POUR SE RÉVOLTER ?</p>
<p>Mais d’abord : petit b : l’erreur fondamentale de l’Idée</p>
<blockquote>
<p>L’IA est l’aboutissement de la parole irréfléchie performative, de l’idée auto-réalisatrice qui crée la representation de cette performativité dans l’espace du langage, a l’exclusion des espaces du langage qui modélisent le monde physique (le DLSS5 ne comprend rien à la lumière, les niveaux de Mario sont incohérents)</p>
</blockquote>
<p>J’ai écrit cette phrase au réveil. Je suis pas convaincu que ce soit le meilleur moment pour moi d’écrire des trucs. Je me suis dis “je tiens un truc” et c’est la démonstration même de ce que j’essaie de dire. TU TIENS QUE DALLE JULIEN, tu dis des mots qui ne veulent rien dire et tu as utilise “truc” trois fois dans la même phrase, c’est bien la preuve. Maintenant, ton idée elle existera que si tu arrives à l’expliciter, à la rendre intelligible à un <em>autre être humain</em>. J’avoue, parfois j’ai des faiblesses, je bois trop, je fume des cigarette en fin de soirée, c’est complètement débile et là je suis dit “vas-y, écris, et ensuite donne ton texte au <em>chatbot</em> et on va voir ce qu’il comprend”. THAT’S THE FUCKING POINT, DON’T. Mais c’est <em>duuuur</em>. TA GUEULE, ESSAIE, et au pire tu parviendras à une conclusion convenue basée sur un mythe biblique éculé comme au petit a mais si ça alimente ta colère pour renverser ce monde, vas y, ce sera pas perdu pour tout le monde.</p>
<p>Si il y a un seul truc dont je suis sûr que le Droit d’Auteur n’a pas raté, c’est le fait qu’on ne puisse pas breveter/déposer/copyrighter une idée. C’est la réalisation qui compte, l’acte d’entérination dans le réel de l’idée, son instanciation. L’idée ne vaut <em>rien</em>, <em>littéralement</em>. Et parce qu’elle ne vaut rien, elle est <em>inestimable</em>.</p>
<p>Les LLM, par leur capacité à transformer l’expression d’une idée en objet en fait selon moi une sorte de machine à imprimer des faux billets. De faux objets qui existent dans le domaine du langage (avec ou sans l’intermédiation d’un développeur, à ce stade, on ne sait même plus si les chatbots se parlent entre eux, de la machine à la machine, dans un langage qui ne ressemble plus que de très loin au langage humain, de la même manière que les images générées ne ressemblent que de loin à des créations humaines) qui transpirent malgré eux dans le domaine physique par l’hallucination collective des humains qui les prennent pour argent comptant. Il y a actuellement une base américaine sur la Lune parce que Trump a dit qu’il y avait une base américaine sur la Lune et si c’est pas le cas maintenant, ce sera peut-être le cas plus tard, qu’importe il n’y a plus de temporalité, il n’y a plus qu’un gigantesque smoothie de <em>Maintenant</em> qui a exactement la texture et la saveur d’un pokémon.</p>
<p>Il n’en reste pas complètement pétés. Ils ont l’apparence et la saveur du vrai, un peu comme une sorte de creux complémentaire de l’<em>uncanny valley</em>. C’est faux, on le sait, mais c’est sacrément confortable, on y passerait des journées dans cette souille qui fait tourner la tête. C’est cette vidéo cauchemardesque du FPS auto-généré qui ressemble à un mauvais rêve mais qui, image après image, si on ne fait jamais abstraction, si on ne regarde jamais dans sa globalité, <em>semble être</em> un jeu vidéo.</p>
<p>À ce stade de notre civilisation occidentale, pour créer un jeu, il faut la semblance parce que sans la semblance, il n’y a pas d’attente, pas de wishlist, pas de financement, et donc, <em>in fine</em>, pas de jeu. Pour qu’il y ait un jeu, il faut <em>bootstrapper</em> l’idée à partir de rien, c’est à dire à partir d’une idée, c’est à dire à partir de rien. <em>Bootstrapper</em> c’est le mot-clé de la Startup Nation, c’est cramer des ressources dans l’espoir que de la destruction émerge le progrès et la croissance, c’est le gaspillage sacrificiel ultime.</p>
<p>Et parce que tout le monde a une idée, et qu’on a déclaré qu’il n’y a plus aucun obstacle possible entre l’idée et sa prétendue réalisation, parce que tout un chacun, dans un élan de partage universel peut utiliser <em>Le Chatbot</em>, alors, il n’y a plus aucune limite à la destruction. Tout le monde peut gaspiller à loisir tout ce qu’il y a à gaspiller, chacun dans son coin, sans rendre de compte à personne, jusqu’à ce qu’il ne <em>reste plus rien</em>.</p>
<p>Nan mais vas y en fait, on est foutu. Qu’est-ce que tu veux que je te dise. Après, t’es un peu en dépression aussi, Julien, c’est pas étonnant ce nihilisme, tu sais pas quoi faire de toi, le sentiment d’impuissance, tout ça.</p>
<p>D’où, petit c : les mathématiques</p>
<p>Le mec va nous dire que les maths vont sauver le monde. Ça lui ressemble bien tiens. Y a qu’à chercher dans les 23 ans d’archives de ce blog, c’est sa seule obsession. Ok c’est pas la seule, y a les meufs aussi. Une réussite.</p>
<p>Ouais. Les maths comme commun. La démonstration du théorème de Pythagore dans toutes les langues. La causalité, l’implication, l’équivalence, la déduction. Le langage dans son dénuement le plus total, pure manipulation d’idées.<br>
En vrai pas que les maths, l’enseignement et l’éducation en général, mais je connais mes limites.</p>
<p>L’École comme monastère pour traverser cet âge. Enseigner, transmettre ce commun comme base, penser que le savoir et la raison peuvent rendre le monde meilleur.<br>
C’est bien une conclusion de millenial.</p>
]]></content>
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    <title><![CDATA[Adieu Babylone – Bradbury Challenge, Semaine 6]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/10/13/babylone/"/>
    <updated>Mon, 13 Oct 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/10/13/babylone/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<p>Babylone, je te dis au revoir. Je m’apprête à tourner le dos aux Portes d’Ishtar et à m’en aller à travers le désert vers l’endroit où mes semblables, ma familles, les miens s’en sont allés avant moi.</p>
<p>Je l’avais plusieurs fois dit, “jamais je ne quitterai cette ville, elle est constitutive de ce que je suis, je ne peux pas l’abandonner sans m’abandonner moi-même”. Mais je n’y ai plus ma place.</p>
<p>J’y étais officier de cohérence religieux. Un travail fortement rémunéré, qui m’a permis de vivre dans la ville intérieure, près du grand palais, de profiter de toutes les meilleures choses, de jouir de l’oisiveté quand je le désirais. J’étais connu dans les tavernes pour mon humour (partout où j’allais on me demandait mon interprêtation de la blague du chien qui ouvre une porte, l’hilarité était générale au moment de la chute, quand je retourne mon poignet) et j’étais invité à toutes les fêtes. Je ne connaissais que peu de mes collègues, tous d’un caractère plus âpre et renfermé, et peu des gens que je côtoyais dans ces soirées avait jamais rencontré une personne exerçant mon métier.</p>
<p>À l’école, on nous enseignait que nous étions garant de l’ordonnancement cohérent de l’univers dont notre ville était le centre. Dans les faits, nous étions en concurrence directe avec les prêtres formés sur le tas qui sillonnaient la cité pour répondre et exaucer les prières des babyloniens à longueur de journée. J’ai l’intime conviction qu’ils sont à l’origine profonde de ce qu’il s’est produit entre ces murs, à force d’insuffler la magie dans toute chose, sans souci de cohérence global, ils ont semé la discorde dans tous les interstices de la cité.</p>
<p>Mais je sens qu’il faut que je me justifie, que j’explique ce qu’était mon rôle hier encore avant que, de découragement, je ne me décide enfin à empaqueter mes possessions. Je ne blâme pas ceux qui n’ont jamais saisi, mon aïeule elle-même jusqu’à ses derniers instants n’a cessé de me demander si, un jour, Marduk soit loué, je me consacrerai à un <em>vrai métier.</em></p>
<p>Imaginons la situation suivante : un matin vous vous levez et votre porte ferme mal, parce que le bois des planches a gonflé pendant la saison des pluies par exemple. Vous pourriez faire appel à un menuisier. Mais c’est coûteux, il faut prendre rendez-vous et vous êtes pressé, alors vous sortez dans la rue et vous faîtes appel à un prêtre ambulant. Amène et affable, il répondra immédiatement à votre solliciation et viendra réveiller l’esprit de la porte, probablement jusqu’alors endormi, pour l’enjoindre à se raffermir et se conformer au chambranle existant. L’intervention est rapide, efficace, et il ne vous en coûte que quelques shekels d’argent. L’esprit désormais réveillé vous réclamera un grain d’orge à déposer sur le pas de la porte chaque mois, sauf si vous avez l’habitude de vous rendre régulièrement au temple des divinités du foyer, auquel cas, pourvu que l’esprit de votre porte y soit sensible, vous pouvez ôter cette obligation de votre propre esprit.</p>
<p>Imaginons la situation suivante : un matin vous sortez et la serrure de la porte ne fonctionne plus. La sécheresse de la saison chaude a fait s’évaporer la graisse qui permettait à votre clé de tourner sans un bruit, et elle est maintenant coincée. Que faîtes vous ? Appelez-vous le serrurier qui vous a installé le dispositif ? Vous rendez-vous dans l’échope la plus proche pour quérir un peu de graisse ? La plupart de mes concitoyens eux, ouvrent la fenêtre, hèlent un prêtre et pour menue monnaie, ce dernier viendra faire quelques incantations pour que la serrure se comporte bien à nouveau.</p>
<p>Imaginons la situation suivante : au cours des années, vous avez ainsi fait réparer la porte, la serrure, les gonds, le verrou, le judas, le pas de la porte a été béni à l’occasion de la venue d’un ami à qui vous désiriez marier votre fille, et je ne parle pas du paillasson, du rideau et des espaces vides auxquels on a demandé de ne plus laisser passer la poussière. C’est un véritable écosystème qui vit désormais dans votre porte, et laissez moi vous dire que faire cohabiter deux petits dieux dans le même système est déjà une gageure, mais cinq ou dix, c’est une toute autre histoire. Chacun a son caractère, a été insufflé par un prêtre différent, avec des promesses différentes, dépend d’un temple ou d’un culte parfois opposés…</p>
<p>C’est là que j’interviens. Chaque jour, je me rends à un endroit où un amalgame de petits démons a besoin d’être remis en cohérence. Il y a des défis plus grands que d’autres. L’exemple que je donnais plus haut est la première mission que j’ai effectuée dans ma carrière, c’est le genre de chose qui arrive chaque jour, presque un cas pratique pour un stagiaire tout juste sorti de l’école. On nous demande souvent pourquoi on ne retire tout simplement pas les esprits des objets dans lesquels ils ont été invoqués. Question naïve car c’est proprement impossible. Si vous libérez ces petites intelligences terribles de la tâche pour laquelle elles ont été conçues, elles résistent, déjà, mais si vous y parvenez, vous risquez qu’elles s’emparent d’un autre objet, système ou concept libre à proximité et se mettent à faire n’importe quoi. Que se passe-t il si vous libérez le dieu d’une serrure et qu’il se mette maintenant à dicter la manière dont vous faites les salutations à vos invités lorsque vous les accueillez !</p>
<p>Ces interventions sont longues, difficiles, demandent de la technicité et du doigté. Nous sommes peu, nous sommes chers. Les prêtres quant à eux, il leur suffit d’une poignée de monnaie et de douze minutes pour résoudre un problème. Douze minutes, c’est ce qu’il a fallu au Grand Prêtre pour détourner le cours de l’Euphrate et alimenter les canaux qui ont fait prospérer notre belle et grande Babylone. Mille ans d’efforts quotidiens s’en sont suivis pour maintenir la situation. Nous nous sommes fait submerger. Le chaos s’est déployé plus vite que nos tentatives de maintenir la cohérence de toutes les choses au centre de l’univers.</p>
<p>Je tourne le dos à Babylone, le dernier humain à quitter la ville et Enki seul sait combien de temps encore les infrastructures déjà branlantes de la cité tiendront sous les incessant conciliabules discrets des esprits qui imprègnent toutes choses. Et quand, ineluctablement, tout s’écroulera dans la discorde générale, qu’adviendra-t il de tous ces démons ? Ils ne peuvent s’échapper, le désert tant physique que conceptuel nous entoure, sans vaisseau pour le traverser, ils sont voués à rester ici pour l’éternité.</p>
<p>Là où je vais, où l’Humanité s’en est allée, j’espère que nous saurons apprendre de nos erreurs, que nous serons parcimonieux de la magie facile. J’emporte avec moi le seul souvenir…</p>
<p>Oh…</p>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[À l'aube – Bradbury Challenge, Semaine 4]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/09/27/galois/"/>
    <updated>Sat, 27 Sep 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/09/27/galois/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<p>Le jeune homme se lève de sa console. Il a les cheveux épais, courts mais denses, sombres, adoucis seulement par quelques mèches folles. Il attrape un petit miroir de la taille d’un iphone pour replacer l’épi dans le droit chemin. Le droit chemin, une notion qu’il n’a décidément jamais apprécié. Mais cette fois, il doit assumer, la provocations des deux patriotes est légitime : il s’est fait choper en train de rouler des pelles à la petite Stéphanie ; il eut été impossible de les laisser en “vu”.</p>
<p>Le reflet lui renvoie son regard perçant et affiné. Noir de la colère du gâchis qu’il laisse le soin à Gauss et à Jacobi de déchiffrer. Il attrape les feuillets épars, les rassemble. La lueur de la bougie les traverse et le jeu des transparences leur donne la couleur d’une télé calée sur un émetteur hors-service. Il aurait aimé pouvoir disserter davantage sur l’application à l’analyse transcendante de la théorie de l’ambiguité, mais il doit conclure là, sur une identité d’intégrale de transformation. Il espère qu’il a juste. Non. Il le sait. De toute façon, il est l’heure. Il sort.</p>
<p>Il se dit qu’il est déjà mort, mais il marche fièrement vers le sud, le long du Chemin de la Glacière, son corps piloté tel un drone par un esprit qu’il laisse encore vagabonder dans les espaces abstraits de l’algèbre tant qu’il le peut. Il se dit qu’il est déjà mort et Paris ne dément pas sa pensée. Les nappes de brouillards du petit matin ne sont sont pas encore dissipées, les calèches n’ont pas encore envahit les rues de leur brouhaha incessant : il n’est pas encore 5h, les parisiens dorment toujours.</p>
<p>Il s’apprête à traverser le boulevard Auguste Blanqui lorsqu’un convoi menace de le renverser. Il sursaute, s’extrait de son état de trance. Les roues cerclées de fer des véhicules qui s’éloignent crissent sur les pavés comme un métro entrant en station. Il est à nouveau seul et dans le silence il traverse pour passer devant le bâtiment qui marque la Barrière de Lourcine. Quatre colonnes, un fronton triangulaire, un joueur des Sims peut inspiré n’aurait probablement pas fait pire. Il s’engage sur un petit chemin de terre qui serpente entre les arbres.</p>
<p>Parvenu à côté de l’étang de la Glacière, un rouquin avec des favoris et un bicorne, flanqué d’un brun trapu l’attendent. Il n’a rien à leur dire alors il reste à l’écart et contemple les canards qui flottent paisiblement sur l’onde tranquille. Une quatrième figure les rejoint, une malette en cuir à la main. Elle ne contient pas des liasses de bons au porteur, mais deux revolvers richement ornés, encasés dans un velour d’un rouge aussi vif que celui du drapeau de la Chine.</p>
<p>– Déclinez vos identités.<br>
– Galois, Evariste, né le 25 octobre 1811 et mort ce jour de l’an 1832 à l’âge de vingt ans…<br>
– Ce n’est pas encore fait…<br>
– … emprisonné deux fois, renvoyés de toutes les grandes écoles pour son impertinence et son génie mais dont les travaux perdureront tant qu’il y aura des esprits naturels suffisament affûtés pour les appréhender…<br>
– Le mec se prend pour Einstein…<br>
– … je tombe pour une erreur, un écart, un amour éphémère et malheureux. Je meurs et ne saurai jamais si cet âge que j’ai est le plus beau.</p>
<p>En face, à ving-cinq pas, le jeune homme roux a enlevé son couvre-chef et se présente à son tour. Beaucoup plus brièvement et humblement. Les armes sont levés, les balles échangées. Le jeune Evariste tombe, blessé au côté.</p>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[Concert – Bradbury Challenge, Semaine 3]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/09/16/concert/"/>
    <updated>Tue, 16 Sep 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/09/16/concert/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<blockquote>
<p>Semaine après semaine, je continue le <a href="https://steady.page/fr/nouvelles-corail/posts/38a94682-a3a3-4d4b-862d-73cec5524a92">Bradbury Challenge de Anthony</a>, semaine 3.</p>
</blockquote>
<p>– On y va ?<br>
– …<br>
– Aller, dis, on y va ?<br>
– Chut, qu’est-ce qu’il y a ?<br>
– On peut y aller ?<br>
– Pourquoi, ça te plaît pas ?<br>
– Non, je me fais chier, j’en peux plus.<br>
– On peut attendre la fin du mouvement…<br>
– Silence s’il vous plaît.<br>
– Oh ta gueule la vieille !<br>
– Mais ça va pas ?! Pourquoi tu lui parles comme ça ?!<br>
– Je t’ai dit j’en peux plus.<br>
– Encore dix minutes ? Au prix des billets…<br>
– Je te paie le restau que tu veux si on sort maintenant… Vas y en fait je sors tu me rejoins quand tu veux.<br>
– Excusez-moi, je… Merci, pardon… Excu…<br>
– Bon vent les mal élevés !<br>
– Je vous emmerde madame.<br>
– Aller, viens, on s’en fout d’elle.<br>
– Je m’en fous mais elle m’insulte pas en fait. Elle s’est prise pour qui ?<br>
– S’il vous plaît, si vous sortez, faîtes le rapidement.<br>
– Oui, oui, monsieur, on y va.</p>
<hr>
<p>– C’était si horrible ?<br>
– Attends, laisse moi allumer cette cigarette pour évacuer. Non mais pour qui elle s’est prise cette connasse ?<br>
– Je sais pas, c’est une vieille, c’est peut-être son seul bonheur dans la vie…<br>
– Tu la défends en plus ?<br>
– Vas y, fume ta cigarette, je retourne à l’intérieur, j'ai besoin de passer aux toilettes. Je reviens…<br>
– … dans un court instant, ouais.</p>
<hr>
<p>– Excusez moi, madame, les…<br>
– Au fond à droite, après les escaliers.<br>
– Merci.</p>
<hr>
<p>– Merci, bonne soirée.<br>
– Attendez vous partez ?<br>
– Oui, mon mec a pas…<br>
– Oh, ça arrive ! Juste, il y a un sachet cadeau qui est remis aux spectateurs à la fin, je peux…<br>
– Ah oui, si c’est offert ?<br>
– Oui oui, c’est offert.<br>
– Il y a quoi dedans ?<br>
– Alors laissez moi regarder, on dirait une clé avec l’enregistrement du concert…<br>
– Ça je pense que c’est pas nécessaire…<br>
– … et des goodies, un stylo…<br>
– Aller, j’en prend un !<br>
– Voilà pour vous.<br>
– Merci, bonne soirée et bon courage.<br>
– Bonne soirée également, mademoiselle.<br>
– Max, regarde ce que j’ai… Max ?</p>
<hr>
<p>– Allo, Max ?<br>
– Allo.<br>
– Ouais t’es où ?<br>
– J’ai pris un taxi, je suis en route vers chez moi.<br>
– T’es sérieux ?<br>
– Bah ouais je suis sérieux, t’as mis trois plombes à pisser, je suis rentré.<br>
– Hein ?! Mais t’es vraiment qu’un connard en fait.</p>
<hr>
<p>– Vous voulez le deuxième sac ?<br>
– Non, finalement, je reviens pour la fin.<br>
– Bonne fin de concert alors !<br>
– Vous l’avez écouté ?<br>
– Non, c’est pas dans mes moyens…<br>
– Y a une place libre à côté de moi si vous n’avez rien de mieux à faire…</p>
<hr>
<p>– Et là, le mec me dit “on fait ce qu’on peut”, et j’ai envie de lui répon…<br>
– Hey !<br>
– Wait, qu’est-ce que tu fous là ?<br>
– J’ai senti que t’étais fâchée… Voilà… Je suis désolé, j’ai merdé…<br>
– Bah, oui, t’as merdé et tu peux rentrer chez toi du coup.<br>
– Mais le prend pas comme ça, écoute.<br>
– Du coup, désolé, c’était pas prévu, mais voilà je te présente mon ex.<br>
– Bon-bonsoir…<br>
– Ton ex ?!<br>
– Oui s’il te plaît, tu peux nous laisser ?<br>
– T’es sérieuse ?<br>
– Oui, je suis sérieuse comme t’étais sérieux au téléphone tout à l’heure en fait.<br>
– Je peux vous lai…<br>
– Non, reste, il s’en va de toute manière. Et ce serait bien qu’il se dépêche. Peut-être qu’il peut faire ses lacets sur le palier le monsieur ?<br>
– Ça va, t’es pas obligée de …<br>
– Effectivement, je suis obligée de rien, aller, bonne nuit… Et oublie pas tes merdes là.</p>
<hr>
<p>– Salut !<br>
– Bonjour !<br>
– T’as pas du café ou du doliprane ou les deux ?<br>
– Vas y sers toi, je vais te chercher ça.<br>
– …<br>
– J’ai que des sachets pour enfants, c’est ok ? Je t’en mets trois. Tiens.<br>
– C’est trop gentil. On aurait peut-être pas dû ouvrir la dernière bouteille…<br>
– Ça va, on s’est bien marrées. Le canap’ est pas trop défoncé ? T’as pu dormir ?<br>
– Nickel. Tu sais, je voulais te dire, c’est vraiment sympa ce que t’as fait hier soir…<br>
– La place ?<br>
– Oui, c’était la première fois que j’assistais…<br>
– T’étais jamais rentrée pendant ?<br>
– J’ai jamais osé. Ma place, elle est à l’entrée. Y a personne qui vérifie, mais …<br>
– On y retournera, et cette fois, tu l’entendras en entier cette symphonie, pas juste le dernier mouvement !<br>
– C’est gentil… Ton mec t’as rappelé ce matin ?<br>
– J’ai pas encore enlevé le mode avion de mon téléphone…<br>
– Tu devrais…<br>
– Oui, la communication, je sais, mais la colère aussi… Enfin, la lassitude surtout. Je suis pas sa mère, j’ai pas à lui apprendre l’empathie en fait.</p>
<hr>
<p>– Vous avez couché ensemble ?<br>
– Hein ?<br>
– Ta nouvelle copine black, vous avez…<br>
– En fait je venais pour essayer de … Laisse tomber, t’es … Putain la conne en fait. Je prends sur moi, je me fais violence, j’organise … Mais bordel de merde, c’est. Pas. Possible.<br>
– Calme toi.<br>
– Mais tu te rends compte de ta bêtise ?<br>
– On nous regarde…<br>
– Mais j’espère bien qu’on nous regarde et qu’on te regarde toi surtout avec ton petit air de sale con de Monsieur Parfait. Tu me demandes si j’ai couché avec elle parce que <em>tu</em> avais envie de coucher avec elle surtout.<br>
– C’est pas du tout…<br>
– Tu l’as vue exactement 30 secondes et tu m’as dit “canon l’ouvreuse” quand on s’est assis au concert.<br>
– T’exagères…<br>
– Et je parle pas des textos que t’as envoyé à Jeff.<br>
– Comment tu…<br>
– Tu crois que tes potes me parlent pas ?</p>
<hr>
<p>– T’as reçu l’invitation pour ma soutenance ?<br>
– Le 16 ? Oui, promis, je serai là.</p>
<hr>
<p>– C’était hyper intéressant, pourquoi tu m’as jamais parlé de tout ça en détail, j’ai appris plein de trucs, j’ai eu l’impression de découvrir une autre personne !<br>
– Tu m’as jamais demandé…<br>
– Oh. Je suis vraiment désolée. Je…<br>
– Arrête, je te taquîne t’inquiètes, maintenant que je t’ai hameçonnée, je vais te faire manger du bell hooks à tous les repas !<br>
– J’aurais pu faire plus attention quand même…<br>
– C’est juste que t’es une bourgeoise, c’est tout, tu t’en rends pas compte !<br>
– Oh wow, moi ? Une bourgeoise ?<br>
– Je te rappelle que t’as une maison de campagne, meuf.<br>
– Ça va, elle était à ma grand-mère…<br>
– Dont tu as hérité donc…<br>
– Ouais, je m’enfonce en fait, c’est ça que tu me dis…<br>
– Je dis rien, mais on n’a pas la même vie toutes les deux. Aies pas honte, tu fais avec ce que t’as. Ce serait con de pas en profiter. Puis j’en profite aussi !<br>
– Tu sais que si…<br>
– Je sais, j’hésite pas. J’ai ma fierté aussi, c’est important.</p>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[Opale – Bradbury Challenge, Semaine 2]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/09/11/opale/"/>
    <updated>Thu, 11 Sep 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/09/11/opale/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<blockquote>
<p>Je tente le <a href="https://steady.page/fr/nouvelles-corail/posts/9d4c18f7-8978-4f1d-acf2-16ab9ac9434c">Bradbury Challenge de Anthony</a>, semaine 2. Cette semaine, j'ai écrit <em>un peu n'importe quoi</em>. J'espère que c'est un peu amusant. Ma contrainte cachée était &quot;action/aventure&quot;.</p>
</blockquote>
<p>Un rapace traversa l’immensité du ciel bleu au-dessus du pâturage d’herbes crâmées par le soleil. L’horizon se dessinait, rectiligne, à perte de vue. Pas âme qui vive à des kilomètres à la ronde. Maxime Hénaut passa la main sur son front pour assécher la source de la sueur qui coulait à grosses gouttes sur ses paupières. Il fallait avancer, toujours avancer.</p>
<p>Depuis cinq jours, il marchait, s’arrêtant seulement quelques heures chaque fois pour reprendre des forces et continuer à avancer, toujours avancer, guidé seulement par une légende, un on-dit glâné au hasard d’une conversation captée fortuitement à la table voisine d’une auberge de Tallin alors qu’il pensait avoir atteint une impasse dans son enquête.</p>
<p>Alors que ses pensées divaguaient sous le poids de la fatigue, ses jambes lui firent remarquer le début d’une déclivité dans le sol. Il était parvenu à la lisière d’une profonde dépression au milieu de la plaine, au centre de laquelle se trouvait un promontoire rocheux surplombé d’une habitation. Une villa. Le rez-de-chaussée, entièrement vitré, laissait deviner, derrière les reflets ardents du soleil, un salon aménagé dans un style moderniste minimaliste. Un étage, des murs blancs percés de fenêtres circulaires, obstruées par des rideaux sombres. Les chambres probablement. Un bureau sûrement. De nouvelles informations peut-être.</p>
<p>Max s’arrêta, s’accroupit et tira de son sac à dos une petite paire de jumelles tactiques. Il laissa son regard suivre la courbe de l’escalier en béton blanchi à la chaux qui montait le long du rocher vers la porte d’entrée en métal brut. Pas de mouvement <em>a priori</em>, mais il se répéta intérieurement que prudence est mère de sûreté. Il s’apprêtait à se relever quand un flash lumineux l’aveugla brièvement à travers l’optique. Il se jeta à plat ventre. L’une des fenêtres avaient été ouverte par un jeune homme aussi blond que les herbes dans lesquelles Max était maintenant tapi. En s’ouvrant, le vitrage avait reflété le soleil directement vers sa rétine, le privant momentanément du sens de la vue. Le visage du jeune homme était difficile à distinguer dans ces conditions. Accoudé dans l’ouverture, le geste de son bras suggérait qu’il était en train de fumer une cigarette. Mais ce visage, il n’avait pas besoin de le voir pour reconnaître de qui il s’agissait. Si Il était là, c’était que c’était bientôt fini.</p>
<p>L’adrénaline avait fait son œuvre et l’esprit de Hénaut était à présent sorti de la torpeur dans laquelle la monotonie de la longue marche l’avait plongé. Il passa méthodiquement en revue les différentes options qui s’offraient à lui. Son visage s'éclaira soudain. Il avait trouvé un plan. C’était risqué mais le sourire qui lui barrait le visage était la preuve qu’il avait confiance en lui. Il n’avait pas le choix de toute manière, l’Opale de Feu, il lui fallait la récupérer à tout prix. Il n’était pas arrivé jusque là pour échouer si près du but. De New-York au désert du Sahel, du cœur de l’Amazonie à Hong-Kong jusqu’à cette étape qu’il savait désormais finale au cœur de la steppe du Kazakhstan, il avait traqué les membres de la Secte Orange les uns après les autres.</p>
<p>Ce n’était pas le moment de se vautrer dans les souvenirs, il y aurait largement le temps de faire ça, <em>après</em>. Maxime rampa silencieusement jusqu’à la base de l’escarpement qui soutenait la maison, à l’opposé de l’escalier qu’il avait repéré plus tôt, profitant de l’alignement du soleil couchant pour rester hors de la vue de celui qui fumait encore à la fenêtre. Il entreprit de grimper la paroi rocheuse. L’escalade était aisée et il ne mit pas plus d’une minute à atteindre la maçonnerie carrelée qui délimitait une piscine à débordement. Il tira un petit miroir d’une poche latérale de son sac à dos pour repérer les lieux. Toujours personne en vue. L’absence de garde semblait tout de même très suspecte. A moins que l’hôte de ces lieux ne se sentît si en sécurité à mille lieues de toute civilisation qu’il ne comptait sur personne d’autre. Il est vrai que Hénaut avait pris toutes les précautions pour ne pas être repéré dans son approche : pas de véhicule, le strict minimum de métal, un silence radio absolu.</p>
<p>Maxime se hissa sur la terrasse. Il attrapa une petite jardinière en terre cuite et, d’un geste ample, l’envoya contre la baie vitrée de l’immense séjour à l’intérieur duquel on distinguait maintenant une télévision diffusant le flux continu d’une chaîne d’information. Le pot rebondit sur le verre blindé et s’écrasa au sol en un amalgame informe de terre et de fleurs. Des pas précipités. La fenêtre coulissa silencieusement et le blond apparut, un pistolet à la main. Il n’y avait plus personne sur la terrasse. Le blond fit quelques pas en direction des débris qui salissait sa terrasse immaculée. Quand deux brefs cris stridents émanèrent de la piscine. Le faucon qui, depuis plusieurs heures survolait la villa comprit le signal et fondit de toute sa vitesse vers l’homme armé. Ce dernier n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait quand le rapace, de ses serres acérées, lui arracha les deux yeux avant de remonter vers le ciel orangé. Le Blond tituba une seconde encore mais ses cris d’effroi furent rapidement tus lorsqu’il chuta de tout son long dans le bassin qui se teinta rapidement de la couleur du sang. Maxime en émergea avant que le nuage pourpre ne l’atteigne.</p>
<p>Il pénétra dans la demeure. Un escalier démuni de rembarde menait à une mezzanine surplombant le salon. Il le gravit prudemment. En contrebas, sur le téléviseur, une polémiste à la plastique avantageuse débitait des âneries sous le regard concupiscent du présentateur. Elle était là. Dans une colonne de verre, entourée d’éclairs d’électricité violacés, se trouvait l’Opale. Les composants de silicium assemblés en ovoïde brillaient de toute l’énergie qui les traversait d’une lueur oscillant entre le bleu, le rouge et le orange, les couleurs du feu. Max avisa les objets présents. Une statuette en bronze lui sembla tout à fait appropriée pour accomplir la suite des évènements.</p>
<p>Le fracas du verre fut bref, l’Opale tomba au sol et sa lueur se dissipa rapidement. Hénaut était sur le point de la saisir lorsqu’il fut surpris par un cri provenant du salon. Il se releva et constata que ce cri avait été émis par la télévision. À l’écran, l’invitée s’était écroulée en direct sur le plateau de l’émission, les yeux encore ouverts et la bouche pétrifiée dans le son de sa dernière parole. Il attrapa l’Opale au sol d’un geste économe et descendit tranquillement l’escalier.  L’émission s’était interrompue pour un flash spécial. Des noms de milliardaires et de leaders d’extrême-droite défilaient sur un bandeau en bas de l’écran. Alors qu’il sortait, le faucon vint se poser sur son épaule. Maxime Hénaut sourit. Il avait réussi.</p>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[Phare – Bradbury Challenge, Semaine 1]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/09/05/phare/"/>
    <updated>Mon, 01 Sep 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/09/05/phare/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<blockquote>
<p>Je tente le <a href="https://steady.page/fr/nouvelles-corail/posts/b334e20f-01ad-4e5c-9b9c-d3c32e777c8f">Bradbury Challenge de Anthony</a>, semaine 1. Ma contrainte cachée était &quot;discours indirect libre&quot;.</p>
</blockquote>
<p>« Et on va où comme ça ? ». Je lui répond qu’on va jusqu’au phare, elle me dit que j’ai quand même un truc pour les phares. J’aurais eu du mal à le nier alors je ne dis rien. Je me retourne, elle est derrière moi et me rend mon sourire. Un rayon de soleil qui a miraculeusement esquivé l’épaisse couche de nuage miroite sur sa chevelure incandescente qui vole au vent, elle repousse une mèche qui barre brièvement ses yeux qui brillent d’un vert lumineux. Saillantes de son visage à la pâleur angélique, ses pommettes sont roses de l’effort d’avoir traversé l’île.</p>
<p>On a quitté le petit port de pêche il y a plus d’une heure. L’île n’est pas grande mais elle est incroyablement vallonée et la diversité des paysages que nous avons traversés en moins de six kilomètres est assez stupéfiante. Enfin, surtout stupéfiante quand on est citadin, je suppose, vu qu’elle n’a pas eu l’air aussi surprise que moi devant le marais coincé entre les deux collines aux pentes abruptes que nous avons tant bien que mal esquivées. Et même qu’elle avait une anecdocte sur son petit frère qui est tombé dans un puits après avoir voulu marcher sur ce qu’il pensait être le solide sol sous lui mais s’était avéré être un tapis de lentilles d’eau, dense et vert comme une pelouse d’été pour le regard mais éphémère et se dérobant au contact du pied.</p>
<p>Mon pied que je pose à terre, je me suis trompé, je suis désolé, elle dit que c’est pas grave, le coin est mignon, regarde cette petite maison cachée dans les frondaisons avec ses volets rouges et sa tonelle de roses. Elle est adorable.</p>
<p>On arrive au phare. Je venais ici quand j’étais enfant. Tu es la première personne à qui je le montre. Les bandes rouges et blanches de peinture décrépie s’effritent sous l’action combinée du vent, de l’humidité et du sel venus de la mer. Il est abandonné, une pancarte en métal aux bords rouillés prévient les promeneurs qu’il serait dangereux de s’aventurer au delà du grillage, que la falaise est instable, que le phare menace de s’écrouler, allez vous en, y a rien à voir, danger de mort.</p>
<p>Je contemple l’édifice abandonné qui se découpe sur le ciel couvert. Elle avise un morceau de clôture mal fixé à un poteau metallique, ce serait dommage d’être venu jusque là pour ne pas visiter. Je suis d’accord mais j’hésite, je n’ai pas l’habitude d’outrepasser les limites mais elle, elle l’a déjà franchie. C’est vrai, ce serait dommage de passer à côté, de ne pas passer de l’autre côté. Elle traverse d'un pas léger l'esplanade parsemée de buissons, ouvre la lourde porte en bois et pénètre dans le bâtiment.</p>
<p>Je m’apprête à la suivre, je jette un dernier coup d’œil à la tour qui paraît immense en contre-plongée. Ses couleurs vives se découpent sur le ciel d’un bleu profond, le soleil inonde mon visage d’une douce chaleur, l’odeur entêtante de la peinture fraîche chatouille mes narines. Derrière moi, les tables en bois brut sont dressées de grandes nappes blanches qui volent au vent comme des nuages. Des guirlandes de fanion, les cris joyeux des enfants qui jouent et le son des violons traditionnels annoncent la fête. On célèbre le phare aujourd’hui. Debout près d’une table, elle jette un regard sombre et perçant dans ma direction. Je le capte, ses fines lèvres esquissent un sourire triste, de la main gauche elle place une mèche brune derrière son oreille, de l’autre elle me fait un signe de la main, un au revoir.</p>
<p>J’entends sa voix qui résonne dans l’escalier en colimaçon, est-ce que je viens, il n’y a rien à craindre, il y a une belle vue de là-haut. Je grimpe. Il y a une belle vue et regarde c’est une lentille de Fresnel. Elle prend ce sourire narquois qui dit explique moi. Je parle de poids, de distance focale, de convergence et de puissance lumineuse, de demi-sphère, de surface et de courbure, des retroviseurs à l’arrière des autobus et des casques de réalité virtuelle. Elle déambule lentement tout autour et termine sa course accoudée à la rembarde, c’est une invitation à la rejoindre, à me taire et à écouter le bruit du vent qui s’infiltre partout. Je passe doucement le bout des doigts sur sa nuque, à la naissance de ses cheveux, j’accompagne le mouvement de son cou, je ferme les yeux en anticipation, pour mieux profiter de la douceur de sa bouche sur la mienne.</p>
<p>« Je croyais qu’il était abandonné ! » Je rouvre les yeux et me retourne brusquement. On me dit qu’il me ressemble tellement quand j’avais son âge mais je trouve qu’il est beaucoup plus beau, plus élégant, plus agile. Il a les cheveux de sa mère surtout, c’est un atout que je ne lui ai pas légué. La voile cache ce qu’il me montre. Je passe la tête sous la bôme. Au-delà des crêtes écumantes des vagues, surplombant la haute falaise crayeuse coiffée d’une végétation automnale flamboyante, le phare brille d’une douce lumière émeraude.</p>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[Monopoly]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/09/01/monopoly/"/>
    <updated>Mon, 01 Sep 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/09/01/monopoly/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<h2>Règles améliorées du Monopoly</h2>
<h3>Règle unique</h3>
<p>Le joueur tenant la Banque est éliminé si un autre joueur perd par banqueroute.</p>
<h3>Règles de facilitation</h3>
<ol>
<li>La Banque est maître absolue des règles dans le respect de la Règle Unique.</li>
<li>La Banque peut être démise par un vote spontané, à majorité qualifiée, des joueurs.</li>
<li>Un joueur peut quitter la partie à tout instant sans avoir à déclarer forfait.</li>
<li>Les règles initiales sont celles du Monopoly classique.</li>
</ol>
<h3>Exemples de situations</h3>
<ul>
<li>Le Banquier s'arroge toutes les ressources : les joueurs votent immédiatement pour le démettre.</li>
<li>La Banquier arrose ses copains pour rester au pouvoir. Les autres joueurs organisent leur propre banqueroute pour éliminer l'autocrate.</li>
<li>Après 3h de jeu, les joueurs en ont marre. On peut ranger le plateau sans avoir à déterminer qui a gagné.</li>
</ul>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[Tu fais quoi ?]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/07/01/tu-fais-quoi/"/>
    <updated>Tue, 01 Jul 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/07/01/tu-fais-quoi/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<p><em>post initialement publié sur <a href="https://www.linkedin.com/pulse/tu-fais-quoi-en-ce-moment-julien-julien-zamor-kq7ve/">linkedin</a></em></p>
<p>« Tu fais quoi en ce moment, Julien ? »</p>
<p>Vous êtes nombreuses et nombreux à me poser la question, alors je me suis dit que peut-être je parlais pas assez de mon actu professionelle sur le réseau social de l'actu professionelle.</p>
<p>D’abord, pour ceux qui n’ont pas tout suivi, j’ai quitté Citio/RATPDev après cinq années de bons et loyaux services en tant que CTO à manipuler de la donnée et de l’intelligence humaine et articifielle pour optimiser les transports en communs divers et variés du monde entier.</p>
<p>C’était une expérience enrichissante, j’ai beaucoup appris en culture produit, en agilité, en scalabilité, en management et rencontré des personnes formidables ; mais les derniers mois furent éprouvant et le repos, nécessaire !</p>
<p>Un repos assorti de la réflexion qu’il n’était jamais trop tard pour se lancer dans de nouvelles aventures longtemps repoussées ! (C’est la composante “inspirante” nécessaire à tout post Linkedin !)</p>
<p>Je me lance donc dans le jeu vidéo. Pour de vrai, après en avoir fait mon hobby (d’en fabriquer et d’y jouer) ces vingt-cinq dernières années. En solo pour commencer, et on verra où ça nous mène, avec deux projets concrets :</p>
<ul>
<li>Forest Friends, un court jeu d’aventure sans prétention, destiné à être joué par/avec de jeunes enfants, où vous jouez un renard qui cherche une galette. Sortie prévue en septembre pour pc/mac.</li>
</ul>
<p><img src="friends1.png" alt="friends1.png"></p>
<p><img src="friends2.png" alt="friends2.png"></p>
<ul>
<li>Così Fan Tutte, un projet que je mûris intermittement depuis 2021, et pour lequel je soumets une demande d’Aide à l’écriture auprès du CNC. C’est un jeu à mi-chemin entre Hitman et Bridget Jones, inspiré par un opéra de Mozart, avec des visuels d’époque. Entre espionnage, triangle amoureux, sabotage et confidences, vous jouez Despina, la femme de chambre, et vous devrez semer le chaos dans le palazzo pour réussir des missions.</li>
</ul>
<p><img src="cosi1.png" alt="cosi1.png"><br>
<img src="cosi2.jpg" alt="cosi2.jpg"></p>
<p>Pour ce deuxième jeu, je vais me lancer à la recherche de partenaires financiers et culturels. Le but est de constituer une petite équipe (Notament un•e rtiste 2D/3D et un•e compositeur etc.) pour réaliser le jeu.  Si le projet vous plaît, vous pouvez d’ors et déjà signaler votre intérêt !</p>
<p>Je remercie par ailleurs toutes celles et ceux qui m’ont déjà aidé à relire et à affiner le dossier que je dépose le 7 juillet prochain. J’espère qu’il plaira à Thomas Jolly (c’est lui qui préside la commission), réponse en septembre. 🤞</p>
<p>En parallèle de cette activité créative mais, pour l’instant, non-rémunératrice, je suis toujours preneur de missions ponctuelles en freelance sous une de mes deux autres casquettes :</p>
<ul>
<li>développeur/programmeur en renfort sur des projets de jeux, de web ou de data ;</li>
<li>conseiller en organisation d’équipe technique si vous sentez que votre roadmap est un peu faiblarde ou que vous manquez d’agilité,</li>
</ul>
<p>Je peux intervenir pour vous aider à réaliser vos propres rêves !</p>
<p>Et pour finir, vous pouvez toujours jouer à ma production passée de fictions interactives et en particulier à la toute nouvelle aventure que je sors aujourd’hui : L’Héritier des Pharaons qui vous emmènera dans les sous-sol de Versailles et à la recherche d’artefacts égyptiens !</p>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[amitiés]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2025/06/18/amities/"/>
    <updated>Wed, 18 Jun 2025 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2025/06/18/amities/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<p>Comment est-ce qu’on se fait des amis quand on a 40 ans ?</p>
<p>Je me place plus facilement de l’autre côté de la question, d’habitude. Je suis sociable, j’aime prendre la parole en publique, parler à des inconnus en soirée pour le moindre prétexte. Je suis celui qui donne les conseils à ceux qui veulent se faire des amis.</p>
<p>Je n’ose pas rappeler mes amis. Je ne sais plus si aujourd’hui ceux que je considère comme mes amis me considèrent toujours comme le leur tellement le temps a passé. J’ai laissé coulé, je n’ai pas donné de nouvelles. L’autre jour Elle m’a dit qu’elle avait compris que si je n’avais pas de famille c’était par choix. Le Choix de ne pas donner de nouvelles pour ne pas qu’on m’en demande. La distanciation par refus passif de faire l’effort de maintenir le lien de l’échange quotidien qui renforce vertueusement la relation et crée le groupe famille.</p>
<p>Je dis souvent que « je n’ai pas de famille » et puis je raconte mes histoires et même ma psy qui a dû en voir d’autre a dit « wow, vous avez quand même une sacrée famille ». Je dis souvent que je n’ai pas de famille, et que pour moi l’amitié est plus importante. Mais en prenant du recul, est-ce que c’est si vrai ? Est-ce que ce n’est pas une posture que j’ai prise pour justifier de ne pas regarder plus loin que l’effort que ma fatigue permanente depuis huit ans me permet.</p>
<p>C’est fatigant d’avoir des enfants. On le répète mais tout le monde s’en fout. On est les premiers à s’en foutre quand on n’a pas d’enfant et on est pas loin quand les autres parents le disent aussi. C’est fatigant, usant même, on n’a pas la place pour les autres, pour les amis, sauf si on a construit dès le départ une dynamique qui les inclue. Ça n’a pas été mon cas. Le cocon s’est fait aux dépens des amis. J’en ai souffert, je m’en suis remis, un peu, je l’ai cru en tout cas. Mais force est de constater que de la famille et des amis, il ne reste aujourd’hui plus que les enfants. Et on ne peut pas être amis avec eux, ce n’est pas une posture tenable si l’on souhaite participer de leur éducation, il faut être un parent. Ça n’exclue pas les bons moments, mais ce ne sont pas des moments de partage d’amitié. Et puis on a trente-deux ans d’écart eux et moi, c’est un gouffre.</p>
<p>Il se passe beaucoup de choses dans ma vie en ce moment, et c’est terrifiant de constater sa propre solitude.</p>
<p>[unfinished]</p>
]]></content>
  </entry>
  <entry>
    <title><![CDATA[test technique]]></title>
    <link href="https://smwhr.net//posts/2024/12/test-technique/"/>
    <updated>Sun, 01 Dec 2024 00:00:00 +0000</updated>
    <id>https://smwhr.net//posts/2024/12/test-technique/</id>
    <content type="html"><![CDATA[<p>Je déteste être évalué. Ça me met dans un état de stress total, je perds mes moyens, je questionne mes choix de vie et, souvent, seul face à l’examen, je préfère la fuite. Je déclare “connerie !” et je m’en vais quérir un plaisir immédiat.</p>
<p>L’évaluateur en concluera que je ne suis pas compétent et que la fuite et la grossièreté ne sont qu’une manière bien inélégante de camoufler mes manquements. Haha. Si ça lui fait plaisir. Qu’il aille bien se — trêve de vulgarité !</p>
<p>La ligne est fine entre “se trouver des excuses” et “dénoncer une inéquité systémique”. En tant que recruteur, je ne donne jamais de test technique à réaliser à la maison parce que je pense qu’en creux, c’est une pratique discriminatoire : ce qu’on va juger c’est la capacité à s’aménager une plage de concentration au milieu des contraintes du quotidien, et donc, de fait seront privilégiés ceux qui ont peu de contraintes. Exit les gens qui ont des impératifs (familiaux, médicaux, repos, etc), ce qui recoupe assez souvent les femmes et les personnes issues des milieux moins favorisés.</p>
<p>Je ne suis ni l’un ni l’autre, mais confronté au problème (”Voici le test, ça prend 2/3h, tu me le rends quand tu veux”) j’ai mis presque 10j à trouver les 3h à consacrer à fabriquer ce qu’on me demandait. Dix jours de culpabilisation de ne pas m’y mettre, trois petites heures grattées à coup de mensonge, de dissimulation, de désagréabilité envers mes enfants pour repousser leurs sollicitations, de “oui oui j’arrive bientôt à table, je prends juste 20’” et de “tant pis pour la sieste que je m’étais promise”. Tout ça pour rendre un truc un peu moyen et un peu moche qui ne reflète rien d’autre que les conditions dans lesquelles le travail a été réalisé.</p>
<p>Je parle des tests techniques mais il en va de même pour les gamejams organisées sur un week end. Peut être qu’on aurait une moindre proportion de mecs célib qui savent pas faire une lessive dans l’industrie informatique/gaming si c’était pas un pré-requis du processus de recrutement !</p>
<p>Il y a le temps et puis il y a les contraintes technologiques imposées, le langage, le framework. Je sais et j’aime résoudre des problèmes, répondre à des besoins et c’est ce que j’attends des développeu·r·ses que je recrute, c’est le cœur des compétences requises, et je laisse habituellement toute latitude aux candidates de choisir leurs outils préférés pour se sentir en maîtrise.</p>
<p>Une des raisons pour lesquelles je cherche à quitter mon poste actuel tient justement au fait que, en dépît de la position à laquelle je me trouve, je ne puisse pas être en maîtrise des outils et technologies qui permettraient à mes équipes de faire correctement et efficacement leur travail, parce que c’est décidé “ailleurs”, “en haut”, par une “autorité”, les fondations sur lesquelles on voudrait se baser pour répondre au besoin sans cesse remises en question par un nouvel interlocuteur surgit d’on se sait où et investit de la mission quasi-divine de déconstruire la stack courante pour une nouvelle impérieuse raison. C’est épuisant.</p>
<p>En 3h de test, c’est difficile d’apprendre à manier correctement un nouvel outil et si le test vise à vérifier que je maîtrise bien tel outil du jour, alors c’est objectivement un échec. Tout le temps du test j’ai eu l’impression de porter un costume trop petit, ou pire, de m’être présenté à un test de course sur piste en tenue de bain, on m’a tendu un jogging du stock de vêtements oubliés, un peu élimé et imprégné d’une odeur chelou : « vas y change toi, je t’attends sur la piste ». Surtout qu’ici le test requiert de créer quelquechose à partir de rien : pas de bonnes pratiques à suivre, pas de squelette sur lequel s’appuyer, rien qu’une succession de choix pragmatiques à faire, dans un temps réduit, basés sur des intuitions d’autres outils. Quand je vais les justifier à l’oral (si l’opportunité m’en est donnée), j’aurai juste l’air d’un mec recroquevillé sur ses acquis qui dit “oui mais en React on fait comme ça donc j’ai cru que…” alors que dans l’espace qui m’a été offert c’est le seul argument valable.</p>
<p>Je déteste être évalué mais quand il faut que ça arrive, j’aimerais que puisse l’être ce que l’on cherche à évaluer, sinon à quoi bon…</p>
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